{"id":99,"date":"2026-07-25T10:05:58","date_gmt":"2026-07-25T10:05:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=99"},"modified":"2026-07-25T12:46:00","modified_gmt":"2026-07-25T12:46:00","slug":"les-lettres-de-laure-lieval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=99","title":{"rendered":"Les lettres de Laure Li\u00e9val"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lettres adress\u00e9es par ma grand-m\u00e8re, habitant Attigny, dans les Ardennes \u00e0 ma m\u00e8re enseignante \u00e0 Reims.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><a href=\"#quarante\">1940<\/a> | <a href=\"#quarante-et-un\">1941 <\/a>| <a href=\"#quarante-deux\">1942 <\/a>| <a href=\"#quarante-trois\">1943 <\/a>| <a href=\"#quarante-quatre\">1944 <\/a>| <a href=\"#quarante-cinq\" data-type=\"internal\" data-id=\"#quarante-cinq\">1945<\/a><\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante\" class=\"wp-block-heading\">1940<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 23 septembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre du 10, nous sommes toujours sans nouvelles de notre cher Robert! mais, depuis le re\u00e7u de la lettre de Monsieur Peltier, Directeur d&rsquo;\u00e9cole au petit B\u00e9theny, qui a \u00e9t\u00e9 une lueur d&rsquo;espoir, nous esp\u00e9rons encore qu&rsquo;il est prisonnier, car ce Monsieur l&rsquo;a aussi entendu dire, mais ne se souvient plus par qui. Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, qui est d\u00e9mobilis\u00e9 &#8211; NDLR mon oncle Jean Li\u00e9val &#8211; est rentr\u00e9 parmi nous et a eu l&rsquo;occasion de rencontrer un soldat du 246, qui lui a dit que le bataillon de Robert avait \u00e9t\u00e9 surpris \u00e0 Yonck (Ardennes), o\u00f9 il \u00e9tait en r\u00e9serve et a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier tout de suite. Si on pouvait aller dans cette zone, nous aurions d\u00e9j\u00e0 fait le voyage et, peut-\u00eatre aurions nous pu avoir quelques renseignements. Six mois sans nouvelles de lui, c&rsquo;est bien long et nous le pleurons tous les jours. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 15 octobre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est une bonne nouvelle que je viens vous apprendre : notre fils Robert est prisonnier. Nous avons eu le bonheur de recevoir une carte de lui le 5 octobre, dat\u00e9e du 4 ao\u00fbt et, depuis, une grande lettre, dans laquelle il nous dit qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier le 15 mai et se trouve, en ce moment, dans le fond de l&rsquo;Allemagne. Il nous r\u00e9clame des v\u00eatements chauds. Il travaille dans une ferme et nous dit \u00eatre en bonne sant\u00e9.<br>Il nous recommande, aussi, d&rsquo;\u00e9crire la nouvelle \u00e0 tous ses amis pour qu&rsquo;ils lui \u00e9crivent. Voici son adresse : soldat Robert Li\u00e9val, N\u00b01280 Stalag 1 B, Allemagne. Inutile de vous dire que ces nouvelles nous ont rendu des plus heureux, et c&rsquo;est avec patience que nous attendons son retour.<br>Veuillez avoir la gentillesse de nous dire s&rsquo;il \u00e9tait possible de faire une demande pour le faire revenir comme instituteur ? J&rsquo;avais \u00e9crit \u00e0 Monsieur Priolet, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole Pommery, mais la lettre m&rsquo;est revenue. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 17 novembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8230;. Hier, nous avons re\u00e7u une carte de Robert, mais le pauvre enfant est toujours sans nouvelles de nous et nous dit qu&rsquo;il est bien inquiet \u00e0 notre sujet. C&rsquo;est vrai que nous avons re\u00e7u sa premi\u00e8re carte le 3 octobre et toute sa correspondance, jusqu&rsquo;ici, est dat\u00e9e du mois de septembre. Il est en Prusse orientale.<br>Le 6 octobre, je lui ai fait une grande lettre. Je pense que, maintenant, il doit l&rsquo;avoir re\u00e7ue. Aussit\u00f4t sa premi\u00e8re carte, je lui ai envoy\u00e9 un pull, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas de couleur r\u00e9glementaire. Depuis, j&rsquo;ai envoy\u00e9 un colis de 5 kg, avec un pull kaki*, un cache nez, des chaussettes, des chemises de flanelle, des mouchoirs, des serviettes et quelques friandises \u2026<br>Vous me demandez si nous manquons de quelque chose. Oui, nous n&rsquo;avons pas de laine kaki, il est tr\u00e8s difficile de nous en procurer. Veuillez avoir la gentillesse de m&rsquo;en envoyer quinze pelotes, peu importe le prix. \u2026. Car je voudrais lui tricoter des mi-bas et un autre pull, au cas o\u00f9 il n&rsquo;aurait pas re\u00e7u les autres. Le lui ai envoy\u00e9, aussi, un dictionnaire et une grammaire en allemand, que m&rsquo;avait envoy\u00e9s Monsieur Atten**. &#8230;.<br>J&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;inspecteur d&rsquo;acad\u00e9mie, qui m&rsquo;a r\u00e9pondu que les demandes individuelles \u00e9taient suspendues pour le moment, mais je vais renouveler ma demande. \u2026.<br>Quand aurons-nous le bonheur de le revoir, lui qui aimait tant son \u00e9cole, ses \u00e9l\u00e8ves ? Pour lui, l&rsquo;exil doit \u00eatre un supplice. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em> *NDLR couleur r\u00e9glementaire \u2013 <br>**NDLR un ami et coll\u00e8gue de mon p\u00e8re &#8211; \u2026.<\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 11 d\u00e9cembre 1940 \u2026. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens vous remercier pour l&rsquo;envoi de la laine, que j&rsquo;ai re\u00e7ue en bonne \u00e9tat. Cela m&rsquo;a fait un r\u00e9el plaisir et c&rsquo;est avec ardeur que je me suis mise \u00e0 tricoter, pour que mon cher grand &#8211; NDLR 1,82 m! &#8211; ne souffre pas trop du froid. Vous me demandez si Robert aime la pain d&rsquo;\u00e9pice ? Naturellement et je lui en mets dans ses colis. Et puis, je pense que tout fait plaisir, quand on est priv\u00e9 de bien des choses. Nous n&rsquo;avons pas re\u00e7u de nouvelles de lui depuis un mois et nous commen\u00e7ons \u00e0 trouver le temps long. J&rsquo;ai h\u00e2te de savoir s&rsquo;il a, enfin, re\u00e7u de nos nouvelles : je lui \u00e9cris toutes les semaines et je ne sais encore s&rsquo;il a re\u00e7u ma premi\u00e8re lettre.<br>\u2026.<br>Je vous souhaite une meilleure sant\u00e9 et je ne manquerai pas, sur une prochaine lettre que j&rsquo;enverrai \u00e0 Robert, de lui dire que c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 votre obligeance que j&rsquo;ai pu tricoter un deuxi\u00e8me pull. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 27 d\u00e9cembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je viens, par la pr\u00e9sente, vous offrir, pour vous et votre famille, mes meilleurs v\u0153ux pour la nouvelle ann\u00e9e, esp\u00e9rant qu&rsquo;elle nous apportera le retour de notre cher prisonnier. Nous avons re\u00e7u une lettre de Robert, dat\u00e9e du 27 novembre. Il nous dit avoir re\u00e7u lettres et colis et heureux de nous avoir tous en bonne sant\u00e9. Votre lettre lui a fait grand plaisir ainsi que celle de Monsieur Atten. Je souhaite, de tout mon c\u0153ur, le revoir bient\u00f4t reprendre sa place parmi nous. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-et-un\" class=\"wp-block-heading\">1941<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 13 f\u00e9vrier 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous avons re\u00e7u, ce matin un colis de votre part, qui \u00e9tait, je pense, destin\u00e9 \u00e0 notre cher Robert et je vous en remercie pour lui. Cela lui aurait fait grand plaisir de le recevoir de vous directement mais, pour le moment, cela \u00e9tant impossible, je lui ferai parvenir aussit\u00f4t que j&rsquo;aurai re\u00e7u la fameuse \u00e9tiquette, qui se fait attendre.<br>Heureusement que je lui ai envoy\u00e9 deux colis de 5 kg en janvier, qu&rsquo;il doit recevoir l&rsquo;un en f\u00e9vrier, l&rsquo;autre en mars. Cela lui fera prendre patience. Sur ses lettres, il nous dit recevoir lettres et colis r\u00e9guli\u00e8rement. Il est toujours dans le bled, avec six camarades et nous dit tout ignorer de la vie ext\u00e9rieure. Mais, le moral est meilleur depuis qu&rsquo;il a de vos nouvelles et aussi de ses amis. Sur sa derni\u00e8re lettre, il nous dit qu&rsquo;il fait moins vingt degr\u00e9s avec de la neige, mais il supporte assez bien le froid et pense passer l&rsquo;hiver sans \u00eatre malade, gr\u00e2ce aux pulls et aux chaussettes.<br>Maintenant, une autre bonne nouvelle : nous avons re\u00e7u, de l&rsquo;inspecteur, une feuille \u00e0 remplir. Je pense que c&rsquo;est pour le rapatriement de Robert : nous n&rsquo;osons esp\u00e9rer tant de bonheur. Quelle joie si, un de ces jours, nous le voyons arriver ! D&rsquo;ailleurs, vous le verrez peut-\u00eatre avant nous, puisque son domicile \u00e9tait \u00e0 Reims. &#8211; NDLR peut-\u00eatre rue Chavalliaud, chez les cousins Dossot \u2013 Sur ma prochaine lettre, je lui ferai part de l&rsquo;envoi de votre colis . Et recevez, avec nos remerciements, les amiti\u00e9s de la famille. &#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 12 mars 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je viens vous remercier, pour Robert, du colis que nous avons<br>re\u00e7u ce matin. Il en sera tr\u00e8s heureux, je vous assure. Nous avons re\u00e7u de lui une \u00e9tiquette, aussi, je me suis empress\u00e9e de lui faire un colis et d&rsquo;y joindre ce que vous aviez d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Nous avons re\u00e7u une lettre, dans laquelle il nous dit \u00eatre en excellente sant\u00e9, grossi m\u00eame. Il a d\u00fb quitter la ferme, car il nous dit faire du terrassement dans un village depuis le 10 janvier, avec 1,50 m de neige. Il a pass\u00e9 l&rsquo;hiver sans rhume, mais se demande toujours \u00e0 quand son retour. Il nous dit avoir besoin de bottes et chaussons. Je vais faire tout mon possible pour le satisfaire. Le cher grand va \u00eatre bien priv\u00e9 de ne plus recevoir autant de courrier, car c&rsquo;\u00e9tait pour lui une grande joie de recevoir lettres et colis de parents et amis. Esp\u00e9rons que, bient\u00f4t, finira ce cauchemar et qu&rsquo;il sera de retour parmi nous. