Troisième camp Stalaf XC Nienburg

Quelques jours après, on nous embarquait, soit disant pour la France ? en réalité, nous fûmes dirigés, déçus, sur un nouveau camp, le X C, à Nienbourg, en Basse Saxe . Là, à notre arrivée, ce fut la quatrième piqûre contre le typhus ! C’était un médecin militaire qui nous vaccinait et comme je lui signalais qu’en quelques semaines c’était ma quatrième piqûre, il me répondit « je le vois bien sur ta poitrine j’en vais t’en injecter une dose infime. » Ce fut là, en Basse Saxe, mon dernier point d’attache en captivité.
Ce Stalag X C n’était séparé que par un chemin de ronde et, comme les nouvelles allaient bon train quand il y avait de nouveaux arrivants, entre deux passages des sentinelles ou par l’intermédiaire de toubibs français qui allaient de l’infirmerie du « Stalag » à celle de l’ « Offlag », je pus, à travers les barbelés avoir quelques courtes conversations avec Véron de Vouziers, Grelet d’Epernay et je crois bien que ce sont eux qui m’ont signalé la présence de Lalire*.

*NDLR Un autre instituteur de Reims qui mourra quelques années plus tard dans un camp en Allemagne et dont l’épouse Léone Lalire était après la guerre directrice de l’école primaire Voltaire où j’ai passé ma scolarité élémentaire.

Il n’y avait pas de comparaison possible entre le « Stalag » 1 B de Prusse orientale et le 12 B de Nienbourg. Beaucoup plus propre, touchant aux casernes de Nienbourg d’une part, et pas très loin d’une gare de triage d’autre part, on se retrouvait en pays plus civilisé.
Les pièces étaient décorées sommairement et le portrait du Maréchal Pétain apparaissait sur tous les murs. Il y avait une salle de récréation avec une scène de théâtre, où chanteurs et acteurs se produisaient assez souvent. On y trouvait des journaux pro- allemands, dont celui du camp. Etant donné que la censure était installée dans un baraquement voisin, nous recevions le courrier plus rapidement et plus régulièrement. On y distribuait souvent de quoi se vêtir et il s’était créé une mafia de petits copains qui s’arrogeait tous les droits et avec lesquels on avait intérêt à être bien pour profiter de la moindre faveur, en particulier au point de vue vestimentaire ou, par exemple, pour la distribution de poudre à savon et même de nourriture.
Tous les matins, certains privilégiés partaient, sous haute surveillance, pour quelques corvées en ville ou tout simplement plus près, dans les baraquements de l’administration allemande des deux camps. Pour moi, le malheur c’est qu’il y avait des punaises qui me piquaient chaque nuit ; plus on en tuait, plus il y en avait. Les Allemands en étaient envahis comme nous. Une fois, j’ai bien ri : un prisonnier français, bien sous tout rapport, servait d’ordonnance à un officier allemand qui faisait désinfecter sa chambre très souvent et n’arrivait pas à se débarrasser de ces insectes. C’était tout simplement l’ordonnance qui, chaque matin, lui glissait dans son lit une petite provision de punaises, qu’il transportait dans une petite boîte métallique . Avec ces punaises, je n’y tenais plus, c’est ce qui m’a décidé à partir en « Kommando ». D’autre part, je m’étais rendu compte que le retour des intellectuels en France constituait une véritable farce, mais au fond de moi-même j’y croyais encore un tout petit peu, car il y avait des exemples.

Alors, pour tuer le temps et non pas les punaises, durant quelques mois et avec l’assentiment de la « mafia », j’ai mis sur pied des cours d’adultes qui, ma foi, eurent un certain succès, car les gens avaient largement le temps. Durant ce laps de temps, puisqu’il y avait une bibliothèque, j’en ai profité pour parfaire mon allemand. C’est ainsi que mon séjour s’est quelque peu prolongé jusqu’à la mi-mai 1941. C’est à cette époque qu’un paysan avec sa carriole est venu nous chercher. Il s’appelait Herr Schilling* et nous emmena à travers bois dans une petite localité de cinq à six cents habitants, Steimbke, à une quinzaine de km au nord- ouest de Nienbourg.

*NDLR Monsieur Schilling

Steimbke chez Herr Schilling

Je me rappelle avoir bien repéré la route, on ne sait jamais, chacun pensait à l’évasion possible. Dans ce village propre, à l’allure sympathique, lorsqu’on sort d’un camp, il existait déjà un « Kommando » constitué de Français, Belges et Serbes dont quelques uns parlaient un peu français.
Un dimanche, un photographe est venu nous photographier ; d’ailleurs la photo se trouve dans l’album de famille. Puis les Belges sont partis et c’est à ce moment que notre petit gardien, originaire de Hambourg, m’a désigné comme interprète et, avec l’assentiment des autres prisonniers, comme « Vertrauermann »*.

*NDLR Homme de confiance.

Nous logions dans une ancienne salle de classe, à laquelle on avait accès après avoir traversé un large couloir, qui servait de vestiaire et où étaient installés des anciens lavabos communs. Comme dans une école, au fond d’une petite cour, se trouvaient les WC, le tout bien barricadé et entouré par une haute clôture de barbelés. Les bureaux des sentinelles étaient installés de l’autre côté de la rue, près de la maison du pasteur qui, lorsque le temps le permettait, passait le plus clair de son temps à fumer une énorme pipe qui descendait jusqu’à terre.

Dès notre arrivée, nous fûmes bien accueillis par les prisonniers qui se trouvaient déjà là. L’ambiance semblait bonne. Luccionni, un chauffeur de taxi de Marseille, travaillait à l’auberge du village et ne rentrait jamais fatigué. Clairet, un professeur de dessin industriel de Paris, travaillait chez le meunier du village ainsi qu’un Bordelais, bavard comme une pie. Souvent, le soir, ils rentraient tout blanchis par la farine. Les autres travaillaient chez des cultivateurs, souvent plus ou moins bons, pour la plupart anciens combattants de 14-18.
Moi, je fus affecté dans une ferme que dirigeait une femme douce, la sœur du maire de l’époque et qui avait fait la campagne de France. Cette cultivatrice, Madame Bronberg, je crois, ou Lanberg, avait à son service deux jeunes civils polonais, renforcés en 1942 par une Ukrainienne et sa fille. La patronne semblait peu énergique ; son mari Heinrich, était mobilisé dans l’est. Ils avaient un jeune enfant, de trois ou quatre ans. Dès les premiers contacts, je fus bien accueilli, mais je me demandais comment ces diverses nationalité allaient se comporter avec moi. Eux étaient logés à la ferme et contrôlés très souvent par la « Gestapo » qui ne les ménageait guère ; ils conduisaient le travail et je n’étais là qu’en renfort. Pour tout ce petit monde là et les voisins curieux, cherchant toujours à lier la conversation, j’étais « Roberte », le Français avec lequel on se devait, en tant qu’ancien combattant de 14- 18, de parler de ses campagnes. Le vieux Gustav, cultivateur demeurant en face avec sa vieille fille, me racontait à une vitesse folle et en patois, des histoires auxquelles je ne comprenais rien.
Onkel, le voisin de droite plus posé, me parlait toujours de Verdun. Et comme il savait que j’étais de Reims, il faisait toujours allusion à un village « Montoisse » ; j’ai mis des mois à réaliser qu’il parlait de Monthois*, mais il ne savait plus l’écrire.

