Par Annie Liéval.
Que soient remerciés pour leur aide :
Ma mère, Germaine Liéval, qui, malgré son âge dans les années 1990, a relu ce qui avait été transcrit et a ajouté les précisions nécessaires ;
Mon mari, Jean-Paul Moussy, sans qui cette « entreprise » n’aurait pu être menée à bien. C’est lui qui m’a initiée aux secrets élémentaires du traitement de texte ;
Toute la famille et les amis, qui souvent spontanément, ont corrigé ou complété par certains détails, et en particulier mes oncle et tantes Suzanne et Robert Riffaud et Danièle Liéval ;
Robert et Danièle, ainsi que ma mère, nous ont depuis quittés.
Le souvenir de mes grands-parents, Maurice et Laure Liéval, Albert et Marguerite Charité, de mon oncle Jean Liéval, m’a aussi accompagnée, tout au long de ces pages, ainsi que celui de tous ceux qui ont disparu pendant les deux guerres de 1914-1918 et 1939-1945. Dans ma famille et celle de mon mari aucune génération n’a été épargnée.
Que ces écrits soient un témoignage pour le futur !
Prologue
Robert Liéval, mon père, est né le 3 juillet 1914 à Attigny village des Ardennes entre Vouziers et Rethel. Tout petit, il est parti en exode à Saint Brieuc, retrouver toute la famille paternelle évacuée là bas. Il a un frère aîné Jean, né en 1907 et une sœur Suzanne, née en 1921.
Il a fait ses classes élémentaires dans le village et a ensuite étudié à Vouziers au cours complémentaire Abel Dodeman, où il a préparé le concours de l’École normale d’instituteurs de Chalons sur Marne. Le matin et le soir, il prenait le train d’Attigny à Vouziers, ligne aujourd’hui disparue, et son fidèle chien Miraud l’attendait à la gare.
Il a effectué son service militaire pendant 2 ans à Stenay au 155ème régiment d’infanterie, caserne Chanzy, route de Mouzon. Il a été ensuite rappelé deux fois et mobilisé en 1939 au centre près de Montmédy, en tant que réserviste. Le 10 mars
1940, il est affecté au 247ème régiment d’infanterie à Sedan. Le 9 mai 1940, il rejoint sa compagnie à Coulommes. A cette époque, ses parents Laure et Maurice tiennent l’hôtel de Lorraine à Attigny, construit avec l’argent des dommages de la guerre 14-18.
Le15 mai 1940, il a été fait prisonnier par une division de chars allemands, près de Raucourt dans les Ardennes. Puis le 16 mai, en camion, direction Thelonnes, franchissement de la Meuse à
hauteur de Wadelincourt pour aboutir à la caserne du 12ème.
Le 17 mai, une colonne se forme qui passe devant le château de Sedan, passe sur le pont qui enjambe la Semoy. Le 18 mai, la colonne s’ébranle vers Rochefort et Bouillon, puis Neuchateau
en Belgique. Le 19 mai, départ en camions pour un quai militaire où les prisonniers sont entassés à 40 par wagon. Le voyage dura jusqu’au lendemain à travers l’Allemagne via
Luxembourg, Weimar, le sud de Berlin, la Poméranie, Marinbourg en Pologne jusqu’au camp de de Hohenstein « StalagI B », près du mémorial du Tannenberg, érigé après la victoire de l’Allemagne sur la Russie tsariste en 1914.
Ily recevra sa plaque de prisonnier, matricule n° 1280 et y restera environ un an. Parlant allemand, appris à l’École normale d’instituteurs, il sera « homme de confiance » de
l’administration du camp et interprète. Puis, il sera emmené au camp de Sandbostel Stalag XB pour être redirigé vers un troisième à Nienburg, Stalag X C. Il y restera d’avril 1941
jusqu’en mars 1945, soit quatre ans, avec des affectations en « Kommando » agricole dans deux fermes : à Steimbke chez Herr Schilling et à Steyerberg chez Herr Schomburg.
Son trajet de retour vers la France, d’abord avec une bicyclette via Neudorf, puis en camion et en train, passe par Bielefeld, Osnabrück, Munster, Wesel, Bréda aux Pays-Bas, Bruxelles en Belgique, Maubeuge et Reims.
Prisonnier au stalag
Les pages qui suivent ont été écrites par mon père. Ce récit est celui de la vie ordinaire d’un soldat français non gradé, fait prisonnier par les Allemands et qui a passé cinq ans dans les camps allemands entre 1940 et 1945. Il raconte les souvenirs de ces années d’un jeune instituteur, entre 26 et 31 ans, qui, jusqu’au terme de sa vie, vont hanter ses rêves d’homme libre. Souvent, pendant ces longs jours, il a pensé mourir de froid, de maladie ou sous les bombardements. Il a considéré les années passées ensuite, il le disait lui-même, comme « en supplément ».
Comment est née l’idée de ce témoignage ? Non pas à titre d’exorcisme, mais pour répondre à 2 demandes. Celle d’un de ses petits-neveux, Philippe Pagnier, âgé d’une dizaine d’années vers 1980, qui a réclamé à sa grand-mère, Danièle Liéval, la belle-sœur de mon père, de lui raconter « sa guerre ». C’est son grand-oncle qui lui répond par son récit. L’autre demande est celle que j’ai moi-même formulée à mon père d’écrire ces histoires, hélas vécues, dont j’entends parler
depuis mon enfance. J’ai aussi pensé que ce pourrait être, pour lui, un moyen d’oublier, avec cette tâche à mener à bien, les atroces souffrances physiques des derniers mois de sa vie en 1984.
Une chose frappe particulièrement à la lecture de ce récit, écrit quarante ans après : la précision des détails dans le déroulement des lieux et des événements. Tout est resté gravé dans sa mémoire comme dans ses rêves. Le rapprochement est encore plus saisissant à la lecture de la deuxième partie qui juxtapose le texte des lettres envoyées à l’époque par mon père à sa mère, d’une part et, d’autre part, celui des lettres envoyées à celle qui deviendra, après la guerre son épouse et ma mère.
Une précision à ajouter pour ceux qui n’ont pas connu mon père. Il était grand, 1,82 m, blond avec des cheveux ondulés, les yeux bleus ; il parlait allemand, appris avant la guerre à l’Ecole Normale de Châlons sur Marne. Un parfait aryen s’il avait été de nationalité allemande !
Annie Moussy-Liéval
Malakoff 1993-2021