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 13 mai 1941 <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026.Nous venons d&rsquo;\u00eatre un mois sans nouvelles mais, aujourd&rsquo;hui, nous avons re\u00e7u une grande lettre. Le pauvre enfant est encore chang\u00e9 de camp. De la Prusse orientale, il est descendu \u00e0 Hambourg, pr\u00e8s de Hanovre, apr\u00e8s un voyage de trois jours. Il est en \u00ab Kommando \u00bb, avec trente neuf camarades et dit \u00eatre beaucoup mieux. Il est en excellente sant\u00e9, c&rsquo;est le principal, mais avec tous ces changements, il ne re\u00e7oit plus ni lettres ni colis. comme sa lettre a mis un mois pour venir, je pense qu&rsquo;entre temps, il a d\u00fb recevoir quelque chose. Voici sa nouvelle adresse : N\u00b01260 (Stalag 1 B) XCAK 350 Allemagne.<br>Il aspire apr\u00e8s le retour, me demande toujours quelque chose \u00e0 ce sujet ; h\u00e9las, j&rsquo;entends bien dire que les fonctionnaires ne vont pas tarder \u00e0 rentrer, mais ce sont que des paroles et je n&rsquo;ose plus esp\u00e9rer. Enfin, voici le beau temps, esp\u00e9rons que cela lui donnera le courage de supporter encore quelques mous d&rsquo;exil, car cela ne peut durer \u00e9ternellement. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 30 mai 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre carte, je vois que nous sommes dans le<br>m\u00eame cas, au sujet de la correspondance de Robert. Toutes les lettres et les cartes que je lui ai \u00e9crites, depuis d\u00e9but janvier au premier mars, me sont revenues. Je comprends qu&rsquo;il s&rsquo;inqui\u00e8te de ne pas recevoir de nouvelles. Il a \u00e9crit \u00e0 sa tante, en Meurthe et Moselle, lui demandant ce que nous \u00e9tions devenus.* &#8211; Nous avons re\u00e7u, hier, une lettre de son camarade Atten, qui avait re\u00e7u une lettre de lui et qui nous donne son contenu. Il travaille dans une ferme, il est tr\u00e8s fatigu\u00e9 mais bien nourri . Atten lui a r\u00e9pondu de prendre patience, qu&rsquo;avec le nouvel accord beaucoup de prisonniers allaient revenir, entre autres les fonctionnaires. Puisse-t-il dire vrai : quelle joie pour nous tous !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR il s&rsquo;agit de la tante Germaine Li\u00e9val, mari\u00e9e \u00e0 l&rsquo;oncle Marcel, fr\u00e8re de mon grand-p\u00e8re. Pendant la guerre, ils avaient un caf\u00e9 restaurant \u00e0 Val et Chatillon et faisaient parie d&rsquo;une fili\u00e8re, qui prenait en charge \u00e9vad\u00e9s et r\u00e9fractaires de toutes sortes. &#8211; <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 28 juillet 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai un peu tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 votre lettre, ma sant\u00e9 n&rsquo;\u00e9tant pas tr\u00e8s bonne en ce moment. Surtout, n&rsquo;en parlez pas \u00e0 Robert, ce serait pour lui un chagrin.<br>Nous avons re\u00e7u, ce matin, le colis que vous avez eu la gentillesse de nous envoyer pour Robert. Vraiment, vous \u00eates bonne et je vous remercie pour lui.<br>Nous avons toujours de bonnes nouvelles de lui, mais une lettre, seulement une lettre par mois c&rsquo;est peu. Cela lui fait tant plaisir de recevoir des lettres de ses amis et connaissances, que je ne peux pas l&rsquo;en priver. J&rsquo;ai, aussi, re\u00e7u une lettre d&rsquo;un prisonnier, qui vient d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9 et qui \u00e9tait son voisin de lit au \u00ab Kommando \u00bb.* Cette lettre ne me donne pas de d\u00e9tails sur sa mani\u00e8re de vivre et ne me dit pas s&rsquo;il a besoin de quelque chose, s&rsquo;il est heureux ou malheureux. Aussi, je vais \u00e9crire \u00e0 ce Monsieur, qu&rsquo;il veuille bien me donner des d\u00e9tails, car, de Robert, il n&rsquo;y a rien moyen de savoir. Ses lettres sont des questionnaires auxquels je r\u00e9ponds. De sa vie, il ne dit rien, il s&rsquo;inqui\u00e8te surtout pour nous ; il a peur que nous manquions de quelque chose. Ici, nous sommes plus heureux qu&rsquo;en ville : je sais par ma ni\u00e8ce, qu&rsquo;\u00e0 Reims, la vie est loin d&rsquo;\u00eatre facile**. <br>En attendant le plaisir de vous lire, recevez, ch\u00e8re madame avec mes remerciements , les amiti\u00e9s de toute la famille. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR sans doute de Ben Danou ou Sitruk, lib\u00e9r\u00e9s en tant qu&rsquo;originaires d&rsquo;Afrique du nord<\/em><br>**<em>NDLR sans doute Fernande Dossot &#8211;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny , le 2 octobre 194<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\u2026. Nous sommes sans nouvelles depuis le 26 ao\u00fbt et je commence \u00e0 trouver le temps bien long. Peut-\u00eatre avez-vous re\u00e7u quelque chose depuis que vous m&rsquo;avez \u00e9crit : si oui, veuillez m&rsquo;en avertir au plus t\u00f4t.<br>Quelquefois, je pense que sa lettre a pu s&rsquo;\u00e9garer. Peut-\u00eatre lui est- il arriv\u00e9 quelque chose ? Autant de questions que je me pose toute le journ\u00e9e. Aussi, je serais au d\u00e9sespoir si mon neveu, qui habite Reims, n&rsquo;avait re\u00e7u une carte de lui, voici une quinzaine de jours*. <br>J&rsquo;ai fait, il y a quelque temps, les d\u00e9marches pour le faire revenir comme sanitaire, avec quelques protections, bien entendu, mais sans trop d&rsquo;espoir. Enfin, j&rsquo;aurai tout essay\u00e9.<br>J&rsquo;oubliais de vous dire que nous avons eu la visite d&rsquo;un de ses camarades de captivit\u00e9 : ils ont pass\u00e9 sept mois ensemble, en Prusse orientale, o\u00f9 ils \u00e9taient tr\u00e8s malheureux. Et, aussi, une grande lettre, avec beaucoup de d\u00e9tails, d&rsquo;un autre camarade, son voisin de lit dans son nouveau \u00ab Stalag \u00bb. Il nous donne son emploi du temps : l\u00e0, il est beaucoup mieux qu&rsquo;avant. Au lieu d&rsquo;un instituteur, c&rsquo;est un cultivateur qui nous reviendra : \u00e0 cela pr\u00e8s !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Eug\u00e8ne Dossot, le mari de Fernande<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attigny, le 20 octobre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">..Nous avons eu des nouvelles de Robert : il nous dit \u00eatre en bonne sant\u00e9 et moins fatigu\u00e9. Les travaux des champs tirent \u00e0 leur fin, ce sera peut-\u00eatre pour lui un peu de repos. Il me dit avoir re\u00e7u les pantoufles que je lui ai mises dans un colis. J&rsquo;ai eu, aussi, l&rsquo;occasion de lui acheter une paire de bottes, qu&rsquo;il m&rsquo;avait demand\u00e9es l&rsquo;an dernier. A ce moment l\u00e0, impossible de rien trouver et il va \u00eatre bien surpris, car le pauvre gosse ne doit plus y compter. \u2026.<br>J&rsquo;ai, aussi, re\u00e7u une carte d&rsquo;un camarade rapatri\u00e9, qui lui avait envoy\u00e9 un bon colis, avec une paire de bas en laine bine \u00e9pais, qui vont lui faire plaisir pour mettre ses bottes, et des moufles en peau de mouton*.  Sa s\u0153ur** lui tricote une paire de gants : ce sera pour le prochain colis\u2026<br>Les r\u00e9parations de notre maison se terminent. Robert pourra dormir dans sa chambre quand il rentrera, mais combien de choses lui manqueront ! Heureusement, sa chambre \u00e0 Reims est rest\u00e9e intacte,avec son linge et ses v\u00eatements***.<br>Mais la joie du retour fera tout oublier. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR mon p\u00e8re parle de l&rsquo;envoi de moufles par la m\u00e8re de Ben Danou.<br>**NDLR Suzanne<\/em><br>***<em>NDLR rue Chavailliaud dans le quartier Cernay, chez le neveu de ma grand-m\u00e8re Eug\u00e8ne Dossot et sa femme Fernande.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 17 novembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> \u2026. Nous avons re\u00e7u de Robert une lettre et sa photo, qui nous a fait grand plaisir. Il est un peu maigri, mais toujours souriant. Il nous dit avoir assez de v\u00eatements chauds pour affronter les rigueurs de l &lsquo;hiver. Mais ce sont les chaussures qui sont d\u00e9fectueuses. Je pense que, maintenant, il est en possession des bottes, que je lui ai mises dans le dernier colis.Aurons nous bient\u00f4t le plaisir de le revoir, j&rsquo;en doute fort et, cependant, j&rsquo;esp\u00e8re toujours : j&rsquo;ai un faible espoir comme sanitaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 20 novembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre du 18, vous pouvez envoyer la photo quand vous voudrez, je la ferai parvenir \u00e0 Robert aussit\u00f4t que possible. \u2026. Hier, je me suis empress\u00e9e de lui faire son colis, pour \u00eatre s\u00fbre qu&rsquo;il lui parvienne avant No\u00ebl, m\u00eame si lettres et colis font, \u00e0 pr\u00e9sent, diligence : pas plus de dix ou douze jours, au lieu d&rsquo;un mois pr\u00e9c\u00e9demment.<br>Sur sa lettre, il nous dit avoir re\u00e7u ses bottes, ce qui m&rsquo;a fait grand plaisir, surtout sachant ses chaussures d\u00e9fectueuses. Il nous dit, aussi, avoir assez de linge, de lainages en bon \u00e9tat, ainsi que des v\u00eatements. Il se trouve garanti contre la pluie et le froid.<br>Recevez, ch\u00e8re Madame, les amiti\u00e9s de la famille \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 1er d\u00e9cembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre de ce matin, j&rsquo;ai bien re\u00e7u le colis et<br>vous en remercie, ainsi que pour la photo, que je joindrai dans un prochain envoi, probablement vers le 15, qu&rsquo;il pourra peut-\u00eatre recevoir pour le nouvel an. \u2026.