*NDLR : il s’agit d’un village des Ardennes, non loin de Vouziers

où quelques années après la fin de la guerre André Liance, lui-même ancien prisonnier de guerre et sa femme Paulette, tous deux amis de mon père, sont venus enseigner. Il existe effectivement dans ce village un cimetière de tombes de soldats allemands, entretenues tous les ans, par de jeunes Allemands. Tant bien que mal, j’arrivais à comprendre l’allemand des deux Polonais. Ils me répétaient souvent qu’en 1939 la France les avait trahis. C’était un peu vrai. Là, comme les autres, j’étais nourri, sans plus. J’ai du reprendre quelques kilos car je travaillais avec Ramond, le boiteux, sans forcer « immer langsam » « toujours lentement », me disait-il toujours. Il était loin d’aimer les Allemands, même les moins mauvais.

Nous faisions tout pour que les journées se déroulent tranquillement. Mais le 22 juin 1941, ce fut l’explosion. Il faisait un temps superbe. Les fenêtres déversaient, sans discontinuer, des flots de musique militaire, entrecoupés de communiqués et nous ne tardâmes pas, le sourire aux lèvres, les Allemands aussi d’ailleurs, à apprendre que les Allemands attaquaient et entraient en Russie. Ce soir là, le retour au « Kommando » fut nettement plus surveillé. Plusieurs appels et quelques fouilles eurent lieu mais cela n’empêchait pas les langues des prisonniers d’aller bon train, déversant des flots de nouvelles ou de bobards, recueillis sur les lieux de travail. Tout le monde était content, les Allemands parce qu’ils croyaient en une victoire totale et rapide, les prisonniers parce qu’ils entrevoyaient une libération possible.

Dans le village, l’agitation était à son comble. Ebeling, un nazi notoire, quincaillier installé au centre du village, encourageait en uniforme, les hommes à se porter volontaires. Son langage était violent, on aurait dit un fou surexcité. D’ailleurs, pour donner l’exemple, il partit vers l’est, mais ne revint jamais. Cependant, subsistait en lettres gothiques sur le plus long mur de sa boutique la phrase suivante : les juifs sont dans le monde comme les souris dans un grenier.
Les mois passèrent et on commençait à voir dans les journaux les croix des faire-parts qui annonçaient les décès « gefallen »* des jeunes pour la plupart.

*NDLR tombés

Le ton avait changé, la crainte s’installait. Nous pouvions aussi nous en rendre compte au comportement des sentinelles, qui multipliaient les appels et les contrôles. Le moindre laisser aller pouvait leur valoir un départ vers la Russie. Les visites- contrôles se firent de plus en plus pressantes et le caractère rebelle des prisonniers se faisait jour. Vers l’automne, les différends entre cultivateurs et prisonniers apparurent de plus en plus nombreux.La tension montait facilement.

Ramenaient au « Kommando » des prisonniers cachés dans les bois ou dissimulés, le jour, dans les meules de paille. Je savais que certains d’entre nous dissimulaient, chez des paysans ou en pleine nature, des réserves dans le but d’une évasion éventuelle. Le manège était le plus souvent découvert par les paysans et, avec la sentinelle, je n’en finissais pas de régler ces problèmes.

Pourtant, un soir, trois camarades manquaient à l’appel, dont un Breton qui n’admettait pas de ne pas avoir été rapatrié, un Parisien ou un Marseillais sans doute informé plus rapidement que lui, avait pris sa place. C’était monnaie courante.Grand branle bas de combat, plusieurs sections de soldats allemands débarquent de Nienbourg et les patrouilles s’organisent. Durant quarante huit heures, nous sommes consignés, sans provisions et la distributions de colis est suspendue. Chacun a droit à un interrogatoire personnel ; les fouilles et rassemblements se multiplient. Rien ne transperçait, les sentinelles furent mutées, la surveillance renforcée. Les Français se méfiaient des Polonais, le plus souvent roués de coups par la « Gestapo », afin de recueillir quelques renseignements. Hélas, dans les jours suivants, par le canal de l’infirmerie de Nienbourg et par les nouveaux remplaçants, nous apprîmes que nos trois camarades avaient été repris. Il fut question de renvoyer tout le « Kommando », mais de nombreux paysans s’y opposèrent.

A partir de cette époque, tous les soirs, chaque colis fut minutieusement fouillé avec les boîtes et les objets suspects systématiquement détruits et toutes les lettres contrôlées et parfois censurées. Petit à petit, le calme revint et nous eûmes même pour sentinelle, pour la deuxième fois, un charmant gars, Schroeder de Hambourg, qui, malade de l’estomac, redoutait de partir vers l’est. Il était beaucoup plus conciliant et, dans l’ensemble, l’hiver 41 – 42 se déroula sans incident notable.

Pour notre travail, nous recevions quelque argent, billets spéciaux valables entre prisonniers, mais qui n’avaient pas cours dans la population. Souvent, j’allais avec un paysan et une sentinelle pour faire de menus achats à la cantine. On y vendait même des valises. Au retour, je racontais aux camarades tous les bobards recueillis au camp et ramenais les journaux provenant des autres « Stalags » et des collections entières de portraits de Pétain dont une grande proportion allait à la poubelle.

Les jours étaient courts l’hiver et il n’y avait pas beaucoup de travail : la neige recouvrait toute la campagne et j’aimais aller au bois avec le casse croute. On éclaircissait la forêt et nous nous appliquions à faire du feu pour nous réchauffer. On y rencontrait plus de gardes chasses que de gibiers, pourtant les traces étaient nombreuses. Les Polonais aimaient bien que je leur chante les Allobroges et, quelque temps plus tard, c’est Sigmund l’éclopé qui m’a vendu son banjo. Je l’ai toujours puisque je l’ai ramené de captivité. Avec cet argent seulement valable pour les prisonniers, les civils polonais, qui étaient des déportés, achetaient aux Français principalement du chocolat et du tabac, car les colis de France nous arrivaient assez régulièrement, souvent avec un certain retard. C’était le soir au « Kommando » mon grand travail : assister, en même temps que les destinataires, à l’ouverture et au contrôle de ces paquets par la sentinelle qui, rarement, découvrait des marchandises interdites. Les messages cachés leur échappaient complètement. Au « Kommando », chaque soir pour tenter d’écourter les longues soirées, certains, toujours les mêmes, jouaient aux cartes avec l’argent réservé aux prisonniers. Les jeux se prolongeaient, car la sentinelle avait pris l’habitude de faire sa dernière ronde très tard, ce qui n’arrangeait pas les gros dormeurs.

Chaque semaine, ou même tous les quinze jours, nous recevions nos cartes de correspondance, revendues parfois sur le champ à d’autres prisonniers qui n’en avaient jamais assez.

Je me rappelle avoir reçu, à plusieurs reprises, des cartes incohérentes que, même avec l’aide des camarades, nous n’arrivions pas à comprendre. Ces réponses provenaitent de tante Germaine Liéval de Val et Châtillon en Meurthe-et-Moselle non loin de Nancy*.

