{"id":129,"date":"2026-07-24T13:17:14","date_gmt":"2026-07-24T13:17:14","guid":{"rendered":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=129"},"modified":"2026-07-25T15:18:58","modified_gmt":"2026-07-25T15:18:58","slug":"les-lettres-de-robert-lieval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=129","title":{"rendered":"Les lettres de Robert Li\u00e9val"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les lettres et les cartes qui suivent ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par mon p\u00e8re \u00e0 ma m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#quarante\" data-type=\"internal\" data-id=\"#quarante\">1940 <\/a>| <a href=\"#quarante-et-un\" data-type=\"internal\" data-id=\"#quarante-et-un\">1941 <\/a>| <a href=\"#quarante-deux\">1942 <\/a>| 1943 | 1944 | 1945 |<\/p>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante\" class=\"wp-block-heading\">1940<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 13 f\u00e9vrier 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je suis en marche vers R\u00e9ville sous Bois (Meuse)*. o\u00f9 nous descendons au repos.<br>Il fait tr\u00e8s froid. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">*NDLR \u00e0 trente km de Verdun<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 10 avril 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je suis d\u00e9sol\u00e9 et j&rsquo;ai le moral bien bas. Je viens de changer de r\u00e9giment pour venir dans l&rsquo;infanterie de ligne. D\u00e9cid\u00e9ment, cette guerre ne m&rsquo;apporte rien de propre. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 15 avril 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai, depuis mon arriv\u00e9e dans ce r\u00e9giment, un cafard fou auquel j&rsquo;ai bien du mal \u00e0 r\u00e9sister, d&rsquo;autant plus que je suis arriv\u00e9 ici pour souffrir comme jamais je n&rsquo;ai souffert, physiquement et moralement entre\u00b0 \u2026. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>\u00b0NDLR les mots \u00e9crits \u00e0 cet endroit ont \u00e9t\u00e9 lav\u00e9s, effac\u00e9s par la censure, l&rsquo;enveloppe portant la mention imprim\u00e9e par un timbre en caoutchouc \u00ab OUVERT par l&rsquo;autorit\u00e9 militaire \u00bb <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">et vendredi nous nous mettions en marche en tenue de campagne. Pour faire trente km nous sommes partis \u00e0 huit heures du soir pour arriver \u00e0 quatre heures du matin \u00e0 \u2026.\u00b0 Nous avons fait le parcours par une pluie glaciale et des chemins impossibles. \u2026. Samedi, j&rsquo;ai dormi toute la journ\u00e9e pour r\u00e9cup\u00e9rer. Le soir, nous devions repartir pour un \u00e9tape de dix km qui devait nous mener \u00e0 \u2026.\u00b0 <br>\u2013<br>L\u00e0 , j&rsquo;ai pass\u00e9 le dimanche tout courbatur\u00e9. Je pensais rester l\u00e0<br>quelques jours, mais voil\u00e0 que subitement nous repartions le soir pour une \u00e9tape de vingt deux km pour arriver ce matin \u00e0 \u2026.\u00b0 \u00e0 dix km de chez mes parents. Demain, nous n&rsquo;avons que quatre km \u00e0 parcourir. Tu vois que pour ma premi\u00e8re marche je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9, mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surpris de pouvoir r\u00e9sister. Tu sais, c&rsquo;est bien difficile sans camarade et je crois que je n&rsquo;en aurai pas beaucoup parmi ces types. Aussi, j&rsquo;ai toujours l&rsquo;id\u00e9e de partir dans l&rsquo;aviation. Je vais faire une demande le 5 mai, mais je voudrais qu&rsquo;elle soit appuy\u00e9e, afin qu&rsquo;elle ne soit pas condamn\u00e9e \u00e0 \u00eatre arr\u00eat\u00e9e au Commandant ou au Colonel. Est-ce que, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de ton p\u00e8re, tu ne pourrais pas me rendre ce service ?* Je voudrais que ma demande soit aspir\u00e9e par le Minist\u00e8re de l&rsquo;air. Ma demande, en qualit\u00e9 d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pilote, sera faite pour le 5 mai. Si ma demande suit son cours normal et que ma visite m\u00e9dicale soit satisfaisante, je commencerai mes cours pour le mois de juillet**. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>\u00b0NDLR mots lav\u00e9s<br>*NDLR mon grand-p\u00e8re maternel le G\u00e9n\u00e9ral Albert Charit\u00e9, \u00e0 ce moment l\u00e0 \u00e0 la retraite et habitant avec ma grand-m\u00e8re Marguerite \u00e0 Ch\u00e2tillon sur Seine o\u00f9 il est n\u00e9.<br>**NDLR Cette lettre porte \u00e9galement, \u00e0 la fin, pr\u00e8s de la signature, les mots suivants \u00e9crits au crayon \u00ab veuillez pr\u00e9venir votre correspondant \u00e0 \u00eatre plus discret, ou nous serions oblig\u00e9s d&rsquo;appliquer les sanctions pr\u00e9vues. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 5 mai 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je serais le plus heureux des soldats, puisque tous les jours je reviens chez mes parents : je me retrouve parmi eux, alors que je pourrais \u00eatre si loin. J&rsquo;en ai m\u00eame d\u00e9laiss\u00e9 ma demande d&rsquo;affectation dans l&rsquo;arm\u00e9e de l&rsquo;air, il est vrai que j&rsquo;attends ta r\u00e9ponse \u00e0 ce sujet. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>NDLR mon p\u00e8re est rest\u00e9 sans pouvoir \u00e9crire \u00e0 ses proches pendant 5 mois. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 20 octobre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. La mort a bien voulu m&rsquo;\u00e9pargner et depuis mi-mai, je suis prisonnier en Allemagne. Bien portant, je le suis encore, mais je crains l&rsquo;hiver, car je n&rsquo;ai que des v\u00eatements d&rsquo;\u00e9t\u00e9. De France, je n&rsquo;ai pas de nouvelles. Que sont devenus mes parents ? Mes amis ? Le cafard me prend souvent \u00e0 la pens\u00e9e des bons moments pass\u00e9s en France, mais je garde espoir. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 27 novembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Re\u00e7u la lettre du 24 novembre : quelle joie ! Suis toujours en bonne sant\u00e9, un peu maigri . Ai des nouvelles de mes parents \u2026 Le cafard commence \u00e0 me prendre. Parle-t-on de notre retour ? Ce s\u00e9jour prolong\u00e9 me p\u00e8se. J&rsquo;ai h\u00e2te de revoir la France. Suis en Prusse orientale. Merci \u00e0 Maria pour son petit mot*. &#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Maria Moreigne, une coll\u00e8gue institutrice de maman, originaire de la Creuse qui vivait \u00e0 cette \u00e9poque \u00e0 Reims puis ensuite \u00e0 Paris rue d&rsquo;Alleray.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 21 d\u00e9cembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Grande joie, au re\u00e7u carte du 10 novembre , r\u00e9cris de suite. Bien portant, n&rsquo;ose d\u00e9peindre ma vie actuelle. Par ce froid de Sib\u00e9rie, ai le cafard. \u2026. N&rsquo;esp\u00e8re pas rentrer bient\u00f4t. Ai nouvelle et colis avec lainages de mes parents. Le contenu des lettres est maigre. Tu comprendras ma r\u00e9serve dans mes deux premi\u00e8res cartes. \u00c9cris-moi souvent, r\u00e9guli\u00e8rement. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 30 d\u00e9cembre 1940<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Re\u00e7ois ta carte du 27 novembre, \u00e0 l&rsquo;instant. Esp\u00e8re que ta sant\u00e9 s&rsquo;est am\u00e9lior\u00e9e. Suis toujours bien portant, viens de faire un stage de huit jours \u00e0 l&rsquo;infirmerie. Nous avons ici plus de moins 25. Beaucoup de bruits circulent au sujet de notre lib\u00e9ration, mais je ne pense pas \u00eatre rapatri\u00e9 pour le printemps. Le moral s&rsquo;en trouve atteint. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-et-un\" class=\"wp-block-heading\">1941<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 2 mars 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Ta carte du 7 janvier est la derni\u00e8re correspondance re\u00e7ue de France, la derni\u00e8re lettre de mes parents est du 3 janvier. Beaucoup de camarades sont dans mon cas et nous commen\u00e7ons \u00e0 nous inqui\u00e9ter. Que se passe-t-il donc en France ? Ai re\u00e7u des colis avec des friandises : viennent-elles de toi ? Tes lettres me sont d&rsquo;un grand r\u00e9confort et je les attends avec impatience. Je n&rsquo;ai pas pu t&rsquo;\u00e9crire pour le 27 janvier. Esp\u00e9rons que l&rsquo;an prochain je serai rentr\u00e9 en France, maintenant, je ne pense pas rentrer avant le mois d&rsquo;octobre. Je suis toujours en bonne sant\u00e9, j&rsquo;ai support\u00e9, assez bien, les grands froids. La neige fond, mais le soleil est toujours bien p\u00e2le. Es-tu toujours souffrante ? Refais-tu classe ? Quoi de neuf boulevard Pommery ? * Qui a ma classe ? Jusqu&rsquo;ici, je n&rsquo;ai rien re\u00e7u des coll\u00e8gues. Que sait-on de notre retour ? \u2026. Je travaille chez des particuliers, un jour chez l&rsquo;un, chez l&rsquo;autre, nous sommes dix camarades dans ce cas. Au mois de mai dernier, j&rsquo;ai pu sauver ton stylo mine avec lequel j&rsquo;\u00e9cris , ainsi que ta timbale. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR c&rsquo;est le nom du groupe scolaire o\u00f9 mes parents ont enseign\u00e9, avant et apr\u00e8s la guerre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 6 avril 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai quitt\u00e9, sans en \u00eatre navr\u00e9, la Prusse pour le Hanovre, o\u00f9 je suis beaucoup mieux. Tu recevras beaucoup moins de correspondance. Es-tu, comme moi, en parfaite sant\u00e9 ? Quand penses-tu me voir rue Marlot ?