<br>Il me recommande, surtout, d&rsquo;avoir soin de ma sant\u00e9 : je crois que c&rsquo;est, pour lui, une pr\u00e9occupation. Il nous dit, aussi, que le froid a repris depuis quelques jours, comme ici. Ce qui me console, c&rsquo;est que, d&rsquo;apr\u00e8s ses lettres, je crois que son moral est meilleur. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 5 d\u00e9cembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous avons re\u00e7u, ce matin, en m\u00eame temps que votre lettre, une carte de Robert : il nous dit \u00eatre bien content de ses bottes. Cela a \u00e9t\u00e9, pour lui, une bonne surprise. \u2026. Il sait aussi que notre maison est, en partie r\u00e9par\u00e9e ; il nous dit en \u00eatre heureux pour nous. Merci pour vos bons souhaits ; veuillez, en \u00e9change, recevoir les meilleurs v\u0153ux de la famille. Ce qui reste \u00e0 faire sera fait apr\u00e8s la guerre, mais quand ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-deux\" class=\"wp-block-heading\">1942<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 2 janvier 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Merci de vos bons souhaits ; veuillez, en \u00e9change, recevoir les meilleurs v\u0153ux de la famille. Que cette nouvelle ann\u00e9e nous apporte le retour de notre cher Robert, c&rsquo;est notre d\u00e9sir le plus cher.Attigny, le 17 novembre 1941<br>Nous avons re\u00e7u de lui une lettre ce matin, dat\u00e9e du 14 d\u00e9cembre : la sant\u00e9 est bonne. Il nous demande notre avis, au sujet de son retour. Que dire ?  Que nous l&rsquo;esp\u00e9rons parmi nous cette ann\u00e9e. <br>Il est bien d\u00e9sol\u00e9 pour ses bottes : les talons se d\u00e9collent. C&rsquo;est malheurux d&rsquo;avoir pay\u00e9 324 francs et d&rsquo;\u00eatre mal tomb\u00e9. C&rsquo;est vraiment la fatalit\u00e9.  Si vous lui faites un colis ces jours-ci, mettez lui un tube de colle \u00e0 rustines de pneu de v\u00e9lo, je pense que \u00e7a pourra lui servir. Je lui dis aussi, d&rsquo;y faire mettre des chevilles de bois, en attendant.<br>Je lui avait envoy\u00e9 la photo de la maison : il en est tr\u00e8s heureux, car il se demandait toujours dans quel \u00e9tait elle \u00e9tait. C&rsquo;est surtout le derri\u00e8re qui a pris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 24 janvier 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai un peu tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 votre lettre, j&rsquo;attendais d&rsquo;avoir des nouvelles de Robert pour vous les communiquer. Mais se faisant attendre, ce sera pour une lettre suivante. Comme Robert est dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de vous en voyer une photo et que vous \u00eates si bonne pour lui, je vous joins \u00e0 ma lettre une petite photo qu&rsquo;il nous a envoy\u00e9 en plus de celle dont je vous avais parl\u00e9. Je pense qu&rsquo;elle vous fera plaisir. Ici, nous avons une temp\u00e9rature sib\u00e9rienne, 30 cm de neige, ce qui n&rsquo;est pas tr\u00e8s bon pour moi. Je prends le plus de pr\u00e9cautions possible. J&rsquo;esp\u00e8re attraper le beau temps sans trop de dommage. Robert a un camarade instituteur qui vient d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9. Je ne lui en parlerai pas, cela lui donnerait le cafard. Si seulement nous avions le bonheur de le revoir cette ann\u00e9e ! En attendant cette joie, recevez, ch\u00e8re Madame, les amiti\u00e9s de la famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 14 f\u00e9vrier 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;attendais des nouvelles de Robert pour vous \u00e9crire. Nous avons re\u00e7u une lettre et une carte de lui. Il nous dit \u00eatre en bonne sant\u00e9 : comme ici, le froid se fait sentir.<br>Avec sa provision de lainages, il ne craint pas le froid.<br>Il nous dit qu&rsquo;il est tr\u00e8s bien et, surtout, bien vu de tout le monde. Il est beaucoup moins fatigu\u00e9 que pendant les mois d&rsquo;\u00e9t\u00e9 avec les travaux des champs. \u2026.<br>Merci de vous inqui\u00e9ter de ma sant\u00e9. Malgr\u00e9 le froid rigoureux que nous avons eu jusqu&rsquo;ici, je n&rsquo;ai m\u00eame pas eu un rhume. En revanche, ce qu&rsquo;il va nous trouver vieillis, son p\u00e8re et moi ! Vous pensez, nous avons des soucis, pas beaucoup de sant\u00e9, un commerce sur les bras, \u00e0 notre \u00e2ge et puis des ennuis de toutes sortes, principalement notre s\u00e9paration d&rsquo;avec Robert. Tout cela n&rsquo;est pas fait pour nous rajeunir.<br>Enfin, nous esp\u00e9rons avoir encore le courage de supporter notre \u00e9preuve en attendant notre cher Robert. Je vous quitte \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 2 mars 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je viens, de nouveau, vous donner des nouvelles de Robert. \u2026. Il nous a donn\u00e9 l&#8217;emploi de son temps, pour la journ\u00e9e. Le matin, son travail consiste \u00e0 pr\u00e9parer et \u00e0 alimenter le b\u00e9tail et, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, \u00e0 couper du bois dans la for\u00eat. Il nous dit ne pas avoir froid, \u00eatre bien abrit\u00e9 dans les bois et, comme nous, avoir beaucoup de neige. Malgr\u00e9 les rigueurs de la temp\u00e9rature, il n&rsquo;a pas eu de rhume. Malheureusement, ses bottes se d\u00e9collent encore sur le c\u00f4t\u00e9. \u2026. J&rsquo;ai re\u00e7u, ce matin, de l&rsquo;acad\u00e9mie, un questionnaire tr\u00e8s urgent \u00e0 remplir, que je me suis empress\u00e9e de faire.<br>C&rsquo;est, peut-\u00eatre,, en vue d&rsquo;un rapatriement, car sur sa derni\u00e8re lettre, Robert dit que le recensement des prisonniers instituteurs a eu lieu en Allemagne. Il ajoute qu&rsquo;il n&rsquo;esp\u00e8re pas un retour prochain. Enfin, esp\u00e9rons quand m\u00eame !<br>Esp\u00e9rant recevoir bient\u00f4t de vos nouvelles, recevez nos amiti\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 17 avril 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. j&rsquo;ai un peu tard\u00e9 \u00e0 vous r\u00e9pondre et je m&rsquo;en excuse : en ce moment, le jardin nous donne un peu de travail. Robert nous recommande bien de jardiner, car il pr\u00e9voit que l&rsquo;on aura grand besoin de l\u00e9gumes pour cette ann\u00e9e. Nous avons toujours de bonnes nouvelles de lui.<br>Ces jours-ci, j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de lui acheter une autre paire de bottes, que je lui enverrai quand il me le demandera. Je pense, que, pour l&rsquo;hiver prochain, nous aurons le bonheur de le revoir tous. Il avait un camarade prisonnier \u00e0 Stuttgart et son camp est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Strasbourg : au moins, celui-la est d\u00e9j\u00e0 bien rapproch\u00e9. Il nous dit regarder le coucher de soleil sur les Vosges, chose douce \u00e0 son regard.<br>Quant \u00e0 ma sant\u00e9, \u00e7a va assez bien pour le moment, quoique je sois fatigu\u00e9e, notre bonne ayant d\u00fb nous quitter pour rentrer en Italie. C&rsquo;est qu&rsquo;il ne me faut plus beaucoup de travail maintenant, heureusement que le travail est bien ralenti.<br>Cette ann\u00e9e, nous avons notre petite fille qui fait sa communion*. Bien triste journ\u00e9e pour nous : Robert, qui est son parrain, n&rsquo;est pas l\u00e0. Nous ne faisons aucune r\u00e9union de famille : ce sera pour son retour. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Janine Li\u00e9val , fille de mon oncle Jean Li\u00e9val et de ma tante Dani\u00e8le. &#8211; <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 6 juin 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je lui mets quatre paquets de cigarettes dans chaque colis. Lui qui ne fumait pas beaucoup, c&rsquo;est probablement pour tuer le cafard.<br>Nous avons re\u00e7u ces jours-ci une carte de lui : il se trouve dans une p\u00e9riode creuse pour les travaux des champs, alors, il va dans les bois faire des fagots. Lui qui n&rsquo;est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de Br\u00eame, a d\u00fb entendre le bombardement. Pourvu que nos prisonniers n&rsquo;en souffrent pas ! A quand la fin de ce cauchemar ! Nous avons pass\u00e9 la communion bien tristement : la pr\u00e9sence de Robert nous manquait. Je lui \u00e9cris aujourd&rsquo;hui que sa ni\u00e8ce a pass\u00e9, avec succ\u00e8s, son examen pour le dipl\u00f4me d&rsquo;\u00e9tudes primaires*. Cela lui fera grand plaisir, car il s&rsquo;int\u00e9resse beaucoup \u00e0 elle. Je suis certaine que, dans ses moments, bien rares, de tranquillit\u00e9, il doit souvent penser \u00e0 sa \u00ab petite tante \u00bb, comme il aimait \u00e0 l&rsquo;appeler**. Il me demande aussi ce que nous avons fait pour activer son retour. Nous avons fait tout ce qui \u00e9tait possible : comme infirmier, il aurait fallu le caduc\u00e9e. Je sais qu&rsquo;il \u00e9tait pour passer l&rsquo;examen quand il \u00e9tait au 155\u00e8me. Mais, comme il a \u00e9t\u00e9 revers\u00e9 au 246\u00e8me, je ne sais plus. Enfin, j&rsquo;esp\u00e8re quand m\u00eame avoir le bonheur de le revoir cette ann\u00e9e. Une situation assez tragique ne peut plus durer plus longtemps. Recevez les bonnes amiti\u00e9s de la famille. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em> *NDLR Le certificat d&rsquo;\u00e9tudes primaires. <br>**NDLR Il a continu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appeler ainsi par la suite. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 2 juillet 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre de ce matin, nous sommes heureux que vous ayez re\u00e7u des nouvelles de Robert. Cela doit le r\u00e9conforter de savoir que ses amis ne l&rsquo;oublient pas. \u2026<br>Sur, une lettre, je lui faisais remarquer que son moral n&rsquo;\u00e9tait plus aussi bon. Il me r\u00e9conforte en me disant qu&rsquo;en effet, \u00e0 cette date, il \u00e9tait bien fatigu\u00e9, car le patron de la ferme \u00e9tant en permission, il avait voulu finir les semailles avant son d\u00e9part. Maintenant, il a moins de travail, en attendant la fenaison et la moisson. Il nous demande o\u00f9 en sont les d\u00e9marches faites \u00e0 son sujet. Je lui avais dit que la pr\u00e9f\u00e9rence pour les sanitaires allait \u00e0 ceux qui avait le caduc\u00e9e. Il me dit avoir fait une demande pour le passer aupr\u00e8s des autorit\u00e9s allemandes. Ceci est presque impossible \u00e0 r\u00e9aliser, alors, je n&rsquo;ai pas beaucoup d&rsquo;espoir. Maintenant, j&rsquo;ai re\u00e7u d&rsquo;un camarade de captivit\u00e9, un questionnaire sur sa situation au r\u00e9giment. Ce camarade, avocat*, habite Limoges, et me dit qu&rsquo;il va faire l&rsquo;impossible pour Robert. Il me parle d&rsquo;aller \u00e0 Vichy, lui-m\u00eame ayant un parent l\u00e0-bas, qui est au service de rapatriement des prisonniers sanitaires. Je me rattrape \u00e0 toutes les branches : c&rsquo;est peut-\u00eatre encore une d\u00e9sillusion de plus. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR sans doute Danou<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 31 juillet 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous aussi, avons re\u00e7u, aujourd&rsquo;hui, une lettre de Robert, mais elle dit tout le contraire de la v\u00f4tre ! Il nous dit \u00eatre en bonne sant\u00e9 et avoir bon moral. Par votre lettre, je vois que le pauvre grand a, lui aussi, des moments de d\u00e9couragement. Il conna\u00eet ma sant\u00e9 d\u00e9licate, quoique, depuis un moment, je me trouve tr\u00e8s bien, tout en \u00e9tant bien maigrie. Cela ne m&#8217;emp\u00eache pas de travailler ; du reste, dans notre commerce, il le faut . Cela, il le sait bien, c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il se contrarie \u00e0 ce sujet. J&rsquo;ai beau lui dire que je fais ce que je peux, il ne me croit pas.<br>Enfin, esp\u00e9rons que cette maudite guerre touche \u00e0 sa fin et que nous aurons bient\u00f4t le plaisir de le revoir.<br>Il me dit bien recevoir tous ses colis et il a de bons amis en zone libre : cela est r\u00e9confortant. En attendant le plaisir de vous lire, recevez les amiti\u00e9s de la famille. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 7 septembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Si j&rsquo;ai tard\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 votre lettre, c&rsquo;est que j&rsquo;attendais des nouvelles de Robert, mais toujours rien. Peut-\u00eatre avez-vous plus de chance que moi ? Je trouve le temps bien long, sa derni\u00e8re \u00e9tant dat\u00e9e du 28 juillet. \u2026.<br>Quand donc serons-nous tranquilles ? Il ne faut gu\u00e8re esp\u00e9rer le revoir avant la fin de la guerre. Je lui ai envoy\u00e9 un bon colis avec les bottes qu&rsquo;il me r\u00e9clamait. Pourvu qu&rsquo;elles ne subissent pas le m\u00eame sort que la correspondance.<br>Comme vous, je ne vois pas ce que cette phrase veut dire : peut- \u00eatre a-t-il un faible espoir, que nous ne pouvons qu&rsquo;entretenir. Nous venons d&rsquo;avoir la visite de deux de ses camarades instituteurs, plus heureux que lui. Cela m&rsquo;a fait plaisir de les revoir, mais j&rsquo;ai eu bien mal au c\u0153ur ! Les pauvres n&rsquo;en sont pas la cause. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 13 septembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 Je re\u00e7ois, aujourd&rsquo;hui, deux lettres de Robert, l&rsquo;une dat\u00e9e du 9<br>ao\u00fbt 1942 et l&rsquo;autre du 23, ce qui met fin \u00e0 mes inqui\u00e9tudes \u00e0 son sujet.<br>Il nous dit \u00eatre en bonne sant\u00e9, en plein travail de moisson, mais pas fatigu\u00e9. Il a un peu maigri et il est d\u00e9guis\u00e9 en paysan.Il dit que cela ne va pas mal, mais qu&rsquo;il pr\u00e9f\u00e9rerait faire sa petite classe. Esp\u00e9rons que ce sera pour bient\u00f4t, que, l&rsquo;an prochain, il pourra profiter de ses vacances.<br>Nous avons eu la visite de Monsieur et Madame Ingebos , venant nous dire que vous avez eu, r\u00e9cemment une lettre de Robert. &#8211; NDLR Ils \u00e9taient instituteurs au groupe scolaire Pommery avec mon p\u00e8re et ma m\u00e8re et ont pris, par la suite leur retraite \u00e0 Attigny o\u00f9 ils sont enterr\u00e9s dans le m\u00eame cimeti\u00e8re que mon p\u00e8re. &#8211; Cela nous a bien rassur\u00e9s \u00e0 son sujet. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a tellement de crainte avec ces bombardements . Un jeune homme du pays a \u00e9crit \u00e0 ses parents que leur baraquement a br\u00fbl\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;avait eu que le temps de se sauver, sans rien emporter. Il se trouve, aujourd&rsquo;hui d\u00e9muni de tout : plus de v\u00eatements de rechange, ni de provisions. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 7 octobre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 J&rsquo;attendais, pour vous r\u00e9pondre, une lettre de Robert. Mon attente n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue : ce matin, nous avons eu de lui une bonne lettre, pleine de courage et de patience*. <br>Il a re\u00e7u ses bottes, ce qui lui a fait grand plaisir : le voici chauss\u00e9 pour l&rsquo;hiver. Je les avais mises dans une petite caisse, qui lui est arriv\u00e9e intacte avec son contenu : un bon colis de 8 kg. J&rsquo;\u00e9tais inqui\u00e8te, jusqu&rsquo;ici, me demandant s&rsquo;il lui parviendrait. Je lui annonce, aussi, son augmentation de traitement : toutes ces petites choses lui feront prendre son mal en patience.<br>Pour ce qui est de lui mettre du champagne dans un colis, je vous avoue que je n&rsquo;y ai jamais song\u00e9 . Si cela vous fait plaisir, vous pouvez en envoyer, mais il faudra soigner l&#8217;emballage, qui sera, de pr\u00e9f\u00e9rence, une petite caisse. Je sais qu&rsquo;une personne des environs a d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 du vin \u00e0 son mari, qui l&rsquo;a tr\u00e8s bien re\u00e7u. Tout cela d\u00e9pend des camps, mais surtout, pas d&rsquo;alcool, car il serait puni ; je crois que le plus prudent est d&rsquo;attendre son retour.<br>Il ne doit pas souffrir de la faim, car je lui r\u00e9clame toujours des \u00e9tiquettes et il me r\u00e9pond qu&rsquo;il ne peut en envoyer que deux par mois, et que cela est suffisant. Il me dit, aussi, que les produits vitamin\u00e9s que je lui envoie, lui font beaucoup de bien, aussi, j&rsquo;en remets dans tous les colis. La sant\u00e9, pour le moment, est assez bonne ; \u00e0 sa lettre, je joins une photo de la famille, prise avec son appareil. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Il lui en faudra encore pendant deux ans ! &#8211;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 31 octobre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous aussi, avons eu le bonheur de recevoir deux lettres de Robert, \u00e0 la m\u00eame date que vous. Il nous dit \u00eatre toujours en bonne sant\u00e9, mais un peu fatigu\u00e9. Il n&rsquo;esp\u00e8re plus \u00eatre de retour avant l&rsquo;hiver, aussi, il nous demande de la musique, ayant achet\u00e9 un banjo pour \u00e9gayer ses soir\u00e9es d&rsquo;hiver.<br>Aussi, comme nous avions deux \u00e9tiquettes, nous avons fait, de suite, un bon colis et joint quelques chansons.<br>Il nous dit aussi \u00eatre bien r\u00e9sign\u00e9, ne pas se faire de bile, mais \u00eatre devenu dur de caract\u00e8re. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 son retour, tout cela se dissipera. J&rsquo;ai r\u00e9pondu \u00e0 ses deux lettres le m\u00eame jour. Il pose tellement de questions, qu&rsquo;une lettre ne suffit pas pour r\u00e9pondre \u00e0 tout. Je lui avait envoy\u00e9 la photo de la maison devant et derri\u00e8re ; malgr\u00e9 les r\u00e9parations, il a pu se rendre compte des d\u00e9g\u00e2ts. Alors, il me pose un tas de questions pour ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Il s&rsquo;informe de tout. Ainsi, je lui avais envoy\u00e9 une photo prise dans la cour, sur laquelle on pouvait voir les baraques \u00e0 lapins. Il nous dit en avoir compt\u00e9 dix sept et, cependant, on ne voyait que les oreilles.<br>Pour le moment, notre sant\u00e9 est bonne, mais comment allons- nous passer l&rsquo;hiver avec si peu de chauffage ?<br>En attendant le plaisir de vous lire, \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Attigny, le 20 novembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous aussi, nous avons eu une lettre de Robert, une lettre plut\u00f4t triste. On voit qu&rsquo;il s&rsquo;ennuie. Peut-\u00eatre que, maintenant, s&rsquo;ils sont au courant des \u00e9v\u00e9nements, ont-ils un peu plus de joie au c\u0153ur, mais que c&rsquo;est long et quelle mis\u00e8re !<br>Il nous dit ne pas recevoir de colis. Je ne cesse de lui r\u00e9clamer des \u00e9tiquettes : il a \u00e9t\u00e9 deux mois sans nous en envoyer et, maintenant cela lui fait un creux dans les envois et cela lui semble dur. Ici, nous avons toute facilit\u00e9 pour faire les colis : nous avons un comit\u00e9 du colis aux prisonniers. Il a droit \u00e0 deux colis de trois kg par mois, que l&rsquo;on peut comp\u00e9ter jusqu&rsquo;\u00e0 cinq kg. En plus de cela, sa s\u0153ur va faire les colis, ce qui lui permet de savoir quand il y a quelque chose d&rsquo;int\u00e9ressant*. \u2026.<br>Il nous r\u00e9clame, aussi, de la musique : j&rsquo;en ai mis dans un colis et sa s\u0153ur en pr\u00e9pare encore pour le prochain.<br>J&rsquo;ai bon espoir que c&rsquo;est le dernier hiver qu&rsquo;il passe loin de nous**. Pourvu que les \u00e9v\u00e9nements ne les fassent pas trop souffrir !*** <br>Il nous dit aussi que, le jour de la Toussaint, pendant que nous \u00e9tions \u00e0 la messe, lui plantait des poteaux \u00e9lectriques. Dr\u00f4le de travail pour un jour de repos ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Suzanne Li\u00e9val <br>**NDLR Eh non, grand-m\u00e8re, il en reste encore deux apr\u00e8s ! <br>***NDLR je pense que ma grand-m\u00e8re fait allusion aux bombardements alli\u00e9s sur l&rsquo;Allemagne. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 18 d\u00e9cembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Il me dit \u00eatre au courant de \u00e9v\u00e9nements de France. C&rsquo;est peut-\u00eatre pour cela que le moral est un peu meilleur. Comme nous tous, il doit entrevoir le fin. Esp\u00e9rons que la nouvelle ann\u00e9e nous apportera cette joie.<br>Sur toutes ses lettres, il me demande qui le remplace dans sa classe. Comme vous \u00eates mieux plac\u00e9e que moi pour le renseigner, dites-lui dans une prochaine lettre. . \u2026<br>Il me dit aussi qu&rsquo;il va partir prochainement du camp un train de sanitaires. Il se demande s&rsquo;il sera de ce convoi. Tout cela d\u00e9pend de la date \u00e0 laquelle la demande a \u00e9t\u00e9 faite, mais je ne puis le renseigner l\u00e0-dessus. Quand je demande o\u00f9 en est la demande, on me r\u00e9pond : \u00e7a suit son cours. Je n&rsquo;ai gu\u00e8re d&rsquo;espoir, vu qu&rsquo;il est c\u00e9libataire. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-trois\" class=\"wp-block-heading\">1943<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 18 janvier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je viens vous demander si vous avez re\u00e7u, ces temps derniers, des nouvelles de Robert : nous sommes sans nouvelles de lui depuis No\u00ebl, et je commence \u00e0 m&rsquo;inqui\u00e9ter. Je sais que beaucoup de personnes sont dans mon cas en ce moment, le courrier des prisonniers marche tr\u00e8s mal. Peut-\u00eatre que, pour le nouvel an, il a voulu en disposer pour \u00e9crire \u00e0 la famille. R\u00e9pondez-moi au plus t\u00f4t. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 23 janvier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Ce matin, nous avons eu le joie de recevoir une lettre de<br>Robert dat\u00e9e du 20 d\u00e9cembre et deux \u00e9tiquettes. Peut-\u00eatre avez- vous, aussi, re\u00e7u quelque chose. Enfin, nous voil\u00e0 rassur\u00e9s.<br>C&rsquo;est une bonne lettre : le moral a l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre bon. Il nous dit que trois de ses compagnons de \u00ab Kommando \u00bb sont partis, au titre de la rel\u00e8ve et ajoute : \u00ab encore un d\u00e9part qui me passe sous le nez \u00bb. Le pauvre grand, vu sa situation de c\u00e9libataire,, il ne faut gu\u00e8re esp\u00e9rer le revoir avant la fin. Nous n&rsquo;avons qu&rsquo;une chose \u00e0 souhaiter, c&rsquo;est que les \u00e9v\u00e9nements se pr\u00e9cipitent, pour h\u00e2ter son retour. C&rsquo;est mon plus cher d\u00e9sir. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 3 f\u00e9vrier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous aussi, nous avons eu trois lettres de Robert en quinze jours et le moral a l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre bon. Sur sa derni\u00e8re lettre, il nous dit avoir espoir d&rsquo;\u00eatre bient\u00f4t parmi nous : s&rsquo;il pouvait dire vrai ! Quel cauchemar de moins ! Je ne sais sur quoi il base cet espoir. Peut-\u00eatre est-il au courant des \u00e9v\u00e9nements. Enfin, faisons comme lui, esp\u00e9rons le revoir bient\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je l&rsquo;avais pr\u00e9venu qu&rsquo;il ne recevrait pas de colis de No\u00ebl, faute de nous avoir envoy\u00e9 des \u00e9tiquettes. Mais, sur sa derni\u00e8re lettre, il nous dit avoir re\u00e7u trois colis que nous lui avions envoy\u00e9s en d\u00e9cembre et, un autre, en janvier. Il en a encore deux en route. J&rsquo;ai re\u00e7u, de l&rsquo;inspecteur primaire, un bon pour un colis : c&rsquo;est le produit d&rsquo;une collecte parmi le personnel enseignant et la chorale universitaire. On lui enverra lundi prochain. Je l&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9venu : je pense que ce geste lui sera d&rsquo;un pr\u00e9cieux r\u00e9confort. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 10 mars 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous aussi, avons eu le bonheur d&rsquo;avoir deux lettres de Robert et, comme \u00e0 vous, il nous fait part de son espoir d&rsquo;\u00eatre bient\u00f4t parmi nous. Mais, quelle d\u00e9sillusion pour lui et combien il aura de peine, si cet espoir ne se r\u00e9alisait pas. Je vous dirais que, pour ma part, je n&rsquo;y compte pas, malgr\u00e9 les nombreux d\u00e9parts, soit-disant pour la rel\u00e8ve : tr\u00e8s peu de prisonniers son t de retour. Enfin, esp\u00e9rons quand m\u00eame, mais je n&rsquo;ose croire autant de bonheur !<br>\u2026. Sa s\u0153ur, en ce moment, lui pr\u00e9pare un bon colis de 5 kg, avec beaucoup de friandises*.  Il nous dit toujours n&rsquo;avoir besoin de rien, mais je suis certaine qu&rsquo;il est heureux de recevoir un colis. C&rsquo;est toujours un peu de la maison et rien que cela doit lui faire plaisir.<br>Notre fils a\u00een\u00e9 est toujours l\u00e0 : en ce moment, il a le cafard**.beaucoup de jeunes s&rsquo;en vont d&rsquo;ici : treize cette semaine et douze demain. Et comme ce sont des plus jeunes, il se dit \u00ab mon tour approche peut-\u00eatre \u00bb.<br>Je crois que nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Je vous avoue qu&rsquo;un jour j&rsquo;esp\u00e8re et, le lendemain, je d\u00e9sesp\u00e8re. \u2026. Dans l&rsquo;espoir de vous lire, recevez les amiti\u00e9s de la famille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Suzanne<br>** NDLR Mon oncle Jean Li\u00e9val, n\u00e9 en 1907 sept ans de plus que mon p\u00e8re <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny ,le 30 mars 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous sommes encore sans nouvelles de Robert : sa derni\u00e8re lettre, que nous avons re\u00e7ue le premier mars, \u00e9tait dat\u00e9e du 24 janvier et, depuis, rien, m\u00eame pas une \u00e9tiquette. Je crains qu&rsquo;il ne lui soit arriv\u00e9 quelque chose car, jamais, il n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 aussi longtemps sans nous \u00e9crire.<br>Si vous avez re\u00e7u une lettre de lui plus r\u00e9cente, veuillez nous en faire part aussit\u00f4t que possible.<br>Avec mes remerciements, recevez nos bonnes amiti\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 6 avril 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Comme vous, et aux m\u00eames dates, nous avons re\u00e7u deux lettres et une carte de Robert : je crois qu&rsquo;il nous \u00e9crit le m\u00eame jour. Enfin, il est en bonne sant\u00e9, c&rsquo;est le principal. Mais, au sujet du retour, je crains pour lui une grande d\u00e9ception. S&rsquo;il compte sur la rel\u00e8ve, je crois qu&rsquo;il peut encore attendre longtemps, car il y a beaucoup de d\u00e9parts et peu de retours. Il me fait part de son avancement : le voici en quatri\u00e8me , malgr\u00e9 sa captivit\u00e9. -NDLR le quatri\u00e8me \u00e9chelon ? &#8211; Il l&rsquo;aura appris probablement par la lecture d&rsquo;un bulletin ou par un camarade , et cela a d\u00fb \u00eatre un petit r\u00e9confort dans son exil.<br>Il se contrarie aussi pour son fr\u00e8re qu&rsquo;il croit en Allemagne. Je lui dit cependant dans toutes mes lettres qu&rsquo;il est toujours ici, peut- \u00eatre pas pour longtemps, mais en attendant, c&rsquo;est toujours cela de gagn\u00e9.<br>Comme je comprends son impatience de nous revoir tous, de reprendre ses habitudes, lui qui aime la tranquillit\u00e9 et aussi sa libert\u00e9. Ce doit \u00eatre p\u00e9nible pour lui de se sentir toujours surveill\u00e9.<br>Enfin, esp\u00e9rons quand m\u00eame le voir bient\u00f4t en bonne sant\u00e9, puisqu&rsquo;il nous dit avoir une mine superbe. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<br><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 19 avril 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre du 14, je vous remercie de votre gentillesse, d&rsquo;avoir envoy\u00e9 un si bon colis \u00e0 Robert. Je me demande comment, \u00e9tant seule, vous pouvez arriver \u00e0 faire un colis : c&rsquo;est s\u00fbrement en vous privant, ce que je regrette, car votre sant\u00e9 peut en souffrir. Aussi, je vous demande de m&rsquo;envoyer les \u00e9tiquettes que vous recevrez, car nous avons plus de facilit\u00e9 que vous.<br>Nous n&rsquo;avons pas eu d&rsquo;autres lettres de Robert, aussi vous me demandez mon avis au sujet des 250 000. malgr\u00e9 que mon plus cher d\u00e9sir serait de le revoir, je pr\u00e9f\u00e8re qu&rsquo;il reste bien tranquille dans la ferme, que de venir passer quelques jours avec nous et, apr\u00e8s, retourner travailler. Avec tous ces bombardements, je serais encore plus inqui\u00e8te ou, alors, qu&rsquo;il revienne d\u00e9finitivement. Quelle joie pour nous, je n&rsquo;ose croire \u00e0 tant de bonheur. Le revoir reprendre ses habitudes \u00e0 la maison : je le revois toujours quand il partait pour Reims, il avait l&rsquo;habitude de se retourner pour me dire au revoir aussi longtemps qu&rsquo;il lui \u00e9tait possible.<br>Je souhaite, Madame, que votre sant\u00e9 se soit am\u00e9lior\u00e9e et recevez de la famille, avec nos remerciements, nos bonnes amiti\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 7 mai 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Comme je le pressentais, c&rsquo;est une grande d\u00e9sillusion qui attendait Robert. C&rsquo;est que, dans le camp, m\u00eame entre prisonniers, les petits tours ne manquent pas.<br>Nous avons deux voisins qui sont rentr\u00e9s la veille de P\u00e2ques et cela me fait mal au c\u0153ur en pensant que Robert aurait pu \u00eatre du m\u00eame convoi. Ils ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venus huit jours \u00e0 l&rsquo;avance et n&rsquo;ont pu avertir de leur arriv\u00e9e. Pensez, quelles joyeuses P\u00e2ques pour la famille !