*NDLR Après la Libération, j’en ai eu l’explication. Tante Germaine et oncle Marcel tenaient un relais d’une chaîne pour prisonniers évadés.

J’étais loin de m’en douter et durant durant plusieurs années, ils ont, en vain attendu mon passage !

Je crois bien que c’est cet hiver 1941-1942 qui n’en finissait pas. A la mi-mars, les rues étaient encore recouvertes d’une couche de neige gelée ou de glace de 20 à 25 cm. D’un seul coup, vers le 26 ou 27 mars, un vent chaud s’est mis à souffler de l’ouest. Les rues furent transformées en véritables rivières et je n’exagère pas.

A partir de là, petit à petit, le printemps s’installa, lentement mais sûrement. Les travaux des champs reprirent de plus belle. Les bêtes ne tardèrent pas à repartir dans les prairies, situées dans la partie la plus marécageuse du terrain de Steimbke.

Là, il y avait une vingtaine de puits de pétrole qui fonctionnaient en permanence. La plupart des ouvriers qui y travaillaient était constituée de STO*

*NDLR : Service du travail obligatoire

venant de Hollande. La route, maintenant bien dégagée, permettait d’aller de nouveau à Nienbourg, surtout pour en ramener des vêtements. Chaque fois, afin d’avoir vestes françaises et pantalons belges neufs, j’apportais quelques provisions au magasinier qui me servait bien, à la grande joie de mes camarades au retour.

Une fois, le magasinier, tout souriant, me présente une liste de demandes de croix de guerre. Ce fut pour moi une grande surprise, teintée de resquille en pensant aux poilus de 14-18. Cela ne m’intéressait pas et je lui demandais de me rayer. « Impossible » me dit-il, « on t’a déjà trouvé les deux témoins réglementaires et la liste officielle est partie à la Kommandantur ». Cela se passait souvent ainsi et d’ailleurs les journaux des « Stalags » renfermaient toujours de nombreuses demandes de recherche de témoignages. Ce travail de la mafia ne emblait guère sérieux. On était à la belle saison, je n’allais plus si souvent à Nienbourg et je n’entendais plus jamais parler de croix de guerre. J’avais sans doute fait le bonheur d’un autre.
Vers la Saint Jean, 21 juin 1942, un dimanche, le moment sembla venu à deux camarades de s’échapper. Ce qui restait de leur barda montrait bien qu’ils s’étaient évadés. Alors, comme lors de la dernière tentative d’évasion, branle bas de combat, assorti, cette fois, de menaces, pour une quinzaine d’entre nous, de départ pour aller travailler dans les mines. C’est ainsi que, dès le lendemain, la menace fut exécutée. A pied, cette fois sans ménagement, et sous bonne escorte, après quinze ou vingt km, nous atteignîmes le camp de Nienbourg où nous fûmes parfaitement isolés comme des pestiférés voués aux punaises. Je regrettais mon départ de Steimbke car j’y laissais de bons camarades. Quant aux évadés, je n’en ai jamais eu la moindre nouvelle.

A Steyerberg

Quelques jours après, on nous embarquait vers les mines, dans des wagons pour voyageurs. Le trajet n’allait pas être très long car, à quelques 15-20 km au sud-ouest de Nienbourg, on nous débarquait dans une petite gare, celle de Steyerberg. Les bruits les plus fantaisistes couraient même parmi les sentinelles nous accompagnant car, nous savions par des « on dits », qu’il avait, à proximité une fabrique souterraine de munitions, on dira plus tard des V1, mais tous les travailleurs étaient des civils et vivaient, dans quelles conditions, dans un camp, genre camp de concentration. Même par la suite, aucun renseignement ne parvenait jusqu’à nous.

Dès la sortie de la gare de Steyerberg, en un clin d’œil, je fus rassuré sur notre sort. Il y avait là sept ou huit carrioles avec leurs paysans, qui eurent vite fait d’entourer notre petit groupe n’en croyant pas ses yeux. Comme du bétail humain, nous étions là sous le regard fureteur des paysans, déterminés à faire le bon choix. Il faut dire qu’il régnait une certaine confusion.

Le chef de détachement repris rapidement la situation en main et demanda à chaque paysan quel était le prisonnier idéal qu’il désirait. La mine, pour nous, c’était fini : un mensonge de plus. Dès les premières minute, un paysan à l’air revêche et peu franc, demanda un prisonnier grand, fort (?) et, surtout, sachant parler quelque peu allemand. Je semblais répondre aux critères demandés, fus extrait du groupe, emmené avec mon barda dans la carriole, où sentinelle et paysan rédigèrent quelques courts papiers. C’est ainsi qu’en fait de mine, je partis, satisfait pour l’instant, vers une nouvelle ferme située à neuf ou dix km, entre Steyerberg et Stolsenau, toutes deux situées sur la rive gauche de la Weser au sud ouest de Nienbourg.

Avec un pâle soleil ce jour là, j’essayais de m’orienter au maximum et je me rappelle très bien avoir passé sous un pont qui enjambait un affluent rive gauche de la Weser et qui devait s’appeler la Aue (sans garantie)*.

*NDLR exact vérification faite

La première personne que j’aperçus fut Opa*

*NDLR grand- père

il était près de la carriole, un vieillard, tête nue, costaud, en train de fendre du gros bois fraîchement scié. En descendant de la voiture, je lui fis un salut amical, il me répondit sans que son visage se déride et rentra dans son atelier tout proche comme pour me montrer que c’était là son domaine.
Puis le fermier me demanda de le suivre mais de laisser mon barda dans la voiture. Je le suivis sous le « Dyle » (chartil), comme ils disent, puis j’entrai dans l’habitation proprement dite où se trouvaient trois femmes. « Oma*

* NDLR grand- mère

une vieille personne, bien habillée, à l’air grave, puis une de ses filles tante Mina, la cinquantaine, petite boulotte, aussi haute que large, comme son père « Opa », mais avec le sourire aux lèvres. A côté d’elle, une de ses nièces, Elfrid, la vraie Germania (voir sa photo dans l’album de famille), elle aussi avait le visage ouvert. Je n’avais jamais vu une personne aussi grande, aussi forte. Je n’ai jamais su son âge, mais elle devait avoir de trente à trente cinq ans. Poliment, j’avais dit bonjour à ces trois femmes et tante Mina m’indiqua la porte d’d’entrée de la cuisine où Karl, le patron, se trouvait déjà à table devant le « Kaffee trink » (quatre heures). Les femmes prirent place, on m’indiqua où je devais m’asseoir, à la même table et Opa arriva.
C’est ainsi que je pris ma première collation avec la famille ; sur la table, il y avait de nombreux gâteaux (« Kuchen ») préparés à la ferme. Puis Karl, après m’avoir fait faire le tour du propriétaire, m’emmena au « Kommando »qui se trouvait à trois km de là. Tous les jours, je devais parcourir trois km aller et autant pour le retour. Nous arrivâmes au « Kommando », Karl gara sa voiture dans une ferme dont la cour donnait sur celle du « Kommando » puis, avant de descendre, il m’indiqua que c’était une ferme qui appartenait à une sœur de sa femme, la mère d’Elfrid.
Rapidement, nous fûmes entourés par une multitude de gosses plus ou moins bien soignés. Une sentinelle à l’air revêche, vint me chercher et je me trouvais dans la pièce principale de « Kommando », meublée par des lits à trois niveaux ; il ne restait pas beaucoup de place pour vaquer. Il n’y avait que quelques Français, fraîchement arrivés, comme moi. Je choisis, pour m’installer, une troisième étage, assez éloigné des portes et fenêtres, pensant déjà au prochain hiver.