*. &#8230;.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR ma m\u00e8re habitait \u00e0 cette adresse, au 9 et mes parents et moi y avons habit\u00e9 jusqu&rsquo;en 1951<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 27 avril 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Toujours sans nouvelles de toi, j&rsquo;en suis tr\u00e8s affect\u00e9, bien que je commence \u00e0 m&rsquo;endurcir. (mon caract\u00e8re s&rsquo;est peut-\u00eatre un peu aigri, esp\u00e9rons que le retour en France remettra tout en place) Tu m&rsquo;\u00e9cris, je le sais, mais avec ce triple changement de camp, les lettres ne suivent pas. De mes parents, je suis \u00e9galement sans rien recevoir, cependant, avant hier, j&rsquo;ai re\u00e7u d&rsquo;eux un colis. Un de ces jours, je me propose de t&rsquo;envoyer une \u00e9tiquette pour colis, je pense s\u00fbrement r\u00e9pondre \u00e0 l&rsquo;un de tes d\u00e9sirs. Tu pourras m&rsquo;envoyer des friandises, de pr\u00e9f\u00e9rence, car, ici, j&rsquo;ai de quoi manger. Tu sais sans doute, si tu as re\u00e7u ma derni\u00e8re carte du 6 avril, que, depuis fin mars, je suis chez un brave fermier du Hanovre. Rien de comparable \u00e0 la Prusse. Lorsque j&rsquo;ai quitt\u00e9 cette province, sans aucun regret, j&rsquo;ai eu un moment le faible espoir d&rsquo;\u00eatre dirig\u00e9 vers la France. H\u00e9las ! Le principal est que je sois bien portant. Je suis l\u00e9g\u00e8rement fatigu\u00e9, c&rsquo;est que la journ\u00e9e est longue, de six heures et demie du matin \u00e0 huit heures et demie du soir. Je regrette les petites journ\u00e9es de Pommery ! Le mois prochain, il y aura d\u00e9j\u00e0 un an que je suis prisonnier, triste anniversaire ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 1er juin 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Depuis le 7 janvier, je n&rsquo;ai re\u00e7u que ta lettre du 18 mars le 26 mai. T&rsquo;ai \u00e9crit le 27 avril, le 6 avril, le 2 mars. Rien de Dufflot. &#8211; NDLR Un coll\u00e8gue de Pommery &#8211; De mes parents, deux lettres le 26 mai, les autres ne me sont pas parvenues. T&rsquo;ai envoy\u00e9 \u00e9tiquette colis le 25 mai. Te souhaite meilleure sant\u00e9. Suis bien portant, chez un bon cultivateur, avec un prof de dessin de Paris*.  Moral bon : chaque jour on parle de retour. Amiti\u00e9s \u00e0 Maria. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Monsieur Clairet, je pense. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 22 juin 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tu peux croire \u00e0 ma parfaite sant\u00e9. Ce s\u00e9jour \u00e0 la campagne serait acceptable, si ce n&rsquo;\u00e9tait cette p\u00e9nible s\u00e9paration. Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas : o\u00f9 je me trouve, je suis bien. Demain , je commence la fenaison. \u2026 Bien des choses \u00e0 Maria. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 27 juillet 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Avec quelle joie j&rsquo;ai ouvert ton pr\u00e9cieux colis, re\u00e7u le 22 juillet, en tr\u00e8s bon \u00e9tat, au complet. \u2026. Les g\u00e2teaux secs (d\u00e9licieux), les confitures (sont-elles de toi ?) Peux-tu avoir du chocolat facilement ? \u2026. Je ne voudrais pas que cela te prive. \u2026. Tu es en vacances je suppose ; loin de toi, je fais la moisson, travail p\u00e9nible, certes, mais que je supporte assez bien. Le paysan, chez lequel je suis, n&rsquo;abuse pas de moi et cela rend ma captivit\u00e9 moins p\u00e9nible. J&rsquo;ai souvent des heures de cafard, mais comment pourrait-il en \u00eatre autrement ? Dans ces moments, j&rsquo;essaie bien de me persuader. H\u00e9las, combien cet \u00e9loignement me p\u00e8se ! As-tu espoir en un proche avenir meilleur ? Jusqu&rsquo;ici, as-tu souffert de ces temps de crise ? Selon mes parents, ce serait supportable. En est-il de m\u00eame pour vous \u00e0 la ville ? Est- ce qu&rsquo;il y a du nouveau dans la corporation ? A mon grand regret, je suis oblig\u00e9 d&rsquo;en rester l\u00e0. -NDLR sans doute faute de place sur la lettre r\u00e9glementaire &#8211; Que ta sant\u00e9 soit bonne, passe de bonnes vacances. Amiti\u00e9s \u00e0 Maria. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 5 octobre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Octobre entam\u00e9, j&rsquo;ai perdu tout espoir de retour pour cette ann\u00e9e ! Bient\u00f4t le cafardeux hiver!esp\u00e8re que tes vacances se sont bien pass\u00e9es. O\u00f9 es-tu all\u00e9e ? Mademoiselle Maria est-elle de retour \u00e0 Reims aussi ? N&rsquo;y a-t-il pas du nouveau dans la corporation \u00e0 Pommery ? Qui est inspecteur primaire ? Te souhaite de passer l&rsquo;hiver en bonne sant\u00e9. \u2026 .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 2 novembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Toujours en bonne sant\u00e9. Attends avec impatience la r\u00e9ponse \u00e0 ma lettre du 24 ao\u00fbt. Je t&rsquo;ai envoy\u00e9 aussi une carte le 5 octobre. Je ne sais quoi penser ! Es-tu de nouveau malade ? As-tu quelques nouvelles de mes parents ? Quant \u00e0 moi, compte passer l&rsquo;hiver ici. Le travail s&rsquo;est bien ralenti, la neige est apparue. Que deviennent les coll\u00e8gues de Pommery ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 9 novembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier soir, je recevais ta carte du 17 octobre, tr\u00e8s heureux, car depuis quelques semaines, moi aussi sans nouvelles. Le 29 ao\u00fbt, je t&rsquo;ai \u00e9crit une lettre et tu me r\u00e9ponds avec une carte r\u00e9ponse du 28 ao\u00fbt : il y a erreur, ou tu n&rsquo;as pas re\u00e7u ma lettre, ou tu m&rsquo;as envoy\u00e9 la carte r\u00e9ponse d&rsquo;un autre prisonnier correspondant avec toi. &#8211; NDLR Commentaire de ma m\u00e8re en marge \u00ab ce n&rsquo;est pas possible \u00bb. &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bref, le moral n&rsquo;est pas grand, le principal est que je ne suis pas sans nouvelles de toi. Mes parents ont \u00e9t\u00e9, comme toi, un moment sans nouvelles. Cela ne m&rsquo;\u00e9tonne pas : un trou s&rsquo;est produit dans mon courrier fin ao\u00fbt et septembre. Mais aujourd&rsquo;hui, ce n&rsquo;est plus rien, je vous sais tous en bonne sant\u00e9. Dans les conditions actuelles, c&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Bien que je ne connaisse pas ton amie du Loiret, sa mort m&rsquo;a caus\u00e9 surprise et peine, je sais que pour toi c&rsquo;\u00e9tait une v\u00e9ritable amie. Est-ce que son mari est aussi prisonnier ? -NDLR Oui, son mari, Roger Rouineau, \u00e9tait bien prisonnier, et elle est morte empoisonn\u00e9e par des champignons. D&rsquo;autres membres de la famille ont \u00e9t\u00e9 intoxiqu\u00e9s, comme la grand-m\u00e8re. Son mari a \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 la fin de la guerre et tenait un garage. Deux petites filles sont rest\u00e9es orphelines, la plus \u00e2g\u00e9e pr\u00e9nomm\u00e9e Romaine. &#8211; Comme j&rsquo;ai d\u00fb t&rsquo;en parler il y a quelques mois, je te fais parvenir aujourd&rsquo;hui une \u00e9tiquette colis. Quelques friandises, un ou deux livres et ce sera mon No\u00ebl ! \u2026. ne connais-tu rien sur notre retour ? Chaque fois, j&rsquo;\u00e9prouve le besoin de poser cette question. Pourtant, je sais que si tu connaissais quelque chose \u2026 ! Quand irai-je te surprendre rue Marlot ? -NDLR L&rsquo;adresse de maman \u00e0 Reims.- Qui sait ? Esp\u00e9rons! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 21 d\u00e9cembre 1941<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Le 18, ta lettre et ta carte du 20 novembre. Heureuse surprise ce jour l\u00e0, pour moi qui \u00e9tait sans lettre. (Une fois de pus, un peu de \u00ab baume au coeur \u00bb) J&rsquo;ai re\u00e7u le contenu des paquets que tu as envoy\u00e9s \u00e0 mes parents. Bien des fois merci. Suis dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de t&rsquo;envoyer une photo maintenant. Je n&rsquo;ai pas eu beaucoup de photos \u00e0 ma disposition, mais je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas. Je ne t&rsquo;ai pas oubli\u00e9e. Je me porte bien. Amiti\u00e9s \u00e0 Mademoiselle Maria. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 id=\"quarante-deux\" class=\"wp-block-heading\">1942<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 25 janvier 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sur ta carte du 4 janvier, que j&rsquo;ai re\u00e7ue hier, mon courrier te semble rare et irr\u00e9gulier. Je tiens \u00e0 m&rsquo;en excuser, mais r\u00e9fl\u00e9chis et tu verras bien combien je disposais de cartes et lettres pour la No\u00ebl et le Nouvel an. J&rsquo;ai bien re\u00e7u jusqu&rsquo;ici les colis de mes parents, mais je n&rsquo;y ai pas trouv\u00e9 de photo : j&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs demand\u00e9 \u00e0 mes parents comment cela se faisait. Je ne d\u00e9sesp\u00e8re d&rsquo;ailleurs pas de recevoir quelque chose ces jours-ci. Des \u00e9tiquettes, je t&rsquo;en ferai parvenir une le premier dimanche de f\u00e9vrier. Tous les correspondants que j&rsquo;ai m&rsquo;en r\u00e9clament : avec deux par mois, je ne peux satisfaire tout le monde. Merci beaucoup pour le colis que tu m&rsquo;as envoy\u00e9 le 8 janvier, je vais l&rsquo;avoir dans quelques jours. Merci \u00e9galement pour tes bons v\u0153ux, quant au retour, je n&rsquo;y compte encore pas pour cette ann\u00e9e. Je serai donc encor bien longtemps seul et je pourrai m\u00e9diter. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 15 f\u00e9vrier 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. As-tu re\u00e7u ma carte du 25 J. je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u ta photo. Ma m\u00e8re me l&rsquo;a envoy\u00e9e avec tes livres. J&rsquo;attends le colis cette semaine. J&rsquo;ai fait un cadre \u00e0 ton intention. Ma m\u00e8re te consid\u00e8re comme une de mes meilleures amies. Que t&rsquo;\u00e9crit-elle ? Ma sant\u00e9 bonne. Moral celui de tous le PG.- NDLR Prisonniers de Guerre \u2013 On r\u00eave ! On parle du pass\u00e9 \u2026 Je n&rsquo;ai pas de calendrier. J&rsquo;ai peut-\u00eatre fait des oublis. M&rsquo;en excuse. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 8 mars 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai re\u00e7u ta derni\u00e8re lettre le 28\/2\/42 et ton dernier colis. Il m&rsquo;a tr\u00e8s bien plu. Merci beaucoup. Surtout, ne te prive pas. Les g\u00e2teaux secs : d\u00e9licieux, les friandises me font \u00e9norm\u00e9ment plaisir, je n&rsquo;ai pas encore go\u00fbt\u00e9 aux poires. Mais, ce qui m&rsquo;a le plus touch\u00e9, ce sont les photos, tant celles de mes parents que la tienne. Une chose est regrettable : le cadre est trop petit et maintenant le temps me manque. J&rsquo;ai, depuis No\u00ebl, confectionn\u00e9 deux bagues . Comme tous les prisonniers, je travaille ; \u00e0 la fin du mois, il y aura un an que je suis chez le m\u00eame cultivateur. Te dire ce que j&rsquo;y fais, je vais te donner mon emploi du temps pour la journ\u00e9e d&rsquo;aujourd&rsquo;hui dimanche. Pour sept heures, je quitte le camp et arrive un quart d&rsquo;heure apr\u00e8s chez le cultivateur. Je donne \u00e0 manger aux b\u00eates, d\u00e9jeune puis, jusque midi, vais d\u00e9blayer la route couverte de neige. Apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 \u2013 quoi ? Des pommes de terre \u2013 et suc\u00e9 un de tes bonbons, je reviens au camp o\u00f9 la distribution des colis, des conserves m&rsquo;attendent. J&rsquo;en ai pour jusque 4 heures et je mange, cette fois, un peu de cuisine fran\u00e7aise qu&rsquo;un Parisien me pr\u00e9pare. Je repars, ensuite, donner \u00e0 manger aux b\u00eates jusque sept heures . Je prends mon pain du soir et reviens au camp pour t&rsquo;\u00e9crire. Dans quelques minutes, je me couche. Ma lettre est courte. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 22 mars 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Merci pour les nouvelles que tu me donnes de ma m\u00e8re. Je suis content lorsque d&rsquo;autres personnes qu&rsquo;elle me disent qu&rsquo;elle est en bonne sant\u00e9, car je sais que si elle \u00e9tait malade, elle h\u00e9siterait \u00e0 me le dire. (c&rsquo;est un peu comme toi!) \u2026. je ne serai m\u00eame pas encore pr\u00e8s de toi pour le 23 avril, cette date m&rsquo;est revenue \u00e0 la m\u00e9moire*. Que ce jour soit pour toi une f\u00eate, ma pens\u00e9e sera aupr\u00e8s e toi. Peut-\u00eatre l&rsquo;an prochain y serai-je en personne. \u2026. je n&rsquo;ai toujours pas de photo ! Excuse moi, je t&rsquo;assure que je fais mon possible. Ne d\u00e9sesp\u00e8re pas, mais je voudrais que tu puisses te rendre compte de la mine que j&rsquo;ai eu cet hiver, j&rsquo;\u00e9tais vraiment endurci. J&rsquo;ai, par tous les temps, travaill\u00e9 des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Rien ne m&rsquo;a \u00e9pouvant\u00e9, seule cette longue s\u00e9paration me p\u00e8se. Te souviens-tu d&rsquo;un certain pressentiment que j&rsquo;avais eu pr\u00e8s de toi lors de ma seconde permission ? T&rsquo;ai-je dit que je serai longtemps sans revenir ? H\u00e9las ! Ce n&rsquo;\u00e9tait que trop vrai !. &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"> <em>*NDLR : date de l&rsquo;anniversaire de ma m\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 12 avril 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tu dois t&rsquo;impatienter et croire que je t&rsquo;oublie. Non. Cependant, je ne t&rsquo;ai pas \u00e9crit depuis le 21 mars. ( Tu dois savoir que nous ne touchons ni lettre ni carte le dernier dimanche d&rsquo;un mois qui en a cinq.) P\u00e2ques fut bien triste pour moi. Je me suis repos\u00e9 le vendredi saint, P\u00e2ques et son lundi, mais cette semaine nous l&rsquo;avons repay\u00e9. Les premi\u00e8res journ\u00e9es de bon temps m&rsquo;ont paru tr\u00e8s p\u00e9nibles. D&rsquo;habitude 5h1\/2 lever, 6h d\u00e9part pour la ferme d&rsquo;o\u00f9 je ne reviens qu&rsquo;\u00e0 8h du soir. Ma journ\u00e9e termin\u00e9e, je pousse un \u00ab ouf \u00bb et le lendemain, \u00e7a recommence. Comment veux-tu qu&rsquo;\u00e0 ce tarif l\u00e0 ma pauvre carcasse ne c\u00e8de pas le peu de graisse qu&rsquo;elle a difficilement r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 cet hiver ! Je regrette de ne pas pouvoir me faire photographier. Malgr\u00e9 tout, le moral reste assez bon, surtout lorsque je re\u00e7ois une lettre ou un colis de toi. J&rsquo;ai ton colis de f\u00e9vrier : il est arriv\u00e9 dans un triste \u00e9tat, le pot de confiture s&rsquo;\u00e9tant renvers\u00e9. Ceci n&rsquo;a rien retir\u00e9 \u00e0 ma joie, je crains toujours de te priver et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien . Les livres que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s sont \u00e0 la censure et pas encore revenus. Je souhaite avoir bient\u00f4t ta r\u00e9ponse. J&rsquo;ai un camarade instituteur \u00e0 Vienne la Ville, qui est rentr\u00e9*. A quand mon tour ? Rien de neuf dans l&rsquo;enseignement ? Joyeux anniversaire ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Andr\u00e9 Robert <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 avril 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Cinq ans jour pour jour avant ma naissance !  <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Ta derni\u00e8re carte m&rsquo;est parvenue le 21 mars et j&rsquo;ai trouv\u00e9, ce mois-ci, le temps bien long : fatigu\u00e9 par le travail, pas de changement dans la situation, pas de lettre! Le mois d&rsquo;avril n&rsquo;est pas tr\u00e8s souriant pour moi. La saint Robert, je me pr\u00e9pare \u00e0 la passer dans les champs, seul, retir\u00e9 du monde. J&rsquo;aurai bien des choses \u00e0 faire pour rattraper le temps perdu, lorsque je rentrerai. Certains moments, je crois que ce beau jour n&rsquo;arrivera pas. On prend patience, patience, mais on arrive \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer. Combien de fois a-t-on l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre abandonn\u00e9, si ce n&rsquo;\u00e9tait la famille et les vrais amis ! Je viens d&rsquo;interrompre ma lettre pour aller travailler et prendre mon repas chez le paysan : il est huit heures. J&rsquo;ai tes colis des mois de janvier et f\u00e9vrier : merci beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le prochain paquet que tu me destineras, joins quelques cigarettes ou tabac. Fumer est un d\u00e9faut que l&rsquo;on pardonne \u00e0 un prisonnier ! Sans cela, je suis toujours en bonne sant\u00e9. Je me suis trouv\u00e9 maigri ces jours-ci, je n&rsquo;en fais pas cas. Pour les photos, j&rsquo;attends toujours : c&rsquo;est long ! Bien des choses ne d\u00e9pendent pas de notre volont\u00e9 ici. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 10 mai 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tr\u00e8s heureux que tu aies pass\u00e9 un cong\u00e9 \u00e9patant. Les moments de vacance sont les p\u00e9riodes les plus terribles de ma captivit\u00e9 : je ne peux oublier qu&rsquo;un jour j&rsquo;ai eu des vacances. Les grandes vacances me passent encore cette ann\u00e9e devant le nez ! J&rsquo;esp\u00e9rais toujours \u00eatre rapatri\u00e9 comme sanitaire, mais l&rsquo;OKW ne pense pas vite \u00e0 moi. Aurais-tu quelques tuyaux \u00e0 me donner \u00e0 ce sujet ? Si seulement je pouvais rentrer pour cet \u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s quelques jours pass\u00e9s chez mes parents pour me retaper, je fonce, c&rsquo;est le mot, chez toi ! \u2026 Est-ce le 28 mai la sainte Germaine ? Bonne f\u00eate ! N&rsquo;\u00e9cris que sur les lignes. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Allusion est faite ici \u00e0 la mention en allemand et en fran\u00e7ais figurant sur chaque feuille de papier de format 11 cm par 15 cm, remise aux prisonniers pour \u00e9crire leur courrier : \u00ab Cette page est r\u00e9serv\u00e9e aux prisonniers de guerre ! N&rsquo;\u00e9crire que sur les lignes et lisiblement ! \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 14 mai 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai eu ta lettre du 13 mai ces jours-ci. Je d\u00e9sesp\u00e9rais et pensais qu&rsquo;elle \u00e9tait rest\u00e9e \u00e0 la censure, car ils sont tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res. Il est interdit d&rsquo;\u00e9crire entre les lignes et dans la marge ainsi que d&rsquo;user d&rsquo;abr\u00e9viations. Ta derni\u00e8re lettre m&rsquo;est arriv\u00e9e avec quantit\u00e9 de traits bleus et un dernier avertissement. Cependant, le moral redevient bon. J&rsquo;esp\u00e8re pour cette ann\u00e9e ; peut-\u00eatre n&rsquo;est-ce qu&rsquo;une illusion, comme j&rsquo;en ai tant eu ! \u2026. Il m&rsquo;arrive tr\u00e8s souvent de m&rsquo;apercevoir que j&rsquo;ai vingt huit ans ! \u2026. Bient\u00f4t les grandes vacances, la rentr\u00e9e nous apportera peut-\u00eatre chose nouvelle. Ne me le cache pas, car c&rsquo;est devenu une habitude de ne pas dire la v\u00e9rit\u00e9 aux prisonniers. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 12 juillet 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Quand tu recevras cette lettre, tu seras en vacances : profites- en ! Ne pense pas trop \u00e0 ton prisonnier, ses troisi\u00e8mes grandes vacances se passeront \u00e0 la campagne, comme ses premi\u00e8res. Souhaitons que, l&rsquo;an prochain, je pourrai en profiter. La sant\u00e9 est bonne, le moral est meilleur et le travail moins p\u00e9nible. Les foins se sont bien pass\u00e9s, je n&rsquo;ai pas pein\u00e9, attendu le peu de foin qu&rsquo;il y avait cette ann\u00e9e. J&rsquo;ai des nouvelles de mes parents : j&rsquo;ai la nette impression qu&rsquo;elle se fait de la bile*.  As-tu des nouvelles de chez moi ? Que dit ma m\u00e8re ? Sur toutes les photos, je lui trouve un si triste visage, qui me fait une peine infinie. C&rsquo;est ce qui me p\u00e8se le plus dans ma captivit\u00e9 et je ne puis me raisonner : certains jours, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de devenir fou ! Et je ne suis pas le seul. Enfin , les jours passent, j&rsquo;esp\u00e8re malgr\u00e9 tout en voir bient\u00f4t la fin, j&rsquo;ai de bonnes nouvelles de mes parents \u00e0 ce sujet ! Esp\u00e9rons, esp\u00e9rons, je ne fais que cela. Mon anniversaire &#8211; le trois juillet \u2013 me fut plus agr\u00e9able que la saint Robert : mes patrons m&rsquo;ont r\u00e9serv\u00e9 une petite surprise ce jour-l\u00e0 et ils sont toujours gentils avec moi, ce qui est appr\u00e9ciable. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Il s&rsquo;agit sans doute de ma grand-m\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 juillet 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tu as \u00e9t\u00e9 un certain temps sans recevoir de mes nouvelles, en particulier en mai et juin. Je t&rsquo;ai \u00e9crit le 10 mai, en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 mes parents. Je n&rsquo;ai, \u00e0 ce jour, aucune r\u00e9ponse \u00e0 des deux lettres et je ne compte plus en avoir. Ensuite, il y a eu des \u00e9vasions et la correspondance a \u00e9t\u00e9 suspendue. Puis, on nous apprend bien qu&rsquo;un wagon contenant lettres et paquets destin\u00e9s aux PG -NDLR Prisonniers de guerre \u2013 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par la R.A.F. -NDLR la \u00ab royal air force \u00bb &#8211; nous jouons vraiment de malchance ; je te promets qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avenir tu auras de mes nouvelles deux fois par mois, ainsi , ce ne sera pas trop long ! Malgr\u00e9 tout, je suis en parfaite sant\u00e9, j&rsquo;ai grossi ; j&rsquo;ai repris ce que le printemps m &lsquo;avait enlev\u00e9. (Je regrette il est strictement interdit de se faire photographier!) Comment se passent tes vacances ? Es-tu all\u00e9e chez tes parents ? Tu ne m&rsquo;en parles pas. Ta m\u00e8re est- elle toujours malade, ton p\u00e8re toujours aussi brave homme ? D&rsquo;apr\u00e8s lui, quand la guerre se terminera-t-elle ?* Je crois que nous devrons malheureusement passer cet hiver dans la m\u00eame situation. Une d\u00e9ception de plus ! As-tu des nouvelles d&rsquo;Attigny ? -NDLR l\u00e0, ou habitent les parents de mon p\u00e8re &#8211; Que deviennent les coll\u00e8gues de Pommery ?*  \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Mon grand-p\u00e8re \u00e9tait un G\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la retraite qui avait combattu pendant la guerre de 1914.<br>*NDLR Nom du Boulevard o\u00f9 se situe l&rsquo;\u00e9cole o\u00f9 mon p\u00e8re a enseign\u00e9 avant et apr\u00e8s le guerre.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 23 ao\u00fbt 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai tes lettres du 29 juin et du 30 juillet et ton colis du 16 juillet : merci beaucoup. J&rsquo;ai l&rsquo;impression que tu te prives pour m&rsquo;envoyer de si copieux colis par ces temps de restrictions. Je t&rsquo;\u00e9cris irr\u00e9guli\u00e8rement, malgr\u00e9 mes promesses, souvent, cela m&rsquo;est mat\u00e9riellement impossible. Quelles id\u00e9es noires te forges-tu ? Comme toi, je crois que mon retour est bien pr\u00e9caire. J&rsquo;ai demand\u00e9 pour passer mon caduc\u00e9e au camp, mais rien n&rsquo;est organis\u00e9 en ce sens. \u2026. Passe de bonnes vacances et attendons l&rsquo;avenir ! C&rsquo;est ce que je fais dans la mesure du possible. Malgr\u00e9 tout, certains jours, je suis cafardeux. Quel est le prisonnier qui ne l&rsquo;a pas encore \u00e9t\u00e9 ? Ma sant\u00e9 est bonne. J&rsquo;ai toujours beaucoup de travail. Je suis en pleine moisson et c&rsquo;est p\u00e9nible. Si tu me voyais, d\u00e9guis\u00e9 en paysan allemand, tu en rirais ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 10 octobre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Hier, ta lettre du 11 septembre m&rsquo;a redonn\u00e9 le moral qu&rsquo;un prisonnier doit avoir. Aussi, ai-je fait une provision de courage qui m&rsquo;aidera \u00e0 passer l&rsquo;hiver, que j&rsquo;entrevois bien triste. \u2026 maintenant, esp\u00e9rons que mon retour ne tardera pas. \u2026. deux ans et demi, c&rsquo;est vraiment trop long pour nous qui sommes, par le fait, innocents. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 13 octobre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Parmi les camarades, trois viennent d&rsquo;apprendre que leur femme avait un enfant de plus ! Cela a occasionn\u00e9 des troubles mentaux \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;entre eux qui, par la suite en est mort. Crois-tu que cela ne puisse avoir des r\u00e9percussions sur le moral d&rsquo;un prisonnier ? \u2026. Nous ne connaissons que bien peu ce qui peut se passer en France, mais nous l&rsquo;imaginons peut-\u00eatre trop facilement. \u2026 Depuis trois semaines, le travail nous est retomb\u00e9 sur les bras : c&rsquo;est tr\u00e8s p\u00e9nible pour moi. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 28 octobre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je suis remaigri, ce qui prouve que le superflu que je prends<br>durant certaines saisons, est d&rsquo;une valeur bien m\u00e9diocre. Cependant, je suis devenu plus robuste, surtout depuis cet hiver. Je regrette, une fois de plus, de ne pouvoir t&rsquo;envoyer une photo. Tu auras peut-\u00eatre le plaisir de me revoir. Aujourd&rsquo;hui m\u00eame on a demand\u00e9 par t\u00e9l\u00e9phone le nom des sanitaires. Qu&rsquo;en penser ?<br>Quoi esp\u00e9rer ? Je n&rsquo;en sais rien ! Mais, au fond de moi-m\u00eame, j&rsquo;attends, je patiente, sans grand espoir. Personnellement, je ne pense pas qu&rsquo;un coup de th\u00e9\u00e2tre puisse nous ramener cet hiver. Tu as pass\u00e9 un mois d&rsquo;ao\u00fbt bien monotone ! Atten m&rsquo;\u00e9crit aussi que les vacances de maintenant sont toute autre chose. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 2 novembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Le courrier ne marche pas en ce moment. Suis depuis un mois<br>et demi sans colis ! Je t&rsquo;envoie \u00e9tiquettes pour No\u00ebl. Peux-tu joindre \u00e0 ton colis un recueil de musique pour mandoline ou banjo ? As-tu des nouvelles de mes parents ? Le triste hiver commence ! Je m&rsquo;ennuie ! Malgr\u00e9 tout, joyeux No\u00ebl et nouvel an.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 22 novembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Depuis cinq semaines, j&rsquo;avais un bon petit camarade, un<br>ing\u00e9nieur de Paris. Nous avons bien bavard\u00e9, surtout que les soir\u00e9es sont un peu plus longues. Puis il est parti dans un autre \u00ab Kommando \u00bb jeudi dernier. Vendredi, j&rsquo;\u00e9tais gagn\u00e9 par l&rsquo;ennui ; hier, tes lettres ont remis tout en place. J&rsquo;avais \u00e9galement une lettre de ma m\u00e8re, puis deux cartes ; tout va tr\u00e8s bien. Avec cela, un l\u00e9ger espoir de rentrer bient\u00f4t, une sant\u00e9 tr\u00e8s bonne. \u2026. Passe un bon No\u00ebl : je penserai bien \u00e0 toi. Je regretterai de ne pas \u00eatre pr\u00e8s de toi. Esp\u00e9rons pour le prochain nouvel an !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 6 d\u00e9cembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je suis tr\u00e8s heureux que vous \u00e9changiez mes lettres ; de cette<br>fa\u00e7on, vous avez de mes nouvelles plus souvent. \u2026. Bien dommage que je ne sois pas aupr\u00e8s de toi en ce moment et ces temps derniers, au moment o\u00f9 un peu d&rsquo;espoir commen\u00e7ait \u00e0 rena\u00eetre, arrivent des \u00e9v\u00e9nements qui ne sont pas pour avancer mon retour : un nouvel an de plus en cage ! J&rsquo;ai bien re\u00e7u ton colis en son temps, je t&rsquo;en ai parl\u00e9. Je t&rsquo;ai m\u00eame remerci\u00e9e, en particulier pour les cigarettes, qui furent les bienvenues. O\u00f9 et comment les as-tu eues ? \u2026. Une classe avec 15 \u00e9l\u00e8ves : mais tu es heureuse comme une reine !