<br>J&rsquo;ai fait faire une attestation par le maire comme quoi Robert \u00e9tait sanitaire. Nous lui avons joint dans un colis exp\u00e9di\u00e9 aujourd&rsquo;hui. Il doit la remettre au lieutenant, conseiller du camp. C&rsquo;est peut- \u00eatre par cela que j&rsquo;aurais d\u00fb commencer les d\u00e9marches pour son retour, mais l&rsquo;on ne sait jamais \u00e0 qui s&rsquo;adresser pour avoir le bon renseignement ; c&rsquo;est sur l&rsquo;avis d&rsquo;un rapatri\u00e9 : je ne sais si cela aura une grande influence, mais il ne faut rien n\u00e9gliger.<br>Il me racontait aussi qu&rsquo;il aurait d\u00fb rentrer au mois de d\u00e9cembre, et au dernier moment, un autre est parti \u00e0 sa place. C&rsquo;est probablement ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Robert.<br>Enfin, esp\u00e9rons qu&rsquo;un jour viendra o\u00f9 nous aurons le bonheur de le revoir. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 10 mai 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. En r\u00e9ponse \u00e0 votre lettre de ce matin, nous demandant notre avis au sujet de Robert, comme vous, nous pensons que pour lui, il vaudrait mieux rester o\u00f9 il est. Dites-lui bien qu&rsquo;il fasse tout son possible pour y rester, car, s&rsquo;il devenait civil, il perdrait tous ses droits et peut-\u00eatre son traitement et n&rsquo;aurait plus une chance d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9.<br>Et voyez notre anxi\u00e9t\u00e9, Madame, de le savoir en usine sous les bombardements, priv\u00e9 de nourriture et de sommeil. Nous avons un petit voisin qui est venu en permission, il \u00e9tait parti depuis deux mois, il a maigri de sept kg et dit que la vie est un enfer. Plusieurs de ses camarades ne veulent plus repartir.<br>Expliquez bien \u00e0 Robert, sans trop faire d&rsquo;allusions, que c&rsquo;est beaucoup pr\u00e9f\u00e9rable qu&rsquo;il reste o\u00f9 il est, dans les m\u00eames conditions et, qu&rsquo;en changeant, il a plus \u00e0 perdre qu&rsquo;\u00e0 gagner.<br>Je lui fais aujourd&rsquo;hui des confitures de fraises qu&rsquo;il aime tant. Si cela n&rsquo;est pas pour vous d\u00e9ranger, voudrez-vous aller chez Bourquin chercher quelques pots paraffin\u00e9s, je n&rsquo;ai plus rien pour lui mettre la confiture. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 31 mai 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Il nous dit ne plus penser \u00e0 son retour, que son moral n&rsquo;en souffre pas, mais j&rsquo;en doute. Je pense plut\u00f4t qu&rsquo;il s&rsquo;en affecte un peu et j&rsquo;ai bien peur que la perspective des quinze jours de permission ne lui fasse accepter d&rsquo;\u00eatre prisonnier libre. Car, comme vous, Madame, je pr\u00e9f\u00e9rerais cent fois qu&rsquo;il reste \u00e0 la ferme. Tout en ayant un peu plus de travail , il est, au moins, je le crois, en s\u00e9curit\u00e9.<br>Il avait pour nous, et pour moi en particulier, une grande affection et la s\u00e9paration doit lui \u00eatre p\u00e9nible. Cette semaine , je lui ai envoy\u00e9 un bon colis avec des espadrilles qu&rsquo;il m&rsquo;avait demand\u00e9es l&rsquo;an dernier, pour la moisson. Quand j&rsquo;ai pu les obtenir, la moisson \u00e9tait termin\u00e9e depuis longtemps, alors, ne pensant plus qu&rsquo;il allait nous revenir, j&rsquo;ai pens\u00e9 que cela pourrait lui \u00eatre utile.<br>L&rsquo;inspection m&rsquo;avait envoy\u00e9 un bulletin pour lui faire parvenir. Il a re\u00e7u le premier, cela a l&rsquo;air de l&rsquo;int\u00e9resser beaucoup. Je viens de lui envoyer le deuxi\u00e8me, je pense le recevoir tous les mois. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 22 juin 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sommes en possession de votre petit colis et vous en remercions : cela va beaucoup nous faciliter pour l&rsquo;envoi de miel et de confiture. \u2026.<br>Sommes sans nouvelles de Robert depuis le 27 mai. Je ne m&rsquo;inqui\u00e8te pas outre mesure, sachant que vous avez eu le bonheur d&rsquo;en recevoir.<br>Esp\u00e9rons que cette situation ne durera plus longtemps maintenant et que bient\u00f4t nous aurons le bonheur de le revoir. &#8211; NDLR encore presque deux ans grand-m\u00e8re &#8211; \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 13 juillet 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Comme vous, nous sommes rest\u00e9s cinq semaines sans nouvelles de Robert. \u2026. Je vous joins sa lettre du 14 \u00e0 la mienne, car il me demande des livres que je ne peux pas trouver ici. Peut- \u00eatre aurez-vous la chance de pouvoir les trouver \u00e0 reims, sinon je m&rsquo;adresserai \u00e0 mon neveu \u00e0 Paris*. Vous me le renverrez dans un prochain courrier.<br>Sur sa lettre du 4 juin, il nous dit ne plus entendre parler de prisonnier libre. Il pense que c&rsquo;est tomb\u00e9 \u00e0 l&rsquo;eau, mais d&rsquo;apr\u00e8s certaines correspondances de prisonniers, tous les \u00ab Kommandos \u00bb vont \u00eatre supprim\u00e9s. Il faudrait, pour nous tous qu&rsquo;il ait le bonheur d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9. Il y avait une r\u00e9union de famille chez nos voisins, dont les deux fils viennent d&rsquo;\u00eatre rapatri\u00e9s. Comme j&rsquo;ai eu mal au c\u0153ur en pensant que Robert souffrait toujours, loin de nous.<br>Enfin, esp\u00e9rons quand m\u00eame le revoir bient\u00f4t, mais que pensera- t-il en voyant le changement d&rsquo;existence ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR s&rsquo;agit-il du p\u00e8re de Linette Doctrinal ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 27 juillet 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous sommes g\u00e2t\u00e9s en ce moment, sujet correspondance : la semaine derni\u00e8re, nous avons re\u00e7u deux cartes et une lettre et une carte. Aujourd&rsquo;hui, une autre carte nous disant qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00eatre civil et que son \u00ab Kommando \u00bb \u00e9tait dissout, du fait que la majorit\u00e9 de ses camarades \u00e9taient devenus civils. Alors, il va quitter sa ferme, pour aller o\u00f9, il n&rsquo;en sait rien. Il pense retourner dans une ferme. Probablement, nous allons \u00eatre un moment sans nouvelles, \u00e0 moins qu&rsquo;ils le mettent civil d&rsquo;office. Tout cela, c&rsquo;est encore de l&rsquo;ennui et du changement pour lui. Comment va-t-il se trouver maintenant ? C&rsquo;est toujours la question de son traitement qui l&rsquo;ennuie mais, comme vous dites, l&rsquo;on ne peut rien savoir \u00e0 ce sujet.<br>Les \u00e9v\u00e9nements de ces derniers jours nous donnent une petite lueur d&rsquo;espoir. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 18 septembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. D&rsquo;apr\u00e8s une photo de famille que je lui ai envoy\u00e9e, il nous dit, en nous voyant, qu&rsquo;il a l&rsquo;impression que nous sommes tr\u00e8s fatigu\u00e9s. Cependant, nous n&rsquo;avons, depuis longtemps, eu aussi bonne mine. Mon mari et moi reprenons du poids et n&rsquo;avons jamais eu aussi bon moral. Si Robert esp\u00e8re \u00eatre parmi nous pour le Nouvel an, nous aussi nous avons l&rsquo;espoir de le revoir bient\u00f4t. Les \u00e9v\u00e9nements peuvent se pr\u00e9cipiter d&rsquo;un jour \u00e0 l&rsquo;autre.<br>Nous avons re\u00e7u cette semaine un colis de Robert. Il envoie une pipe \u00e0 son p\u00e8re qu&rsquo;il avait achet\u00e9e en Prusse orientale et quelques pi\u00e8ces de linge \u00e0 raccommoder. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise de leur grande propret\u00e9. Si c&rsquo;est lui qui fait sa lessive, il aura un bon point. Je ne pense pas avoir besoin de lui renvoyer. Il y avait \u00e9galement le livre que vous nous aviez fait parvenir pour lui envoyer. Vous me direz, dans un prochain courrier, si je dois vous en faire le retour. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 4 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 Nous avons re\u00e7u ce matin une lettre de Robert nous disant qu&rsquo;il venait de se couper le pouce, mais sans plus de d\u00e9tails. J&rsquo;esp\u00e8re que cela n&rsquo;est pas grave, puisqu&rsquo;il a pu nous \u00e9crire quand m\u00eame.<br>Il ne nous parle plus de son retour prochain, mais il nous a recommand\u00e9 de nous m\u00e9fier de l&rsquo;hiver, que lui, de son c\u00f4t\u00e9, prendra des pr\u00e9cautions. C&rsquo;est donc qu&rsquo;il n&rsquo;aspire plus en son retour pour cette ann\u00e9e, car il ajoute que, de toute fa\u00e7on, il sera parmi nous l&rsquo;an prochain. Puisse-t-il ne pas se tromper. Mon mari, lui, a toujours espoir pour le mois prochain : c&rsquo;est vrai que l&rsquo;espoir fait vivre.<br>J&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e0 Paris, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de mon neveu, les livres que Robert demandait, \u00e0 part deux qui ne seront pas r\u00e9\u00e9dit\u00e9s*.<br>Je lui mettais dans ses colis des vitamines, nous avons des difficult\u00e9s d&rsquo;en trouver ici. Si cela ne vous d\u00e9range pas et que vous pouvez vous en procurer \u00e0 Reims, cela lui rendrait un grand service : il insiste pour en avoir, car il craint, apr\u00e8s les travaux des champs, partir en usine. Ce sont des \u00ab nutri-vita \u00bb en tube. Si vous pouvez en avoir plusieurs, prenez-les.<br>Avec mes remerciements. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR le neveu Doctrinal ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 9 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Avons bien re\u00e7u votre lettre ainsi que le petit colis : je vous remercie pour Robert. Cela va lui faire beaucoup de bien et lui donner des forces pour supporter ce dernier hiver, esp\u00e9rons-le*.