Petit à petit, par groupe de trois ou quatre, les prisonniers déjà en place arrivèrent au « Kommando », leur journée terminée. D’où viens-tu ? Chez qui es-tu ? Tous me disent que je remplaçais un Basque-Gascon libéré, et que j’avais de la chance de tomber dans une bonne maison. J’étais bien loin d’un séjour dans la mine !
Le lendemain matin, la toilette se faisait dehors, à tous les vents, à l’extérieur, dans la cour du « Kommando ». Je partis avec deux ou trois prisonniers qui travaillaient dans des fermes voisines de la mienne. Dès mon arrivée, on me désigna sous le « Dyle » une armoire dans laquelle je pourrais ranger mes vêtements, puis je passais à la cuisine pour le « Kaffee trink ».

J’étais seul à table devant une débauche de nourriture, les autres avaient déjà terminé leur petit déjeuner. Oma s’avança vers moi, retroussa une de mes manches, vit mon bras maigre et me dit : « tu vas commencer par bien manger pour reprendre des forces et pendant quelques temps tu ne travailleras pas. » J’étais tellement surpris que je cherchais un moment ce que cette attitude pouvait bien cacher. Dans le large couloir, près de la « Stube » (la pièce principale) me montra une commode, m’expliqua, d’accord avec tante Mina, que deux tiroirs, qui contenaient des lainages et chaussettes de laine, m’étaient réservés. Interloqué, je ne savais comment la remercier et c’est à partir de là que je compris que j’étais tombé dans une très bonne maison.
De mon côté, je mis le maximum de bonne volonté à connaître les habitudes de la maison, l’emplacement des objets et outils. Dans un premier temps, je fis surtout du nettoyage et, petit à petit, je travaillais avec Karl Schomburg et Elfride. Elle était habile et forte comme un Turc : j’avais du mal à suivre sa cadence mais elle ne rechignait jamais à voler à mon secours. Elle aimait à me faire parler en allemand et m’expliquait le pourquoi des choses.

Par elle, j’appris l’histoire de la famille et le comportement des paysans des fermes voisines, leur jalousie, leur rivalité. C’est ainsi que j’appris que Karl, le patron, était un des notables du parti nazi. Opa et les trois femmes avaient une toute autre attitude.
Rapidement, je me rendis compte que Karl avait deux visages, dont l’un lui permettait de ne pas être mobilisé. Au travail, à l’inverse d’Elfride, il ne parlait pas et se contentait de donner quelques ordres par ci par là. On éprouvait l’impression qu’il n’était jamais content et qu’il était mal dans sa peau. Il faut dire que tante Mina ne le ménageait guère et qu ‘en réalité c’est elle qui menait les rênes.

Elle et Oma* restaient toujours à la ferme, elles n’allaient jamais aux champs. Elfride et Oma, qui se faisait vieille de jour en jour, aidaient tante Mina à préparer les cinq repas quotidiens, mais elle avait la main mise totale sur la porcherie, ce qui, à l’époque, avait une très grande importance.

*NDLR grand-mère

Entièrement libre de ses mouvements, Opa -NDLR grand- père- bricolait dans son atelier et parfois enfourchait sa vieille bicyclette pour se rendre vers le nord, dans un petit village appelé peut-être Neudorf. On craignait toujours pour lui, car, déjà à cette époque, les vagues de bombardiers passaient et repassaient souvent. Nous étions entourés par des villes qui n’ont cessé d’être bombardées.
Un jour, alors que je lui demandais pourquoi il parlait toujours en patois, il me répondait que ses ancêtres depuis le 18ème siècle étaient heureux sous la monarchie de Georges Ier, roi de Grande Bretagne et que tous leurs malheurs provenaient de Sadowa en 1866 et que les Prussiens, que les Allemands n’aimaient pas, avaient amené la misère A ce sujet, il me racontaient toujours de histoires de percepteurs.

Le jeune Karl, frère d’Elfride et neveu du patron, était mobilisé sur le nord du front russe, près du lac Ladoga. C’est lui qui, au retour, devait prendre la direction de la ferme et c’est d’ailleurs ce qui s’est produit. Chaque fois qu’on recevait de nouvelles de ce jeune Karl, on m’en faisait part. Bien des fois, tante Mina lui a envoyé des colis bien garnis. C’était un très brave femme et c’est sans doute grâce à elle que tout le monde vivait bien dans cette ferme. Souvent, elle recevait à dîner des officiers du camp de Nienbourg : il n’y avait guère que ce jour là que je ne mangeais pas avec eux. La table était bonne, j’avais un solide appétit. On mangeait souvent de la charcuterie sous toutes ses formes, et, invariablement, au repas du soir, il y avait sur la table la grande poêle garnie de pommes de terre rôties avec des œufs et, de sa place, chacun piquait sa part à l’aide de sa fourchette. Irrémédiablement, Opa, au début du repas délimitait sa part sous forme d’un triangle, m’encourageant là aussi dans le rôle d’interprète,

Chaque soir, j’étais donc en relation avec les gardiens et je partageais le travail avec l’homme de confiance qui était déjà là à mon arrivée. Parmi nous, il y avait quelques musiciens : une clarinette récupérée dans une ferme, une mandoline et mon banjo polonais. Le prisonnier est industrieux : aussi avec deux roues de bicyclette sans rayons, avec le moyeu et deux plaques de contreplaqué, je parvins à construire une batterie commandée au pied. Puis, avec de la peau de veau mort né, comme il disait, un Vendéen fabriqua quelques tambourins. Cela suffisait, le dimanche après midi, pour avoir, au bout d’un certain temps, un petit orchestre, qui jouait des chansons de l’époque. Puis, un beau jour, un camarade revint au « Kommando » avec un accordéon en bon état. Alors, c’était le bouquet, de nombreux gosses et quelques civils vinrent, à travers les barbelés, voir et entendre.
Les joueurs de cartes étaient plutôt hostiles à ce genre de divertissement. On s’arrangeait pour contenter le plus grand nombre, même les dormeurs et les écrivains. C’était surtout le programme des dimanches après-midi.