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR ce n&rsquo;est pas le dernier mais l&rsquo;avant dernier hiver<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je ne vous conseille pas de lui envoyer des disques, car ils arrivent en morceaux : cela est tr\u00e8s fragile. Autrement, nous en avons au grenier, qui sont vieux de vingt ans. Peut-\u00eatre pense-t-il que nous ne les avons pas retrouv\u00e9s. Je lui en parlerai dans une prochaine lettre. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 28 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 Nous avons re\u00e7u, ce matin, une lettre de Robert, nous disant qu&rsquo;il \u00e9tait compl\u00e8tement gu\u00e9ri de son furoncle, mais qu&rsquo;il restait encore quelques jours au camp, pour assister \u00e0 une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, qui se jouait dimanche. Donc, il doit \u00eatre de retour \u00e0 son \u00ab Kommando \u00bb : cela lui pla\u00eet mieux que de rester au camp o\u00f9, dit-il, il attraperait plus facilement le cafard.<br>Il nous dit aussi ne plus avoir l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre parmi nous cette ann\u00e9e : cela ne nous surprend pas. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 27 novembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Comme vous le savez, il est chang\u00e9 de \u00ab Kommando \u00bb et cela lui a co\u00fbt\u00e9 de quitter la ferme o\u00f9 il \u00e9tait depuis trente deux mois, ses habitudes, ses camarades. Il a donc eu la chance de retomber dans une ferme, car beaucoup de ses camarades sont partis en usine. Il nous dit que son travail est sensiblement le m\u00eame, \u00eatre mieux nourri que l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait. Il a retrouv\u00e9 un camarade de Siviy*, probablement qu&rsquo;il aura connu \u00e9tant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 Vouziers et deux autres camarades du 155\u00e8me. Les premiers jours, il a bien eu un peu le cafard mais, \u00e0 pr\u00e9sent, \u00e7a va mieux et il ne pense pas \u00eatre trop mal pour passer l&rsquo;hiver. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR canton de Nouvion Porcien<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 30 d\u00e9cembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Comme vous, nous avons re\u00e7u plusieurs lettres de Robert, nous disant qu&rsquo;il \u00e9tait beaucoup mieux dans sa nouvelle ferme. Il a une bonne table, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 quelque chose. Il nous dit de ne plus lui envoyer de \u00ab Vita \u00bb, que la nourriture est suffisante. Il a trouv\u00e9 quelqu&rsquo;un qui lui raccommode son linge et \u00e0 la ferme, on lui a tricot\u00e9 deux paires de chaussettes de laine. Sa situation a l&rsquo;air d&rsquo;\u00eatre beaucoup mieux, par contre, il est compl\u00e8tement dans la brousse. \u2026. Il va s&rsquo;ennuyer s\u00fbrement, mais je pr\u00e9f\u00e8re de beaucoup le savoir l\u00e0 qu&rsquo;en usine.<br>Enfin, voici la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, recevez, \u00e0 cette occasion, les meilleurs v\u0153ux de la famille. Puisse la nouvelle ann\u00e9e nous apporter la paix et le retour de notre cher Robert. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-quatre\" class=\"wp-block-heading\">1944<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 12 janvier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Il nous dit \u00eatre beaucoup mieux : cela prouve qu&rsquo;avant il n&rsquo;\u00e9tait pas tr\u00e8s bien et ne se plaignait pas. Le pauvre grand aurait eu trop peur de nous faire de la peine. \u2026.<br>Pour l&rsquo;\u00e9tui \u00e0 cigarettes, je vous remercie de lui faire plaisir, mais il n&rsquo;a pas r\u00e9fl\u00e9chi que le sien \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 la maison. J&rsquo;aurais pu lui envoyer. J&rsquo;ai aussi son portefeuille ainsi que son appareil \u00e0 photos. Toutes ces petites choses me sont tr\u00e8s pr\u00e9cieuses, ainsi que sa montre, qu&rsquo;il n&rsquo;a pas voulu emporter. Il a bien fait, car ils lui auraient pris, comme son stylo. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 9 f\u00e9vrier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Son fr\u00e8re est rentr\u00e9 \u00e0 Rethel avec sa famille, depuis octobre.<br>Janine est entr\u00e9e au coll\u00e8ge depuis cette date. &#8211; NDLR Jean Li\u00e9val et sa fille Janine \u2013 Elle travaille bien, ce qui fera plaisir \u00e0 Robert : il tient \u00eatre tenu au courant de ses notes.<br>Je reprends le r\u00e9sum\u00e9 du contenu de la lettre de Robert : bonne sant\u00e9 , plut\u00f4t grossi, bonne nourriture. Ses paysans sont toujours gentils pour lui : il ne demande qu&rsquo;\u00e0 rester l\u00e0, jusqu&rsquo;\u00e0 son retour . La veille de nous \u00e9crire, il avait eu la joie de recevoir deux colis, un de nous et l&rsquo;autre de son fr\u00e8re. Cela lui rappelle un peu la maison : il doit y penser souvent, le pauvre grand.<br>Lui qui \u00e9tait si heureux de venir nous voir : jamais il ne s&rsquo;en allait sans se retourner pour me faire un dernier au revoir. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 15 mars 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sur ses lettres que nous recevons, il ne se plaint pas. C&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;il ne veut pas nous contrarier. Ne le d\u00e9couragez pas ; faites comme moi, je l&rsquo;encourage sur toutes mes lettres en lui disant que nous avons bon espoir de le revoir bient\u00f4t et qu&rsquo;enfin nous serons tous r\u00e9unis.<br>Nous aussi, par moment, nous avons de l&rsquo;ennui. Tous les \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9vus ne se d\u00e9clenchent pas vite. Je me demande si nous n&rsquo;en avons encore pas pour longtemps \u00e0 attendre la fin de cette tourmente.<br>En ce moment, dans nos pays, il y a encore beaucoup de d\u00e9part pour l&rsquo;Allemagne : j&rsquo;ai encore bien peur pour mon autre fils*. <br>Je vous joins quelques tickets de pain : cela vous facilitera la confection du colis pour Robert. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR le STO service du travail obligatoire qui envoie les Fran\u00e7ais travailler en Allemagne <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 2 juin 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Il faut m&rsquo;excuser si je n&rsquo;ai pas r\u00e9pondu, plus t\u00f4t, \u00e0 vos deux lettres. C&rsquo;est que, pour moi, le travail ne manque pas et je suis bien fatigu\u00e9e. N&rsquo;en dites rien \u00e0 Robert, inutile de le contrarier, cela n&rsquo;est que passager.<br>Vous me demandez l&rsquo;encolure de Robert : c&rsquo;est 40, \u00e0 moins qu&rsquo;il n&rsquo;ait grossi. C&rsquo;est donc qu&rsquo;il vous a demand\u00e9 une chemise. Si oui, dites le moi : j&rsquo;en ai trois neuves ici et de fabrication d&rsquo;avant guerre, que je lui avais, entre autres, une kaki, ayant justement une \u00e9tiquette. Je pourrai lui envoyer. Ce que vous pourriez trouver, maintenant, ne sera certainement pas de bonne qualit\u00e9, tout en mettant le prix fort.<br>Je viens de lui envoyer une bonne paire de souliers, que j&rsquo;ai pay\u00e9 1550 francs. Mais le prix n&rsquo;est rien, l&rsquo;essentiel est qu&rsquo;il les re\u00e7oive. Il nous avait aussi demand\u00e9 un pantalon de treillis bleu, mais impossible, il faut un bon sp\u00e9cial . Alors, ma belle-fille a d\u00e9cid\u00e9 de lui en faire un, en coutil bis*. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*-NDLR ma tante Dani\u00e8le, femme de mon oncle Jean Li\u00e9val, couturi\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense que cela lui plaira. Je me demande, cependant, pourquoi ces demandes d&rsquo;effets, lui qui, jusqu&rsquo;ici, nous disait toujours n&rsquo;avoir besoin de rien.<br>Robert nous dit avoir de nouveau la permission de se faire photographier, le plus dur \u00e9tant de trouver le photographe ! Il esp\u00e8re y parvenir.<br>J&rsquo;esp\u00e8re, madame, que vous n&rsquo;avez pas trop souffert des bombardements. Mon neveu, qui habite 1 rue de B\u00e9theny, dit que des bombes sont tomb\u00e9es pas bien loin de chez eux. Heureusement que les caves leur font de bons abris !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 23 juin 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Dans sa lettre dat\u00e9e du 23 mai, Robert nous dit l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00eatre parmi nous pour la No\u00ebl.<br>Il me dit ne pas encore avoir re\u00e7u les souliers : cela m&rsquo;ennuie beaucoup. Il me dit aussi qu&rsquo;il aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 des bottes et, cependant, j&rsquo;ai cru bien faire. Alors, je vais essayer de lui trouver des bottes.<br>Cette semaine, nous lui avons envoy\u00e9 deux bons colis, dont un de huit kg, avec un cale\u00e7on court, par lui demand\u00e9. Heureusement que nous l&rsquo;avions mis dans la valise en 40. Dans l&rsquo;autre colis, la chemise kaki : je souhaite que tout cela lui parvienne, car il y a beaucoup de trains supprim\u00e9s. A la gare, l&rsquo;on ne prend plus que les colis des prisonniers de guerre. D&rsquo;ici \u00e0 ce qu&rsquo;on les refuse aussi, il n&rsquo;y a pas loin.<br>Quant \u00e0 nous, Madame, notre vie est bien calme. Il y a de moins en moins de monde au pays. Soit ils sont partis, soit ils travaillent dans les environs. Robert nous recommande toujours de ne pas nous fatiguer dans notre commerce ; mais le pauvre grand, s&rsquo;il voyait le commerce actuellement, cela lui \u00e9viterai un peu de se tracasser. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 11 juillet 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Robert nous dit avoir re\u00e7u le colis avec les souliers : j&rsquo;en suis heureuse et j&rsquo;esp\u00e8re bien qu&rsquo;il sera de retour avant de les avoir us\u00e9s.