Le dimanche matin, j’allais travailler comme d’habitude : je donnais à manger au bétail, puis, à partir d’une certaine heure, la buanderie m’était réservée et, à l’eau chaude, j’y faisais ma grande toilette. Ici, plus question de punaises. Mon linge était propre, lavé avec de la poudre dans une machine archaïque et toujours bien raccommodé. En attendant le repas de midi, j’avais droit au salon (la « Stube ») et j’en profitais pour écouter les émissions radio Londres. Je disais à Karl, qui n’était pas dupe car il écoutait Londres aussi, que j’écoutais surtout radio Paris. Je n’étais pas le seul à ramener les dernières nouvelles au « Kommando ». Le dimanche, le repas de midi était toujours plus varié et, dès le fin du repas, je regagnais, comme les autres, le « Kommando », emportant pour le quatre heure et le soir, une énorme quantité de gâteaux, disposés en pyramide sur une tourtière, le tout enveloppé d’un linge noué par dessus, la même chose les jours de fête.
Et le travail me direz-vous ? Petit à petit, de découverte en découverte, en regardant faire, je fournissais un travail acceptable, sans aucune réprimande ; je parvins à déchaumer et à labourer un champ. Les sillons n’étaient pas toujours très droits avec des chevaux rapides et nerveux et une terre sablonneuse, très légère à labourer. Pour moi, le travail le plus pénible était les jours où la batteuse venait à la ferme. La tradition voulait que le fermier recevant la batteuse devait fournir le porteur de sacs de blé. Nous étions deux et, pour moi, porter sur mes épaules un sac de cent kget le monter à un premier étage qui se trouvait à proximité, constituait un effort à la limite de mes moyens. Aussi, la fin de la journée n’arrivait jamais assez vite. Pourtant c’était l’hiver avec ses jours courts.

lI ne faut pas oublier que la guerre s’accentuait de plus en plus. Surtout depuis 1943, les raids des avions alliés allaient en s’amplifiant, de jour comme de nuit. Les alertes succédaient aux alertes, à tel point que nous devions respecter les consignes plus ou moins bien. « Halifax » et forteresses volantes se succédaient dans les deux sens laissant tomber, souvent au retour, par-ci par là, une bombe ou deux, afin d’effrayer les populations. Les champs étaient couverts de bandes fines d’aluminium destinées à neutraliser ou perturber les radars. Par un jour brumeux, à la ferme, on entendit assez longtemps, venant du ciel, un sifflement qui sortait de l’ordinaire et allait en s’accentuant ; nous sortîmes pour nous éloigner de la ferme et nous entendîmes dans le jardin, une explosion qui n’était pas celle d’une bombe Au bout d’un certain temps, le calme revenu, la curiosité l’emporta avec Karl à deux cents mètres du mur de la ferme, nous aperçûmes un amas de tôles déchiquetées. Comme on en avait déjà entendu parler, on comprit que c’était un avion qui avait largué un réservoir d’essence vide. Dans le creux des tôles, je pus récupérer un peu de « Benzin »*, ce qui fit le soir l’aubaine des briquets à sec des fumeurs du « Kommando ».

*NDLR essence

Avec ses « Messerschmidt », la chasse allemande ne cessait d’attaquer et c’est très souvent que nous vîmes un bombardier allié tomber comme une torche. L’explosion se produisait au sol, tandis que les parachutes descendaient lentement. Souvent, on en comptait sept ou huit, qui atterrissaient la plupart du temps dans les bois. Certains de mes camarades ont pu récupérer de grands lambeaux de soie, comme nous disions. Une fois, dans un chemin de terre, j’ai récupéré une trousse de survie avec, en particulier, des cachets permettant de rendre l’eau potable.
Là où j’étais, près de Hanovre, en plus des routes qui mènent à Berlin, nous étions entourés, à une distance relativement réduite à vol d’oiseau, de villes telles que Wilhemshafen, Bremerhaven, Oldenbourg, Hambourg, Braunschweig, Göttingen, Billefeld, Osnabrück, Magdebourg, si bien qu’à partir de 1943-1944, que ce soit dans une direction ou dans une autre, chaque nuit, nous avions droit à de gigantesques feux d’artifice composés de projecteurs de la DCA, qui scrutaient le ciel, de bombes éclairantes, de balles traçantes, d’avions en flammes qui tombaient en torche, de fusées de couleurs multiples, avec d’immenses lueurs provenant des incendies au sol.

Celui qui nous a le plus stupéfait, ce fut l’incendie des usines de caoutchouc synthétique Continental, à soixante km de là, à Hambourg. Durant 48 heures, le vent nous a amené fumée, odeurs, petites paillettes noires qui jonchaient le sol et nous sommes restés plus de 24 heures sans savoir d’où cela provenait. Le bombardement du barrage de Kassel, en Haute Saxe, nous a fait peur, car nous craignions les inondations. Moi, à quelques km de la Weser, je n’ai rien vu, la vague était déjà bien atténuée. A chaque instant, retentissait la sirène aux alertes ; elles étaient tellement fréquentes qu’à la campagne personne n’en tenait compte et les travaux se déroulaient normalement.

Au printemps 1943, quand la terre était encore humide, nous allions dans les tourbières tailler, avec un sécateur spécial, de grosses briques de tourbe empilés en tas bien aérés, pour faciliter le séchage. Le tout était rentré à la ferme vers le mois de septembre. De temps en temps, à tour de rôle avec l’homme de confiance, je retournais, parfois pour quelques jours, au camp de Nienbourg. Les têtes changeaient, mais c’était toujours la même ambiance, « la mafia ». C’est au cours d’un de ces séjours que, le camp éclairé la nuit, alors que la gare de triage voisine était dans l’obscurité, l’Oflag fut bombardé et que de nombreux officiers français furent tués, dont Monsieur Lalire. Pour ma part, projeté par le souffle au travers d’une fenêtre, je me suis retrouvé allongé sur le sol, sans blessure.
Une autre fois, comme tous les interprètes, j’ai été convoqué pour un examen oral d’allemand. Le texte racontait le naufrage d’un navire de commerce. A la suite de quoi je reçus une page dactylographiée, dans laquelle il était dit que je pourrai enseigner l’allemand à mon retour en France. Au « Kommando », on continuait à faire un peu de musique, dans le but de préparer la soirée de Noël. Pour la première fois, nous avions reçu des colis canadiens qui contenaient, en particulier, du vrai café soluble. Nous n’en avions jamais vu ni bu et cette nuit fut endeuillée par la mort subite d’un camarade dans son lit. Était-ce l’excès de café mal dosé ? Nous l’avons toujours pensé. Oma* s’était éteinte en 1943 et le pauvre Opa** disparut peu de temps après : je les ai bien regrettés.

*NDLR la grand-mère
**NDLR le grand-père

On sentait que la guerre évoluait, les nouvelles circulaient bon train. Un jour, avec Elfride, nous démarions les betteraves à 200 mètres de la ferme et nous nous étonnions de ne pas voir Karl nous rejoindre. Enfin, il arriva, le visage décomposé, et nous annonça que les alliés venaient de débarquer. Je ne savais quelle attitude prendre.
Les nouvelles les plus contradictoires nous parvenaient de tous les côtés et c’est à l’automne 1944, alors que nous rentrions avec une charretée de bois, que nous fûmes pris sous le feu d’un avion à basse altitude et qui portait l’étoile américaine. Je crois qu’il a cherché à nous faire peur, plutôt qu’à nous atteindre, car la cible était pour lui idéale. Mais il nous fallait prendre de plus en plus de précautions, surtout le matin, quand nous étions dans l’obscurité sur la route en allant vers la ferme. Les avions alliés faisaient souvent du rase-mottes et si nous n’avions pas le temps de nous camoufler rapidement, ils lançaient des fusées éclairantes : alors, on y voyait comme en plein jour. Souvent, pour éviter tout cela, je partais en avance du « Kommando ».

C’est ainsi qu’un jour je suis arrivé de meilleure heure à la ferme. Tout le monde était debout, bien éveillé, affairé avec des tables pleines de bocaux, le rangement et le nettoyage n’étaient pas terminés et c’est Elfride qui m’a dit : « tu vois bien, on a tué le cochon cette nuit, et on est en retard ». tante Mina est venue me trouver, l’index sur la bouche en me demandant de ne jamais en parler car c’était trop grave pour eux. Évidemment, je n’ai rien dit et à partir de ce moment, j’étais encore plus choyé. De temps en temps, comme tout les prisonniers, je m’apercevais bien de la disparition d’un beau cochon. Mais, cette fois-ci j’avais vu tout le monde au travail.

L’hiver 1944 se passa sans incident notoire, mis à part le mitraillage répété des locomotives sur la voie ferrée de Steyerberg. Le moral n’y était vraiment plus, de toutes parts n’arrivaient que des mauvaises nouvelles, Allemands et prisonniers se demandaient ce qu’ils allaient devenir.
Au « Kommando » depuis mon arrivée, j’avais institué une banque de tabac, pour ceux qui étaient à cours. Ils devaient, lors du prochain colis, me rendre ce qu’ils m’avaient emprunté. C’est ainsi qu’au cour d’une distribution de colis, une sentinelle me demande ce que j’allais faire de cette réserve de tabac si on évacuait le « Kommando ». De fil en aiguille j’arrivais à savoir qu’il y avait un plan, prévu pour nous évacuer sur la rive droite de la Weser, ce qui ne m’arrangeait pas : je préférais rester sur la rive gauche. De plus en plus, les routes étaient encombrées par le flot de gens : militaires, civils, prisonniers qui se dirigeaient tous, en vivant de rapines, d’ouest en est. Tous étaient porteurs de mauvaises nouvelles pour les Allemands.
Par une belle journée de mars 1945, nous entendîmes, à plusieurs reprises, le canon. Le lendemain matin, sans rien dire à personne, au lieu de me diriger vers la ferme, comme je ne voulais pas passer sur la rive droite de la Weser avec l’évacuation des prisonniers, je me dirigeais vers les tourbières, dont je connaissais bien le chemin. Là, je pourrai attendre et voir venir les événements, d’autant que j’avais quelques réserves de nourriture.
Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant sur place : le moindre trou était déjà occupé par des gens, militaires et civils de toutes les races. Tous venaient de Rhénanie et fuyaient, sans la moindre organisation, vers l’est. J’avais bien fait de m’éloigner car, par la suite, j’ai appris que l’évacuation s’était faite, sans prévenir, assez tard dans la soirée. J’étais donc resté sur la rive droite de la Weser. Curieusement, là, il n’y avait pas beaucoup de Français. J’ai pensé qu’ils étaient plus intéressés par l’ouest que par l’est.

Il faisait, au mois de mars 1945, un temps magnifique et je n’eus pas de mal à passer quelques nuits dans les tourbières. Mais je ne voyais toujours pas arriver les alliés. Tout le monde disait que nous étions dans le secteur des Anglais. Puis, un matin de très bonne heure, nos entendîmes toute une série d’explosions. Tout le monde était monté sur le moindre monticule pour mieux voir et l’on peut observer que deux colonnes de chars descendaient le long de la Weser, en tirant presque sans discontinuer sur le moindre obstacle: arbres, buissons, monticules, maisonnettes et hangars. Puis le feu cessa subitement et nous ne voyions plus rien. Tout le monde pensait que c’était une pointe de reconnaissance de la part des Anglais.

Mes vivres diminuaient et, au bout de quelques heures, je décidais de repartir au ravitaillement à la ferme. Avec la cohue qui existait sur toutes les routes, je ne risquais pas grand chose. En arrivant dans la cour de la ferme, tout le monde était là : on aurait dit qu’on m’attendait. Il y avait déjà deux prisonniers russes qui devaient me remplacer. Tout en me restaurant, je leur racontais ma fuite dans les tourbières. Par Karl, j’appris que j’avais bien fait et que le « Kommando » avait franchi la Weser pour une destination inconnue. C’est alors que je décidai de retourner au « Kommando » pour essayer de récupérer une partie de mes affaires, le stock de tabac et de cigarettes en particulier, car cela constituait une monnaie d’échange de premier ordre. Arrivé là, je ne pus que constater que tout avait déjà été pillé, mais je remarquais que la bicyclette du gardien était abandonnée, sans pneus.
A midi, à la ferme, Karl m’apprit que les Anglais occupaient Neudorf, à 6 km de là. Je décidai de m’y rendre, à travers champs et j’aperçus deux « tommies »* armés qui se dirigeaient vers moi. Ils me fouillèrent et me répétaient « eck, eck »** en me montrant que c’était pour manger. J’étais assez surpris et de gestes en gestes, je finis par les amener dans une ferme que je connaissais.

**NDLR traduction phonétique d’ «egg », œuf en anglais
*NDLR surnom donné par les soldats français aux soldats anglais

Les fermiers, apeurés, se demandaient ce qui allait leur arriver, mais rapidement, en leur montrant, on découvrit qu’ils voulaient simplement des œufs frais. Les fermiers allemands s’exécutèrent rapidement avec le sourire, tandis que nous trois nous reprîmes le chemin de Neudorf, les Anglais apparemment très satisfaits de leur récolte et moi heureux de partir vers la liberté.

Effectivement, Neudorf était occupé par les chars anglais et on me conduisit au poste de commandement. Un très jeune officier anglais, officier de liaison auprès de l’armée française, arriva que je saluai et il me demanda en français, avec un accent parisien prononcé, ce que je faisais là et ce que je voulais. Rapidement, je lui racontais mon aventure et je lui dis que je voulais regagner Reims. « A pied tu n’y arriveras pas » répondit-il. « Tu n’as pas vu une bicyclette traîner par là » ajouta-t-il. C’est alors que je me souvins de la bicyclette du « Kommando » .

«Va la chercher » me dit-il. Au retour tu me fais appeler, l’atelier a tout ce qu’il faut pour la remettre en état de marche. Une heure après, j’étais de retour avec mon engin. Les « tommies » s’occupèrent déjà des freins, mais il y avait la question des chambres à air et des pneus à régler. Dans le village, j’allais faire du porte à porte et ne vis aucune bicyclette, sauf dans un ancien magasin de cycles où il y avait, dans l’ancien atelier, l’équivalent de deux ou trois bicyclettes démontées mais toujours aucun pneu : il faut dire qu’ à cette époque c’était une denrée extrêmement rare. Un peu déçu, je revins auprès de l’officier de liaison qui prétendit que, chez un ancien marchand de bicyclettes, il y avait des pneus. Rapidement, il rassembla une patrouille et nous nous rendîmes au magasin.

La maison fut fouillée systématiquement et dans un grenier, sous les combles, apparut un stock de pneus. Sauvé ! En réalité, j’en sortis avec une roue avant et arrière neuves. Tout en le remerciant, je demandais à l’officier de liaison de m’indiquer l’itinéraire à suivre, car de nombreux ponts avaient sauté. « Je n’ai pas le droit de t’indiquer notre itinéraire, mais sache que nous sommes passés à Osnabrück et Munster ».

Vers la ferme, j’enfourchais ma bicyclette : tout roulait bien, quand, en chemin, je rencontrais un jeune prisonnier français.