<br>Nous avons appris les bombardements de Reims, ce n&rsquo;est pas sans inqui\u00e9tude que nous attendons des nouvelles de l&rsquo;un ou de l&rsquo;autre. Chez mon neveu, ils ont eu un tu\u00e9 dans leur cour, cela n&rsquo;est pas pour les rassurer*.  Je pense que vous devez \u00eatre souvent en alerte, car depuis ce matin, nous les entendons passer . Surtout, ne parler pas trop \u00e0 Robert de ces bombardements, cela pourrait lui donner de l&rsquo;inqui\u00e9tude.<br>Je souhaite que votre nouveau service ne vous donne pas trop d&rsquo;ennuis et que vous pourrez quand m\u00eame profiter de vos vacances.<br>Robert ne sous dit pas grand chose : une carte est bient\u00f4t remplie. Il demande si nous avons des nouvelles de notre famille de Paris. Depuis plus d&rsquo;un mois nous sommes sans nouvelles, quoique ayant envoy\u00e9 plusieurs lettres. Je suppose qu&rsquo;ils auront d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;aller rejoindre leur petite fille qui \u00e9tait partie avec ma s\u0153ur ans l&rsquo;Indre*. <br>En esp\u00e9rant des jours meilleurs, \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Eug\u00e8ne Dossot<br>*NDLR de qui s&rsquo;agit-il ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 26 juillet 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous avons re\u00e7u votre lettre avec plaisir et je suis bien pein\u00e9e de vous avoir donn\u00e9 autant de d\u00e9rangement pour retrouver notre pensionnaire, qui, heureusement est en bonne sant\u00e9*. &#8211; NDLR de qui s&rsquo;agit-il ? &#8211; il \u00e9tait tout simplement bloqu\u00e9 \u00e0 Paris. Il est rentr\u00e9 ici deux jours apr\u00e8s que je vous ai \u00e9crit. Il nous avait bien envoy\u00e9 un mot, qui n&rsquo;est jamais arriv\u00e9 \u00e0 destination.<br>Nous avons r\u00e9guli\u00e8rement des nouvelles de Robert. \u2026. Il nous dit s&rsquo;\u00eatre fait photographier, mais il faut attendre un mois ou six semaines avant d&rsquo;avoir les photos, si elle sont r\u00e9ussies. Cela fait, pour nous, au moins trois mois avant de les avoir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR de qui s&rsquo;agit-il ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Peut-\u00eatre auront nous le bonheur de le revoir avant : je n&rsquo;ose y penser, mais vu la marche des \u00e9v\u00e9nements, cela peut aller vite.<br>Il nous dit qu&rsquo;il est au courant des \u00e9v\u00e9nements de France, c&rsquo;est \u00e0 dire du d\u00e9barquement et que cela lui donne une faible espoir. Il s&rsquo;inqui\u00e8te surtout si nous devons \u00e9vacuer une seconde fois, ce que je ne crois pas. Du reste, nous ne pourrions pas aller bien loin, n&rsquo;ayant aucun moyen de transport. Alors, je lui dis que nous irons nous r\u00e9fugier dans une ferme, \u00e0 quelque km d&rsquo;ici.<br>Enfin, j&rsquo;ai bon espoir que, pour la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, Robert sera parmi nous. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 12 novembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai bien re\u00e7u votre carte en son temps : nous sommes heureux que votre lib\u00e9ration s&rsquo;est pass\u00e9e sans dommage. Il en est de m\u00eame pour nous. Nous avons bien eu un moment d&rsquo;\u00e9motion, avec le d\u00e9part de Allemands, vite dissip\u00e9 avec l&rsquo;arriv\u00e9e des Am\u00e9ricains. Nous voici un peu rassur\u00e9 pour lui. Il est en bonne sant\u00e9 et voudrait nous poser un tas de questions, mais \u2026 .Il nous dit que, dans son bled, il est \u00e0 l&rsquo;abri du danger. Il n&rsquo;en est pas de m\u00eame pour son fr\u00e8re qui est en Meurthe et Moselle*. Nous sommes bien inquiets sur son sort et sur celui de dix huit membres de la famille de mon mari qui se trouvent dans les Vosges, juste dans la ligne de combat et dont nous sommes sans nouvelles depuis le mois d&rsquo;ao\u00fbt**. Esp\u00e9rons que leur d\u00e9livrance ne va plus tarder.<br>J&rsquo;avais cependant le ferme espoir que nous aurions eu le bonheur de revoir nos enfants pour cet hiver : encore une d\u00e9ception de plus.<br>En esp\u00e9rant de jours meilleurs, \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em> *NDLR Jean Li\u00e9val parti \u00e0 Val et Ch\u00e2tillon (?) chez sa tante Germaine et son oncle Marcel Li\u00e9val pour \u00e9chapper au STO service du travail obligatoire pour les Fran\u00e7ais en Allemagne.<br> **NDLR les fr\u00e8res, la s\u0153ur et les belles s\u0153urs et la m\u00e8re de mon grand p\u00e8re : Germaine et Marcel Li\u00e9val, leurs enfants Lucienne, Simone et Andr\u00e9, le mari de Lucienne L\u00e9on Bontems, leurs enfants Claude, Jacky et Jean-Pierre, la tante Eug\u00e9nie Marandel et son fils Robert \u00e0 Cirey avec la grand-m\u00e8re Odile Li\u00e9val, Henri Li\u00e9val, sa femme et sa fille \u00e0 Etival Clairefontaine. Il en manque trois, peut-\u00eatre la grand-m\u00e8re Catherine Bontems et la grand-m\u00e8re Choffel, m\u00e8re de Germaine Li\u00e9val<\/em>. &#8211; <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-cinq\" class=\"wp-block-heading\">1945<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 15 janvier 1945<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je viens voue remercier de vos bons souhaits et recevez, en retour, mes v\u0153ux les plus sinc\u00e8res de la famille. Esp\u00e9rons qu&rsquo;enfin, cette ann\u00e9e nous apportera la paix et le retour tant attendu de nos prisonniers.<br>\u2026. la derni\u00e8re lettre de Robert est du 26 novembre et, depuis, plus rien. Il para\u00eet que voil\u00e0 seulement le courrier qui arrive aux prisonniers, en priorit\u00e9 celui de la r\u00e9gion parisienne. Aussi, maintenant, j&rsquo;envoie le courrier \u00e0 ma s\u0153ur, pour qu&rsquo;elle le poste \u00e0 Paris*. De cette fa\u00e7on, il aura peut-\u00eatre de nos nouvelles. Comme il est encore dans la zone des arm\u00e9es, le courrier ne leur est pas distribu\u00e9. Tout cela est bien triste et n&rsquo;est pas fait pour leur remonter le moral. Apr\u00e8s avoir eu l&rsquo;espoir de leur lib\u00e9ration prochaine, encore une fois plong\u00e9s dans l&rsquo;incertitude.<br>Si je re\u00e7ois des nouvelles, aussit\u00f4t je vous le ferai savoir. Notre fils a\u00een\u00e9 est de retour depuis deux mois, apr\u00e8s que nous soyons rest\u00e9s plusieurs mois sans nouvelles. Aussi, son retour nous a bien soulag\u00e9s : je l&rsquo;ai fait savoir \u00e0 Robert car, lui aussi, \u00e9tait tr\u00e8s inquiet \u00e0 son sujet**. &#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR de qui s&rsquo;agit-il ? La m\u00e8re ou la grand-m\u00e8re de Linette Doctrinal ? <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">**NDLR Jean Li\u00e9val a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 par la famille des Vosges, o\u00f9 son oncle et sa tante Marcel et Germaine Li\u00e9val faisaient partie d&rsquo;un r\u00e9seau de passeurs pour prisonniers \u00e9vad\u00e9s et soldats \u00e9trangers ou r\u00e9sistants en difficult\u00e9 sur le sol fran\u00e7ais<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Attigny, le 16 f\u00e9vrier 1945<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Nous avons des nouvelles de Robert, mais, malheureusement, il ne re\u00e7oit rien de nous. Il para\u00eet que les Ardennes sont toujours zone des arm\u00e9es. Ce serait la raison pour laquelle le courrier ne part pas. Le lui \u00e9cris souvent.<br>\u2026. Il nous demande aussi de lui envoyer de la musique : il ne sait pas encore que l&rsquo;on ne peut envoyer de colis depuis la Lib\u00e9ration. \u2026.<br>Je viens encore d&rsquo;avoir une bonne bronchite et de la congestion. Je suis rest\u00e9e huit jours au lit et huit \u00e0 la chambre. Maintenant, je me sens mieux, mais surtout, pas un mot de tout cela \u00e0 Robert, inutile de lui faire de la peine.<br>Enfin, les \u00e9v\u00e9nements se pr\u00e9cipitent : esp\u00e9rons que nous aurons le bonheur de le revoir. Je me demande \u00e0 chaque instant que vont devenir ces malheureux dans cette tourmente, car je crois que le plus terrible va seulement commencer et cela m&rsquo;inqui\u00e8te beaucoup. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Laure Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>NDLR Ici s&rsquo;ach\u00e8vent les lettres \u00e9crites par ma grand-m\u00e8re et que j&rsquo;ai retrouv\u00e9es 39 ans apr\u00e8s. Elles expriment le sentiment des familles de prisonniers, cherchant \u00e0 prot\u00e9ger les leurs des tracas de la vie quotidienne, des maladies qui surviennent aux uns et aux autres ainsi que leur inqui\u00e9tude de ce qui pourrait arriver. Elles montrent \u00e9galement les tr\u00e9sors d&rsquo;imagination d\u00e9ploy\u00e9s de part et d&rsquo;autre pour maintenir la circulation des informations (sans Internet !). Les ann\u00e9es ont pass\u00e9, apportant une forme d&rsquo;oubli, sans que j&rsquo;entende ressasser ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 \u00e0 cette \u00e9poque.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettres adress\u00e9es par ma grand-m\u00e8re, habitant Attigny, dans les Ardennes \u00e0 ma m\u00e8re enseignante \u00e0 Reims. 1940 | 1941 | &hellip; <a href=\"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=99\" class=\"more-link\">More <span class=\"screen-reader-text\">Les lettres de Laure Li\u00e9val<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-99","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/99","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=99"}],"version-history":[{"count":16,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/99\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":128,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/99\/revisions\/128"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=99"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=99"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=99"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}