Lui aussi ne s’était pas présenté au « Kommando », s’était caché, tout simplement à la ferme et avait ainsi échappé à l’évacuation vers la rive droite de la Weser. C’était un jeune Espagnol qui , à la fin de la guerre civile espagnole, en 1936 , avait été interné dans un camp des Pyrénées orientales et comme beaucoup de ses camarades avait signé, en 1939, un engagement dans la légion française. Il avait donc été capturé, comme prisonnier français, dans la Somme, en 1940. Je lui racontai mon histoire ; enthousiasmé, il me dit qu’il partait avec moi dès demain. « D’accord, je me prépare et passe te prendre dans la matinée, ici, sur le petit chemin qui mène à la ferme ». A tout hasard, puisque je passais à proximité du « Kommando », je donnai un coup d’œil à l’intérieur. Le désordre s’était encore aggravé, portes et fenêtres ouvertes à tous les vents. J’y aperçus une seconde bicyclette dans un état pitoyable, à côté de la mienne, pas de comparaison.

Quelques instants plus tard, j’arrivais dans la cour de la ferme, en même temps qu’un chariot chargé de fûts, chargement anormal et je voulus en savoir plus long, d’autant plus que le conducteur du convoi semblait avoir des rapports privilégiés avec Karl. Mais ils parlaient vite et s’exprimaient en « Platt Deutsch »* si bien que j’avais du mal, à cette époque, de saisir le sens de
l’opération.

*NDLR en patois allemand ou dialecte du nord de l’Allemagne

Karl se tourna vers moi et m’apprit que cet Allemand, membre du parti comme lui, marchand en vins et spiritueux de son état, avait encore beaucoup de réserves en boissons dans ses caves de Stoleznau. Comme il savait que les « tommies » se trouvaient à une dizaine de km de là, il craignait une beuverie générale, suivie de représailles. Afin d’éviter de tels incidents, il avait décidé de déverser ses fûts, qui contenaient du rhum des Antilles, dans les tourbières de Karl, déjà assez éloignées de Stolzenau. Quelques rasades furent distribuées sur le champ et tante Mina me remplit une gourde de soldat allemand en me disant : « ce sera pour ton retour ». Je devais rapporter et offrir cette gourde pleine à mon père, lors de mon retour à Attigny. La seconde partie de l’expédition devait se terminer dans la soirée ou à l’aube du jour de mon départ.

C’est ainsi que mes préparatifs terminés, avec une bicyclette bien garnie derrière comme devant, je dis au revoir à la famille Schombourg, qui m’avait si bien traité ces deux ou trois dernières années. Je me souviens encore de mon premier coup de pédales : les mouchoirs s’agitèrent, je disparus, tout s’estompa, j’étais sur le droit chemin de la liberté. Un quart d’heure plus tard, j’aperçus, tout souriant, mon petit Espagnol, qui m’attendait près de la ferme. Personne n’était auprès de lui pour l’accompagner dans les derniers moments, ce qui m’étonna fort, car je soupçonnais mon camarade d’avoir quelques relations avec le fille de la fermière. Mais, d’autre part, je pensais que l’œil des voisins, derrière les rideaux, cherchait à tout voir et tout savoir. Il fallait se méfier des langues qui ne manqueraient pas de se délier. On savait qu’après l’arrivée des alliés, la jalousie et la médisance éclateraient au grand jour. Après une dernière vérification de nos bagages qui débordaient de nourriture, lentement nous nous dirigeâmes vers Neudorf : la journée s’annonçait magnifique.

En arrivant au village, il fallait montrer patte blanche et je tentai de joindre à nouveau l’officier de liaison qui m’avait dépanné. Effectivement, je le vis et, une dernière fois, j’essayai de lui arracher un itinéraire. Simplement, avec une certaine réticence, il m’indiqua que les ponts de Bielefeld, d’Osnabrück et de Munster étaient rétablis et que c’était là notre itinéraire le plus sûr. Nous lui fîmes nos adieux et, après l’avoir remercié une nouvelle fois sous l’œil des Britanniques, nous partîmes vers Bielefeld. On ne voyait plus de troupes, sauf quelques camions militaires au passage et nous ne tardâmes pas à tomber sur une route principale, où l’on croisait un flot de réfugiés, qui se dirigeait en étaient envahis par une foule bruyante et animée toute la nuit ce qui, dans le noir, nous empêchait de dormir. (problème ?? VV)
sens contraire, vers l’est. Nous couchions le soir dans des granges, les plus petites possibles, car les grands bâtiments
Puis, en consultant ce qui restait de poteaux indicateurs à un carrefour, nous découvrîmes que nous étions à égale distance d’Osnabrück et de Bielefeld. Donc, après nous être renseignés, nous partîmes vers Osnabrück, où nous trouvâmes une ville presque totalement détruite par les bombardements . Il nous fut assez difficile de trouver la direction de Munster. La circulation sur les ponts, gardés par la M.P.* était encore libre.

*NDLR « military police », police militaire britannique

A la fin d’une étape, nous entendîmes parler de vol de bicyclettes. Aussi, avec des chaînes récupérées dans une ferme abandonnée, pour la nui, nous prîmes la sage précaution de nous enchaîner à nos bicyclettes afin d’éviter tout risque de vol au cours de notre sommeil. Il fallait aussi surveiller nos vivres, qui commençaient à diminuer ; parfois, les « tommies » nous ravitaillaient.
Avec mon petit camarade espagnol, nous nous entendions bien, nous étions optimistes, sans problèmes majeurs, quand, à Munster, la M.P. nous arrêta et nous interdit, cette fois, de franchir le pont.

Nous fûmes refoulés vers une grande caserne encore debout, où l’on rassemblait tous les étrangers, et où, soit disant, l’armée distribuait des vivres. Nous fîmes la grimace : être de nouveau prisonniers ne nous intéressait pas. C’est alors que, subitement, mon camarade décida de rebrousser chemin car, disait-il, il ne voulait pas sortir d’une prison pour échouer dans une autre. Et que deviendrait-il en France ? L’Espagne lui était interdite. J’eus beau lui dire que j’avais de la famille, sa décision était irrévocable et, vers la fin de la matinée, nous nous séparâmes en nous embrassant. Depuis, je n’en ai jamais eu de nouvelles. Quant à moi, désormais seul, il me fallait prendre une décision. rapidement. De nouveau être interné dans une caserne : non ! Et, comme tous les ponts vers l’ouest étaient gardés, je me dirigeais vers une petite route qui semblait m’emmener vers le sud . Petite route bien calme, avec aucune circulation, qui m’amena à traverser un grand bois. Les km passaient, c’était le grand silence quand, tout à coup, j’entendis des personnes parler. Je mis pied à terre et essayai de déceler la langue parlée. Plus de doute, on parlait français. L’oreille tendue, je constatais que les voix s’approchaient de moi. Effectivement, sur un petit chemin que sortait de la forêt, apparurent quatre ou cinq Français, munis chacun d’un bâton qui, après un court silence, m’interpellèrent après un premier moment de surprise et me demandèrent où j’allais avec ma bicyclette. Je leur racontais mon odyssée et ce sont eux qui m’apprirent que toutes les routes étaient barrées, que je ne pourrai pas gagner la France.

Eux-mêmes avaient tenté de fuir vers l’ouest et, comme il n’y avait qu’un seul pont, construit à Wessel par les Anglais et réservé uniquement à la troupe, comme des milliers de prisonniers qui attendaient leur tour dans une vaste prairie, ils furent contraints de revenir à leur point de départ, leur ferme, où il leur fallait bien manger. Ils ne travaillaient plus, se promenaient et, voyant mon embarras, m’invitèrent à la ferme, comme s’ils étaient chez eux. Les paysannes m’accueillirent normalement, à ce moment là les Allemands n’avaient plus la parole .
Il y avait là deux civils allemands qui n’avaient pas l’air de paysans. Mes camarades m’apprirent que c’était des savants (V1) qui attendaient leur départ pour l’Amérique.(?) Ils m’apprirent également que dans la bourgade voisine, 15 km de là, il y avait de temps en temps des départs de camions vides vers la France. Mais il fallait se trouver sur place, au bon moment, pour en profiter. Puisque j’avais une bicyclette, je leur offris d’aller, matin et après-midi, voir ce qui se passait réellement.

Dès ma première sortie, après m’être renseigné auprès d’un bureau français qui s’occupait, comme il le pouvait, du rapatriement des prisonniers, je constatai que cette bourgade, qui n’était pas complètement évacuée, avait été partagée en plusieurs quartiers : celui des Russes, des Français, des Polonais… et que toutes les rues avaient été rebaptisées : rue du général Untel, rue de Stalingrad … Et je fus étonné de voir combien les Russes recherchaient des montres et que ceux qui avaient une bicyclette tournaient en zigzaguant pendant des heures entières autour de la place publique. Ils s’amusaient comme des gamins, des petits fous.

En revenant à la ferme, je racontais tout ce que j’avais vu et entendu, en particulier que, pour être rapatrié, il fallait se regrouper en section de 25, avec un responsable. Après discussion, nous partons, le lendemain matin et comme la fermière ne voulait pas nous conduire, pour des questions de sécurité, la bicyclette fut bien garnie et, en cas d’échec, nous avions une base de repli : la ferme. Arrivés dans la bourgade dans le quartier français, chacun se mit en quête et nos dix-neuf colistiers furent vite réunis. J’en fis une double liste et nous nous rendîmes au bureau de rapatriement. Trois heures après, nous nous installions, quartier français, dans une maison, libérée spécialement pour nous. Les civils allemands disposaient de trois heures pour évacuer leur maison avec, chacun, 30 kg de bagages. Nous étions à l’étroit, mais nous avions un toit, sous lequel nous disposions de bois, de charbon, les dernières victuailles, tout particulièrement des pommes de terre. Trois furent affectés à la cuisine et les autres, par roulement, attendaient, au bureau, le départ vers l’ouest, d’un convoi de camions.

Le lendemain, vers midi, le colistier de faction rappliqua ventre à terre. Le départ était fixé vers 15 heures. Le rassemblement fut rapide et nous abandonnâmes la maison, tout en conservant la bicyclette. Sur la place publique, le convoi de camions vides attendait. Nous n’étions pas les premiers, mais nous parvînmes à prendre d’assaut un camion et à y loger notre liste entière. Sous l’oeil du chauffeur, un Canadien parlant français, j’accrochais par derrière la bicyclette, évidemment c’était formellement interdit. J’avisai un civil allemand, un peu bancal, et lui proposai l’échange de la bicyclette contre un billet de quelques marks, d’une fourchette, d’une cuillère et d’un couteau, étant bien entendu que l’échange se ferait à la dernière minute, au départ du convoi. L’Allemand, pour lequel c’était une excellente affaire, attendit très patiemment et l’échange se fit, avec l’accord du chauffeur, lors de la mise en route des moteurs. C’est ainsi que je me séparai de ce vélo, qui en quelques jours, m’avait rendu tant de services L’Allemand disparut avec son bien et le convoi mit le cap vers l’ouest. La pluie se mit à tomber, ce fut assez rare lors du printemps et même de l’année 1945, particulièrement ensoleillée.

C’est difficile à dire, mais nous roulâmes une centaine de km, entrecoupés de pauses bienvenues, le sourire demeurait sur les lèvres, pas de querelles ni aucune parole désobligeante. Chacun parlait de son retour au foyer et on sentait déjà nos rêves qui allaient devenir réalité. Le cauchemar quotidien, auquel on s’était quelque peu habitué, commençait à s’estomper. Le convoi s’arrêta dans la cour d’une grande usine, toute délabrée par des bombardements déjà anciens, car l’herbe et quelques arbustes sauvages avaient commencé à repousser sur les murs en ruine, au beau milieu des poutres de fer tordues et des madriers à moitié calcinés. Le jour commençait à décliner et nous nous demandions bien ce qu’on allait faire de nous. Quand, soudain, un officier canadien descendit d’un véhicule, la badine à la main, pour nous signifier que nous devions passer la nuit là. Ce fut la grimace générale ! Hélas nous ne pouvions que nous résigner.

Demain, ils viendraient nous chercher pour nous emmener au château qu’on voyait et nous y ferions notre toilette – nous en avions bien besoin – et nous prendrions le petit déjeuner servi par des Françaises ! En attendant, chacun se mit en quête d’un coin sec et quelque peu à l’abri pour passer la nuit le moins désagréablement possible. Quant à moi, je récupérais un madrier que je fis, à quelques cinquante cm du sol, tenir en équilibre sur deux blocs de béton ? Puis, les jambes pendantes, je m’allongeai, dans l’espoir de trouver le sommeil. Ce ne fut pas facile, mais, étant donné le sol froid, je n’avais guère d’autre solution. Durant la nuit, je fus réveillé à plusieurs reprises par le bruit des allées et venues, cherchant à chaque fois où j’étais, avec les jambes raides. De bon matin, j’entendis les deux camions qui allaient faire la navette pour nous emmener au château qui n’était cependant pas très loin. Là, surpris, nous étions accueillis par des femmes, militaires françaises, en uniforme bleu marine qui, après le décrassage, nous servirent le petit déjeuner. Il fallait maintenant attendre la formation du convoi qui devait nous permettre de franchir le Rhin. A Wesel, seul passage sur le Rhin, un pont aller, un pont retour, des milliers de pauvres gens de toutes les nations, attendaient dans les prairies un passage éventuel. Notre convoi, par moments, devait ralentir et je vis les gens s’agripper aux camions et, parfois, lâcher prise. Sur ce pont provisoire, la traversée nous semblait longue et périlleuse.

Nous atteignîmes la rive gauche du Rhin et nous quittâmes le convoi à Bréda (?) au sud de la Hollande où de nombreuses et grandes fortes femmes, vêtues du costume du pays, nous servirent la soupe populaire. Nous embarquions dans les anciens wagons, pour arriver à Reims via Bruxelles et Maubeuge.
Tout le monde chantait : »ça sent si bon la France » ! ».

NDLR Ainsi s’achève le récit de mon père. J’ai retrouvé ensuite une petite mallette bleue en carton, remplie des lettres adressés par mon père à ma grand-mère Laure Liéval et à ma mère Germaine Liéval ou encore par ma grand-mère à ma mère. Elles complètent ce qu’a écrit mon père et donne un éclairage supplémentaire à ce que tous ont vécu.