<br>Te souviens-tu du bon temps o\u00f9 on \u00e9tait voisin, chaque apr\u00e8s- midi ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 20 d\u00e9cembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Cette semaine, j&rsquo;ai eu le cafard, cons\u00e9cutif aux mauvaises nouvelles que j&rsquo;ai re\u00e7ues : tante et oncle tu\u00e9s en juin 40, mon fr\u00e8re devant partir en Allemagne*. Mais aujourd&rsquo;hui, l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration. Des nouvelles sur la situation : nous en avons par les journaux que nous recevons r\u00e9guli\u00e8rement. Quatre PG -NDLR prisonniers de guerre- ont quitt\u00e9 mon \u00ab Kommando \u00bb pour la rel\u00e8ve ; ils \u00e9taient \u00e2g\u00e9s de plus de quarante ans. Mon tour n&rsquo;est donc pas <em>arriv\u00e9 <\/em>!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR S&rsquo;agit-il de la famille Bigorgne de Romilly, la s\u0153ur et le beau-fr\u00e8re de ma grand- m\u00e8re Laure Caudrelier, la m\u00e8re de mon p\u00e8re ? Ont-ils \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s lors du bombardement d&rsquo;un train et o\u00f9 ? Quant \u00e0 mon oncle Jean, le fr\u00e8re de mon p\u00e8re, il craignait d&rsquo;\u00eatre envoy\u00e9 au service du travail obligatoire STO en Allemagne. Il a \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 par la famille Li\u00e9val habitant en Meurthe et Moselle. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 27 d\u00e9cembre 1942<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Aujourd&rsquo;hui soir, mes petites vacances de No\u00ebl prennent fin. \u2026. J&rsquo;ai essay\u00e9 de r\u00e9aliser ce que nous aurions pu faire, si j&rsquo;avais eu le bonheur de faire partie du dernier d\u00e9part. H\u00e9las, de mon \u00ab Kommando \u00bb ne sont partis que les prisonniers \u00e2g\u00e9s de plus de quarante ans ou ayant trois enfants : c&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle la rel\u00e8ve. Ma seule consolation est d&rsquo;esp\u00e9rer partir au prochain d\u00e9part ! Bien triste mani\u00e8re de se consoler ! La No\u00ebl s&rsquo;est pass\u00e9e on ne peut dire joyeusement, car, pour un prisonnier cela ne peut exister. Mais enfin, les visages se sont d\u00e9rid\u00e9s. Esp\u00e9rons que l&rsquo;an prochain nous la passerons dans d&rsquo;autres conditions. Es-tu rest\u00e9e \u00e0 Reims pour ces vacances-ci ? \u2026. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, je n&rsquo;ai re\u00e7u aucun colis pour No\u00ebl. Je ne les attends pas particuli\u00e8rement, car, pour l&rsquo;instant, je mange toujours \u00e0 ma faim. La sant\u00e9 est bonne, le travail beaucoup moins p\u00e9nible. Ce ne sont l\u00e0 que de petits soucis, ce que je d\u00e9sire c&rsquo;est rentrer. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1943<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 10 janvier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sant\u00e9 toujours bonne ; Avons maintenant v\u00e9ritable hiver, mais n&rsquo;en souffre pas. Ai ton colis de novembre. Merci beaucoup pour les friandises et la musique. \u2026. Un deuxi\u00e8me d\u00e9part a quitt\u00e9 notre Stalag, il m&rsquo;est encore pass\u00e9 sous le nez. Je suis impuissant. Esp\u00e8re toujours, malgr\u00e9 tout. Ai bonnes nouvelles de mes parents. As-tu eu de bonnes vacances pour la No\u00ebl ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">le 17 janvier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Cette semaine, je suis rest\u00e9 sans lettre, ce que le courrier peut \u00eatre irr\u00e9gulier ! La prochaine fois, je vais encore recevoir quelques lettres avec retard. Ma sant\u00e9 est excellente, d&rsquo;ailleurs<br>pas plus tard que cet apr\u00e8s-midi, je me suis soign\u00e9 : un petit repas \u00e0 la fran\u00e7aise (tes confitures \u00e9taient d\u00e9licieuses). Cette fois le contenu du pot \u00e9tait intact. Merci, une fois de plus. \u2026. On parle d&rsquo;un nouveau d\u00e9part pour mars, mais dois-je esp\u00e9rer ? Rapatri\u00e9 comme sanitaire, je crois que les autorit\u00e9s allemandes n&rsquo;y tiennent pas beaucoup. Par la rel\u00e8ve, j&rsquo;ai bien peu de chance : je suis trop jeune et c\u00e9libataire. Il me faudrait vraiment b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une mesure de bienveillance. Cependant, j&rsquo;esp\u00e8re : je l&rsquo;ai \u00e9crit bien des fois, mais tu dois bien songer que, sans espoir, je ne pourrais vivre ici. Il est vrai aussi qu&rsquo;il y a plus malheureux que moi. Je pense \u00e0 vous qui souffrez aussi en France (surtout, ne te prive de rien pour m&rsquo;envoyer un colis). \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 7 f\u00e9vrier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Cet hiver, pas de froid rigoureux. Je n&rsquo;ai vraiment qu&rsquo;un d\u00e9sir,<br>c&rsquo;est de faire partie du nouveau d\u00e9part de la rel\u00e8ve qui est fix\u00e9, d&rsquo;apr\u00e8s ce qu&rsquo;on en dit, pour le mois de mars. Je n&rsquo;ose y penser et je r\u00e9alise d&rsquo;ailleurs pas ce que peut \u00eatre le retour : nous en avons tellement parl\u00e9 ! \u2026. Avoir une vie qui ressemble \u00e0 celle que j&rsquo;avais avant guerre ! Cela me semble, apr\u00e8s bient\u00f4t trois ans de captivit\u00e9, irr\u00e9alisable. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 21 f\u00e9vrier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sant\u00e9 tr\u00e8s bonne, pas le cafard. J&rsquo;esp\u00e8re cette fois \u00eatre lib\u00e9r\u00e9 cette ann\u00e9e. Qu&rsquo;en penses-tu ? Connais-tu beaucoup de PG rapatri\u00e9s ? Je n&rsquo;ose penser \u00e0 ce beau jour, r\u00e9alises-tu ? Si j&rsquo;\u00e9tais l\u00e0 pour P\u00e2ques ? Surtout, n&rsquo;en dis rien, les d\u00e9ceptions sont \u00e0 craindre. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 28 f\u00e9vrier 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Depuis le 5, je n&rsquo;ai rien de toi, cette irr\u00e9gularit\u00e9 est intol\u00e9rable. J&rsquo;en suis peut-\u00eatre indirectement responsable, mais il est difficile de faire autrement. Heureusement que la fin approche ; pour mars, il doit y avoir un d\u00e9part du Stalag, si j&rsquo;avais le bonheur d&rsquo;en faire partie ! \u2026. J&rsquo;en r\u00eave presque chaque nuit : je me retrouve aux \u00ab Colonnes \u00bb, \u00e0 Pommery,<br>chez mes parents.* En outre, c&rsquo;est assez comique, j&rsquo;ai revu, en r\u00eave, l&rsquo;inondation de l&rsquo;hiver 1939, mais en plus grand, un v\u00e9ritable d\u00e9sastre pour ton appartement ! J&rsquo;ai en ce moment un antique phono qui me casse les oreilles. Quelle vie ! Voila d\u00e9j\u00e0 le premier trimestre bien entam\u00e9, il faut que ma lib\u00e9ration ne se fasse plus attendre. Ce n&rsquo;est pas que cet hiver a \u00e9t\u00e9 pour moi plus p\u00e9nible, mais c&rsquo;est cependant le troisi\u00e8me. Je me console toujours en pensant que la maladie m&rsquo;\u00e9pargne, que je ne meurs pas de faim et, ce printemps, je me sens particuli\u00e8rement en forme. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Le caf\u00e9 des \u00ab Colonnes \u00bb situ\u00e9 sous les arcades place d&rsquo;Erlon, existe toujours, rebaptis\u00e9 il y a quelques ann\u00e9es \u00ab Ernest Hemingway \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 4 avril 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Le moral est bien bas. Je pensais faire partie de la rel\u00e8ve et \u00eatre aupr\u00e8s de toi pour P\u00e2ques. Malheureusement, je dois y renoncer, plus d&rsquo;espoir, je dois me r\u00e9soudre \u00e0 passer un nouvel \u00e9t\u00e9 ici, c&rsquo;est le quatri\u00e8me. Cela va donc durer encore bien longtemps ? On m&rsquo;a jou\u00e9 un bon petit tour !Heureusement que demain j&rsquo;aurai pris le dessus, j&rsquo;ai une force de caract\u00e8re qui m&rsquo;est bien pr\u00e9cieuse. \u2026. Ce que cette captivit\u00e9 peut \u00eatre lourde ! Passons ! \u2026. J&rsquo;ai re\u00e7u un colis de la chorale et envoy\u00e9 mes remerciements \u00e0 l&rsquo;inspecteur ? Qui est-il ? Comment est-il ? Beaucoup de coll\u00e8gues sont-ils rentr\u00e9s ? Que fait-on pour notre retour ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 11 avril 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai depuis hier tes trois derni\u00e8res lettres. Quel soulagement, je d\u00e9sesp\u00e9rais de recevoir une lettre. Je n&rsquo;ai pas, aujourd&rsquo;hui, de lettre pour te r\u00e9pondre, mais, dimanche prochain, j&rsquo;aurai de quoi. J&rsquo;ai re\u00e7u ton dernier colis : cigarettes, tabac friandises. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 9 mai 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. \u00ab Malheureusement \u00bb, j&rsquo;ai re\u00e7u ton colis d&rsquo;avril. Merci beaucoup : je n&rsquo;oublierai pas de sit\u00f4t le parfum des Gitanes. As-tu fait cela avec intention, pour le 29 avril ? (saint Robert) Il y a en ce moment de grands mouvements chez les PG. Je suis peut-\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 partir. Ne t&rsquo;inqui\u00e8te pas si tu es sans nouvelles pendant quelques semaines. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 23 mai 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Dans quelques temps, je deviendrai peut-\u00eatre civil et ; \u00e0 ce moment l\u00e0, j&rsquo;esp\u00e8re avoir plus de libert\u00e9 quant \u00e0 mon courrier. Que me conseilles-tu ? Rester PG ou devenir prisonnier civil ? J&rsquo;h\u00e9site encore, car je ne sais si, devenant civil, je continuerai \u00e0 toucher mon traitement. C&rsquo;est la seule raison plausible que je puisse donner, car je ne vois pas beaucoup de changement dans ma situation. Une seule chose compte pour moi, c&rsquo;est de rentrer en France. Jusqu&rsquo;ici, j&rsquo;ai re\u00e7u tes colis : je t&rsquo;en remercie ; j&rsquo;en suis tr\u00e8s content, ils me conviennent, ils me rendent service. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 14 juin 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026 Je n&rsquo;ai re\u00e7u aucune lettre cette semaine, par contre, ton colis m &lsquo;est parvenu, jeudi dernier avec deux livres, qui sont \u00e0 la censure. Merci beaucoup. Tu me g\u00e2tes toujours. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 11 juillet 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je vais quitter mon \u00ab Kommando \u00bb certainement cette semaine, c&rsquo;est donc la derni\u00e8re fois que je t&rsquo;\u00e9cris d&rsquo;ici. En effet, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 de ne pas \u00eatre civil. O\u00f9 vais-je \u00ab\u00e9chouer , je n&rsquo;en ai aucune id\u00e9e : fabrique, ferme \u2026. Je pense quand m\u00eame retourner dans une ferme. J&rsquo;y serai mieux quant \u00e0 la nourriture. Dans certaines usines, le travail est aussi p\u00e9nible et les rations bien maigres. Je vais quitter beaucoup de camarades avec lesquels je vivais depuis plus de deux ans. J&rsquo;en retrouverai d&rsquo;autres : en captivit\u00e9, les camarades ne manquent pas. Tout cela agit un peu sur le moral et il m&rsquo;arrive souvent d&rsquo;\u00eatre de mauvaise humeur. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 17 juillet 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. D&rsquo;ici peu, je suis appel\u00e9 \u00e0 ne plus rester ici, ou devenir \u00ab transform\u00e9 \u00bb. Je ne sais vraiment comment faire ; toujours est-il que mes camarades de \u00ab Kommando \u00bb veulent devenir \u00ab civils \u00bb. J&rsquo;h\u00e9site de plus en plus ; il y a bien des avantages imm\u00e9diats mais, par contre, vais-je continuer \u00e0 toucher mon traitement, les instructions que l&rsquo;on nous a donn\u00e9es \u00e0 ce sujet ne sont pas tr\u00e8s pr\u00e9cises. Quel est ton avis ? Fais moi le conna\u00eetre sans crainte. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 25 juillet 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tr\u00e8s certainement, je t&rsquo;\u00e9cris d&rsquo;ici pour la derni\u00e8re fois. Je suis<br>appel\u00e9 \u00e0 changer de \u00ab Kommando \u00bb, puis \u00e0 quitter ma place. Pour aller o\u00f9 : je n&rsquo;en sais rien. Je ne serai toujours pas mieux qu&rsquo;ici. Pour moi, une autre vie va commencer. Je te donnerai des d\u00e9tails sur ma nouvelle vie. Je n&rsquo;ai pas le moral tr\u00e8s bon, mais ma r\u00e9serve de courage n&rsquo;est pas encore \u00e9puis\u00e9e. Sant\u00e9 bonne. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 15 ao\u00fbt 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je suis depuis quelques semaines sans nouvelles et je ne sais comment interpr\u00e9ter cela. Cependant, je me console, car de nombreux camarades sont dans mon cas. Le moral reste intact et s&rsquo;am\u00e9liore m\u00eame : la fin de la guerre approche. Je suis maintenant avec des camarades plus int\u00e9ressants qu&rsquo;avant. Le travail, pour moi, est moins p\u00e9nible cette ann\u00e9e : je sens encore la fatigue, mais je r\u00e9cup\u00e8re vite. Ce \u00e9t\u00e9, je ne suis presque pas maigri : je p\u00e8se encore 83 kilos, c&rsquo;est te dire si je suis en bonne sant\u00e9. Je suis pass\u00e9 \u00e0 la radio cette semaine, on ne m&rsquo;a rien trouv\u00e9 du tout ; Comment te portes-tu , profites-tu des vacances ? O\u00f9 es-tu all\u00e9e jusqu&rsquo;ici. Comment envisages-tu la rentr\u00e9e d&rsquo;octobre ? Je ne serai encore pas l\u00e0 cette ann\u00e9e ! Ca se prolonge un peu trop. Cependant, j&rsquo;ai bon espoir, cette fois-ci, pour le nouvel an ; Quel bonheur pour moi de recommencer \u00e0 vivre ! As-tu des nouvelles de mes parents ? Depuis deux semaines, je n&rsquo;ai rien d&rsquo;eux. J&rsquo;ai leurs colis, les tiens aussi ? Je ne t&rsquo;ai pas envoy\u00e9 d&rsquo;\u00e9tiquette ce mois-ci, pensant que tu pourrais rencontrer quelques difficult\u00e9s de ravitaillement dans tes d\u00e9placements. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 5 septembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je ne suis pas pass\u00e9 \u00ab civil \u00bb : la moiti\u00e9 des camarades le sont depuis deux semaines.As-tu pass\u00e9 de bonnes vacances ? Crois-tu que les \u00e9v\u00e9nements vont se pr\u00e9cipiter ? Je l&rsquo;esp\u00e8re et me retrouver aupr\u00e8s de toi. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 12 septembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai ta carte du 17 ao\u00fbt, de Lavaveix, tu es donc l\u00e0-bas. Je connais le pays pour y avoir pass\u00e9 une semaine de mes vacances en 1938, je crois. J&rsquo;\u00e9tais chez la famille Martin, route d&rsquo;Alun. Avec Mademoiselle Vincent, -NDLR Aline Vincent, une institutrice, coll\u00e8gue de mes parents- vous avez d\u00fb parler de cela. Tu es donc en mesure de me donner des nouvelles des Martin, particuli\u00e8rement du fils qui est prisonnier et dont je suis sans nouvelles. Par mes pr\u00e9c\u00e9dents cartes ou par mes parents, tu dois savoir que je suis rest\u00e9 prisonnier \u00e0 la m\u00eame place, tout au moins pour l&rsquo;instant. Je pense que, lorsque les gros travaux seront termin\u00e9s, je serai remerci\u00e9 car, parait-il les \u00ab transform\u00e9s \u00bb ne doivent pas avoir de relations avec les PG. Esp\u00e9rons que, d&rsquo;ici ce temps l\u00e0, la situation sera \u00e9claircie et que nous n&rsquo;aurons plus rien \u00e0 risquer dans les villes. \u2026. Peux-tu te renseigner et me dire si tu as des facilit\u00e9s pour te procurer disques et aiguilles pour phono ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 septembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Encore une semaine sans courrier de toi ! J&rsquo;esp\u00e8re, le mois prochain, \u00eatre plus favoris\u00e9, car tu seras rentr\u00e9 de vacances. Qu&rsquo;as-tu appris \u00e0 Lavaveix ? \u2026. Tu as sans doute rencontr\u00e9 Mademoiselle Maria. &#8211; NDLR Maria Moreigne, une institutrice, amie de ma m\u00e8re &#8211; Revient-elle de nouveau \u00e0 Reims ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 3 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Suis depuis une semaine \u00e0 l&rsquo;infirmerie : je souffre d&rsquo;un furoncle \u00e0 l&rsquo;avant bras droit. Suis tr\u00e8s bien soign\u00e9 et pense regagner mon \u00ab Kommando \u00bb cette semaine. La vie de camp ne me sourit gu\u00e8re ! Je ne ferai donc rien pour rester au camp. Je pr\u00e9f\u00e8re travailler et avoir un semblant de libert\u00e9. Je crois qu&rsquo;ici, le cafard me gagnerait vite. Nous avons des Italiens avec nous. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 17 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Suis sorti de l&rsquo;infirmerie cette semaine, puis suis chang\u00e9 de \u00ab Kommando \u00bb. J&rsquo;ai un cafard monstre. Suis chez un assez gros fermier, y mange tr\u00e8s bien. Premi\u00e8res impressions:gens assez agr\u00e9ables, mais beaucoup de travail ! Heureusement que c&rsquo;est l&rsquo;hiver. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 24 octobre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. A vrai dire, je ne sais plus o\u00f9 j&rsquo;en suis avec mon courrier. Tu sais peut-\u00eatre, par mes parents, qu&rsquo;apr\u00e8s une s\u00e9jour de deux semaines \u00e0 l&rsquo;infirmerie, j&rsquo;ai chang\u00e9 de \u00ab Kommando \u00bb. Une fois de plus, je suis tomb\u00e9 chez un paysan . J&rsquo;ai bien regrett\u00e9 les camarades, puis le village. J&rsquo;\u00e9tais pas mal et me voil\u00e0 mieux tomb\u00e9 pour la nourriture. Par contre, le village n&rsquo;est pas le m\u00eame : les fermes sont isol\u00e9es dans la nature, un vrai trou. Cette semaine j&rsquo;ai un cafard fou. J&rsquo;esp\u00e8re cependant m&rsquo;habituer petit \u00e0 petit. Je n&rsquo;airai pas trop de travail, car c&rsquo;est l&rsquo;hiver et, au printemps, j&rsquo;esp\u00e8re, comme toujours, que la guerre sera termin\u00e9e. Puis, ici, j&rsquo;esp\u00e8re \u00e9chapper aux bombardements, car, en ce moment, c&rsquo;est assez grave . Je garde cependant bon moral. Je ne manque de rien, sauf d&rsquo;\u00e9tiquettes que je ne puis me procurer. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 11 novembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Toujours bien portant . Ai bonne place, bonne nourriture et gens \u00e9patants chez mes paysans. Seulement, j&rsquo;ai du travail. Enfin, je serai bien cet hiver. Je t&rsquo;envoie deux \u00e9tiquettes, mais comme je suis chang\u00e9 de \u00ab Komando \u00bb, je n&rsquo;ai plus besoin d&rsquo;aiguilles ni de disques, c&rsquo;est dommage ! L&rsquo;histoire de Martin me tente bien souvent. \u2026. -NDLR De quoi s&rsquo;agit-il ? &#8211; J&rsquo;ai perdu l&rsquo;espoir cette ann\u00e9e. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 28 novembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Le camp ne me pla\u00eet pas beaucoup. C&rsquo;est une ancienne ferme, isol\u00e9e en pleine brousse, et chacun travaille dans des fermes \u00e9parpill\u00e9es dans la nature. J&rsquo;ai beaucoup de mal \u00e0 m&rsquo;y faire, maintenant, j&rsquo;en ai pris mon parti. Il est \u00e0 peine cinq heures et je n&rsquo;y vois plus rien pour \u00e9crire. Quelle triste vie ! Il faut vraiment \u00eatre dur pour conserver bon moral. Je n&rsquo;ai vraiment qu&rsquo;un bonne chose : je mange bien. Je suis d&rsquo;ailleurs grossi et en tr\u00e8s bonne sant\u00e9. Je pense qu&rsquo;il n&rsquo;est plus question de ta laryngite maintenant. As-tu les deux \u00e9tiquettes que je t&rsquo;ai envoy\u00e9es pour la No\u00ebl ? Quelle triste fin d&rsquo;ann\u00e9e pour nous tous, quelle d\u00e9ception ! Cependant, j&rsquo;ai toujours le courage n\u00e9cessaire et la patience surtout. Certains jours, nous d\u00e9sesp\u00e9rons et l&rsquo;on se remonte le moral, tant bien que mal, les uns les autres. Quelle vie ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Cachet de la poste : 16 d\u00e9cembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tu m&rsquo;excuseras, une fois de plus, je n&rsquo;ai gu\u00e8re le temps d&rsquo;\u00e9crire ce soir, et les lettres vont partir \u00e0 l&rsquo;instant. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;ai travaill\u00e9 toute la journ\u00e9e, pas tr\u00e8s p\u00e9niblement. Nous avons charg\u00e9 des wagons de pommes de terre \u00e0 destination de la France, je crois ! Mangez-vous tant de pommes de terre ? Je ne regrette pas d&rsquo;\u00eatre d\u00e9m\u00e9nag\u00e9. J&rsquo;ai une nourriture excellente, puisque j&rsquo;ai grossi de cinq kilos en deux mois et demi et ce n&rsquo;est pas du \u00ab gonfl\u00e9 \u00bb ? Les gens chez lesquels je travaille me sont sympa. L&rsquo;hiver, je n&rsquo;ai pas beaucoup de travail, mais ce qu&rsquo;il fait froid depuis une semaine ! Quand je pense aux radiateurs pr\u00e8s de la porte de s\u00e9paration de nos deux classes ! C&rsquo;est bien loin tout \u00e7a ! Est-ce vrai que notre s\u00e9jour en captivit\u00e9 prend fin cette ann\u00e9e ? Je veux dire en 44 . Ann\u00e9e pour laquelle je te pr\u00e9sente mes v\u0153ux, tu les connais ! Les miens sont les tiens et je crois qu&rsquo;ils sont pour se r\u00e9aliser cette fois. As-tu re\u00e7u mes \u00e9tiquettes ? Peux-tu m&rsquo;envoyer, dans un prochain colis, un \u00e9tui \u00e0 cigarettes, j&rsquo;ai cass\u00e9 le mien et les cigarettes ne se conservent pas bien dans la poche. Quelque chose d&rsquo;ordinaire. Merci. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 d\u00e9cembre 1943<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;esp\u00e8re que cette lettre ne t&rsquo;\u00e9tonnera pas. \u2026. Te dire que je suis malade, ce serait mentir : j&rsquo;ai une mine superbe. Hier fut, pour moi, un des jours les plus tristes que j&rsquo;ai v\u00e9cu en captivit\u00e9. D&rsquo;ordinaire, il y avait, entre nous, un petit divertissement, mais, cette ann\u00e9e, moins que rien. J&rsquo;ai pens\u00e9 que les f\u00eates de No\u00ebl ne devaient pas \u00eatre tr\u00e8s brillantes pour vous, en France, mais elles n&rsquo;atteignent pas le degr\u00e9 de tristesse de la No\u00ebl chez nous. Et, \u00e0 la pens\u00e9e que l&rsquo;ann\u00e9e s&rsquo;ach\u00e8ve, que 44 nous verra encire ici, comment veux-tu r\u00e9sister au cafard ! De plus, je suis depuis quinze jours sans lettres. C&rsquo;est fin d&rsquo;ann\u00e9e, je ne puis pas penser \u00e0 ma premi\u00e8re permission de 39-40 sans dire : c&rsquo;\u00e9tait le bon temps ! Quand reviendra-t-il ? Dis le moi ! Faut-il esp\u00e9rer pour bient\u00f4t ? Je ne sais quoi, penser \u00e0 l&rsquo;heure actuelle, mais mon seul d\u00e9sir est de retrouver mon ancienne vie. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1944<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 2 janvier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Sant\u00e9 tr\u00e8s bonne. Pas beaucoup de travail en fin d&rsquo;ann\u00e9e. Deux jours de repos : \u00e7a change un peu. Suis depuis trois semaines sans lettres ! P\u00e9riode de No\u00ebl et de Nouvel an sans doute. Moral, certains jours, bien bas. Quand pourrai-je vous revoir ? Est-ce cette ann\u00e9e ? J&rsquo;en arrive \u00e0 douter ! C&rsquo;est bien long. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 16 janvier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Enfin, les lettres arrivent ? J&rsquo;esp\u00e8re avoir cette semaine le plaisir de te lire plus longuement. Sant\u00e9 tr\u00e8s bonne, cette ann\u00e9e, nous ne souffrons pas du froid. L&rsquo;an a un bon d\u00e9but. Mon travail pas tr\u00e8s p\u00e9nible pour l&rsquo;instant. Bonne nourriture. Suis maintenant \u00ab taill\u00e9 \u00bb pour le retour \u00e0 la terre. (vous en parle-t-on beaucoup ? ) Non, moi je veux revenir aupr\u00e8s de toi. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 23 janvier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Tr\u00e8s heureux de savoir que tu re\u00e7ois mon courrier tr\u00e8s r\u00e9guli\u00e8rement. J&rsquo;ai eu ta lettre du 19 d\u00e9cembre ; \u00e7a m&rsquo;est toujours un pr\u00e9cieux r\u00e9confort, surtout quand on change de \u00ab Kommando \u00bb. Toutes les habitudes se trouvent chang\u00e9es, il faut se r\u00e9adapter. Ce n&rsquo;est pas toujours une chose tr\u00e8s facile, mais il le faut pour avoir un peu de bien-\u00eatre en tant que PG. Cette condition ressemble beaucoup \u00e0 l&rsquo;esclavage ! J&rsquo;ai re\u00e7u ton premier colis, je ne sais pas si je t&rsquo;en ai parl\u00e9, la premi\u00e8re quinzaine de janvier. Tu m&rsquo;as encore g\u00e2t\u00e9 : tes friandise, je les d\u00e9guste chaque soir, avant de m&rsquo;endormir, lorsque la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9teint. Puisse cela me donner la facult\u00e9 de r\u00eaver ! J&rsquo;arrive cette ann\u00e9e trop tard pour te souhaiter une bonne f\u00eate. Je ne t&rsquo;envoie pas d&rsquo;\u00e9tiquettes r\u00e9guli\u00e8rement, comme \u00e0 mes parents, parce que je crains fort d&rsquo;abuser, c&rsquo;est la seule raison. Je connais les difficult\u00e9s que vous avez pour vivre. Ici, aujourd&rsquo;hui, v\u00e9ritable temp\u00eate. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 13 f\u00e9vrier 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai tes lettres des 25 novembre et 5 janvier. La premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 assez longue \u00e0 me parvenir, mais cela me fait d&rsquo;autant plus plaisir de les recevoir que, cette, semaine j&rsquo;\u00e9tais malade : une grippe, comme tant d&rsquo;autres camarades ; je suis rest\u00e9 alit\u00e9, du mercredi jusqu&rsquo;au vendredi, avec 39\u00b04 le premier jour. Hier samedi, je suis retourn\u00e9 au travail, car j&rsquo;avais l&rsquo;impression de d\u00e9p\u00e9rir dans ce \u00ab Kommando \u00bb. Ici, je me suis soign\u00e9 avec ce que j&rsquo;ai pu : miel, ventouses, tisanes. A la ferme, j&rsquo;\u00e9tais beaucoup mieux. Aujourd&rsquo;hui , je me sens encore faible, mais c&rsquo;est une question de quelques jours. \u2026. J&rsquo;ai re\u00e7u tes deux colis, merci beaucoup, l&rsquo;\u00e9tui \u00e0 cigarettes m&rsquo;a fait grand plaisir. \u2026. Malgr\u00e9 l&rsquo;amabilit\u00e9 de mes h\u00f4tes, je me ferai un grand plaisir de les quitter. Ils le savent ! J&rsquo;ai toujours h\u00e2te de conna\u00eetre tout le nouveau monde dans lequel vous vivez. Le courage ne m&rsquo;abandonne pas. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 5 mars 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. N&rsquo;ai aucune nouvelle. Est-ce le pr\u00e9lude de grands \u00e9v\u00e9nements ? Merci pour les mouchoirs. J&rsquo;ai re\u00e7u mes colis le m\u00eame jour, si bien que je ne sais ce que chacun a envoy\u00e9. Bref, je suis toujours en parfaite sant\u00e9. Dois-je esp\u00e9rer te revoir cette ann\u00e9e ? Le danger a\u00e9rien est-il \u00e0 craindre ? Donne des nouvelles des coll\u00e8gues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 12 mars 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;ai eu, vendredi, une bonne lettre de toi : ta r\u00e9ponse \u00e0 ma lettre du 26. C&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ral : tout le courrier de cette \u00e9poque avait un retard consid\u00e9rable. J&rsquo;ai eu ton dernier colis : ton \u00e9tui \u00e0 cigarettes me rend de grands services . Merci pour le second que tu m&rsquo;as achet\u00e9. J&rsquo;esp\u00e8re bient\u00f4t l&rsquo;avoir, mais ce ne sera pas le but de ma premi\u00e8re visite\u2026.. je reconnais, l\u00e0 aussi tes bonnes intentions, ta gentillesse lorsque tu m&rsquo;annonces que tu as collectionn\u00e9 des s\u00e9ries de \u00ab Sciences et Voyages \u00bb pour l&rsquo;occupation de mes loisirs*. \u2026. Si tout marche comme je l&rsquo;esp\u00e8re, je ne te cache pas que je serai, au moins, trois mois \u00e0 me reposer. J&rsquo;en ai tant besoin ! C&rsquo;est le repos qui me manque, sans quoi, je suis toujours bien portant. Je mange \u00e0 ma faim. Je grossis toujours, malgr\u00e9 tout, la tristesse r\u00e8gne partout. Quand conna\u00eetrons nous de nouveau la vie d&rsquo;il y a cinq ans ? J&rsquo;ai, comme tout le monde, grand espoir, si un malheur n&rsquo;arrive pas, car le danger a\u00e9rien est r\u00e9el. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Est-ce l&rsquo;anc\u00eatre de \u00ab Sciences et Vie \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 mars 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je souhaite que cette lettre te parvienne tout de suite, afin que tu ne reste plus trente cinq jours sans nouvelles. Crois-tu vraiment en notre retour cette ann\u00e9e ? Quant \u00e0 moi, non. Je recommence \u00e0 travailler dans les champs, comme les printemps pr\u00e9c\u00e9dents et je crois encore passer l&rsquo;\u00e9t\u00e9, malheureusement, ici. Mes jours se ressemblent beaucoup. On travaille toujours : le matin, r\u00e9veil \u00e0 cinq heures trente au \u00ab Kommando \u00bb, puis je pars chez le paysan chez lequel j&rsquo;arrive apr\u00e8s trois quarts d&rsquo;heure de marche pour d\u00e9jeuner. Ensuite, c&rsquo;est le travail : l&rsquo;hiver, je donne \u00e0 manger \u00e0 tout le b\u00e9tail et je travaille \u00e0 la maison. Maintenant que les beaux jours sont revenus, c&rsquo;est le travail au champ. Je rentre \u00e0 midi, avec mes deux bons chevaux, dont un rue comme un pur sang. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je recommence \u00e0 labourer, herser \u2026 ; marcher dans les terres labour\u00e9es est un vrai sport, je te le promets. Je n&rsquo;ai pas besoin de stage en rentrant. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Cachet de la poste 19 avril 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026.. J&rsquo;ai toujours ta lettre du 25 f\u00e9vrier, \u00e0 laquelle je n&rsquo;ai r\u00e9pondu qu&rsquo;en partie. Cette semaine, je n&rsquo;ai rien re\u00e7u de toi ; dimanche dernier, je t&rsquo;ai envoy\u00e9 une \u00e9tiquette pour r\u00e9pondre \u00e0 ton d\u00e9sir. Tu sais, sans doute, qu&rsquo;en qualit\u00e9 de \u00ab SO \u00bb* je n&rsquo;ai droit qu&rsquo;\u00e0 deux \u00e9tiquettes par mois en \u00ab Kommando \u00bb agricole. C&rsquo;est maigre, lorsqu&rsquo;on veut faire plaisir \u00e0 tout le monde. Maintenant, ton stage d&rsquo; \u00bbEP \u00bb* est termin\u00e9, tu as l&rsquo;air enchant\u00e9e! Cela me plairait aussi, bien que ce soit, d&rsquo;apr\u00e8s certains coll\u00e8gues, assez p\u00e9nible. Est-ce que la piscine est facultative ? Donne moi quelques d\u00e9tails sur le stage. Quant \u00e0 moi, ici, c&rsquo;est aussi un stage d&rsquo; \u00bbEP \u00bb que je fais. Certains jours, je fais plus de quarante km dans les terres labour\u00e9es. A la batteuse, il me faut porter des sacs, qui d\u00e9passent souvent soixante quinze kg touts la journ\u00e9e. Et, le soir, pour me remettre, j&rsquo;ai deux km \u00e0 parcourir pour rentrer au \u00ab Kommando \u00bb, o\u00f9 je couche sur un lit de camp, au troisi\u00e8me \u00e9tage , sur une paillasse, avec deux couvertures. Heureusement que j&rsquo;ai une bonne nourriture et que j&rsquo;ai l&rsquo;habitude de longues journ\u00e9es. D&rsquo;ailleurs, tu pourras constater, \u00e0 mon retour, que je sui devenu plus \u00e9pais, plus fort. \u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Quelle est la signification de ces 2 lettres ?<br>*NDLR : \u00e9ducation physique <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 23 avril 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026.. J&rsquo;aime recevoir tes charmantes lettres. Avec le printemps, je<br>suis compl\u00e8tement remis de ma grippe, mais, avec le travail, je suis de nouveau maigri. Je pense, d&rsquo;ailleurs, pouvoir me faire photographier, car nous avons eu, de nouveau, l&rsquo;autorisation cette semaine. Maintenant, il faut trouver un photographe et c&rsquo;est assez difficile ici. Cependant, j&rsquo;ai espoir de pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ton d\u00e9sir un de ces jours. Peux-tu me procurer une chemise kaki avec col et poches, pour cet \u00e9t\u00e9 ? \u2026. Pourquoi dis-tu que ta vie est idiote ou inutile ? As-tu d\u00e9j\u00e0 pens\u00e9 \u00e0 la mienne ? Il me serait beaucoup plus agr\u00e9able de faire un stage \u00ab EP \u00bb de plusieurs semaines, que de faire ce m\u00e9tier dans ces conditions. Enfin, rien ne sert de se lamenter, un peu de courage et j&rsquo;en verrai la fin. J&rsquo;oublierai mes mis\u00e8res et je les oublie d\u00e9j\u00e0 en pensant que te pens\u00e9e sera aupr\u00e8s de moi pour le 29 avril*. <em>\u2026.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Jour de la saint Robert<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 7 mai 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026.. Ai ta carte du 12 avril, le courrier est donc pour nous r\u00e9gulier. Ici, rien d&rsquo;anormal pour l&rsquo;instant. Je n&rsquo;ai pas \u00e9crit entre le 13 f\u00e9vrier et le 5 mars, mais le 12 mars. Ai pass\u00e9 la Saint Robert comme un<br>\u00ab PG \u00bb. Cependant, merci beaucoup pour ton colis, qui m&rsquo;est arriv\u00e9 intact, le 26 avril. Il \u00e9tait succulent. Apr\u00e8s quatre ans, c&rsquo;est d\u00e9licieux. \u2026..<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 4 juin 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Je n&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 plus d&rsquo;espoir de te revoir cette ann\u00e9e ! Qu&rsquo;en penses-tu ? Je n&rsquo;ai encore aucune photo. Sit\u00f4t que j&rsquo;en aurai une, tu la recevras. Bonne sant\u00e9. N&rsquo;ai pas trop pein\u00e9 au travail. Profite de la nourriture. H\u00e9las, tu n&rsquo;auras pas \u00e0 modifier l&#8217;emploi du temps de tes vacances. C&rsquo;est bien long !! le 3 juillet, j&rsquo;aurai trente ans. Suis- je encore jeune ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 11 juin 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Aujourd&rsquo;hui, je suis contraint de t&rsquo;\u00e9crire tr\u00e8s rapidement, car j&rsquo;ai fait le cocher toute la journ\u00e9e et il est tr\u00e8s tard. J&rsquo;ai ta lettre du 8 mai et j&rsquo;esp\u00e8re que notre courrier ne souffrira pas trop des \u00e9v\u00e9nements que se d\u00e9roulent en France et que tu auras ma visite cette ann\u00e9e ! Est-ce une illusion ? Je souhaite de tout c\u0153ur que tu puisses bient\u00f4t me taquiner et me g\u00e2ter : j&rsquo;en ai grand besoin. Tu peux, sans crainte compter sur moi pour mettre les cadres au mur : il n&rsquo;est jamais trop tard pour bien faire. Il m&rsquo;est toujours impossible de me faire photographier : c&rsquo;est sans doute pour cela qu&rsquo;on en a l&rsquo;autorisation. Mais, surtout, ne t&rsquo;imagines pas que j&rsquo;ai pris des dimensions de g\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 9 juillet 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;ai encore que tr\u00e8s peu de temps pour \u00e9crire et je crois que cela se produira toute l&rsquo;ann\u00e9e ou, tout au moins, durant la belle saison. J&rsquo;ai tes lettres des 15 et 30 mai, puis ta charmante photo prise au stage. Merci, tu ne sais pas la bonne surprise que tu as pu me faire. J&rsquo;ai tout de suite remarqu\u00e9, au toucher, que j&rsquo;avais une photo dans cette lettre. Inutile de te dire que ce fut la premi\u00e8re lue. Je t&rsquo;ai trouv\u00e9 une mine superbe, grossie et je crois que le costume te va tr\u00e8s bien. Qu&rsquo;est-ce qui te d\u00e9plaisait dans ce costume ? Quant \u00e0 moi, je me suis fait photographier avec quelques camarades, mais nous devons attendre jusqu&rsquo;\u00e0 cinq semaines pour avoir seulement les \u00e9preuves. Donc, patience. Notre moral s&rsquo;est, depuis le mois dernier, bien am\u00e9lior\u00e9. J&rsquo;ai bon espoir. Suis en plein travail ; ai fini les foins (en pensant \u00e0 Madame de S\u00e9vign\u00e9) et, dans quelques jours, la moisson. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 13 ao\u00fbt 1944, re\u00e7ue le 7 novembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Le courrier ne marche pas en ce moment. Plus le temps passe, plus je suis impatient sans \u00eatre inquiet, car j&rsquo;ai confiance en l&rsquo;avenir. Est-il proche ? Il se passe en France des \u00e9v\u00e9nements qui peuvent \u00eatre d\u00e9cisifs. J&rsquo;esp\u00e8re que tu n&rsquo;auras pas \u00e0 en souffrir. As- tu quelque crainte ? De toute fa\u00e7on, il faudrait faire vite pour \u00eatre rentr\u00e9 cette ann\u00e9e. (dans quatre mois, nous sommes en 45) J&rsquo;ai bon moral. Je commence \u00e0 reprendre go\u00fbt \u00e0 la vie, bien que j&rsquo;ai du travail en masse et ce n&rsquo;est pas fini. Cependant, cette ann\u00e9e, je me sens moins fatigu\u00e9 que lors des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Je vois beaucoup d&rsquo;avions, mais, rassure toi, je suis \u00e0 l&rsquo;abri. Le travail de l&rsquo;h\u00f4tel de ville te pla\u00eet-il ? Avez-vous des vacances cette ann\u00e9e ? Penses-tu rester \u00e0 Reims?Peut-\u00eatre serai-je longtemps sans recevoir de r\u00e9ponse \u00e0 cette lettre. Bon courage. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 20 ao\u00fbt 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Hier, ta carte du 13 juillet . Tr\u00e8s bonne sant\u00e9, l\u00e9g\u00e8rement fatigu\u00e9 par la moisson. Cependant, j&rsquo;ai retrouv\u00e9 un peu plus d&rsquo;optimisme, tu sais pourquoi ?* Tu penses que je passerai les vacances de No\u00ebl aupr\u00e8s de toi, c&rsquo;est mon grand espoir. Je saurai saisir l&rsquo;occasion, je te le promets ! Mais, il me faut encore attendre. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>*NDLR Pourquoi ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 17 septembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. J&rsquo;\u00e9cris \u00e0 tout hasard, sans r\u00e9ellement esp\u00e9rer que cette carte te parviendra. Suis en bonne sant\u00e9. Bon moral. Crois fermement que je ne tarderai pas \u00e0 vous revenir. Ce retour, tant attendu, que va-t- il \u00eatre ? J&rsquo;ai bon espoir en l&rsquo;avenir. \u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 15 octobre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Commence \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer : aucune nouvelle de France ! Je me pose bien des questions et peut-\u00eatre,n tout va bien. Quant \u00e0 moi, suis en parfaite sant\u00e9. Le moral est bon et ne varie gu\u00e8re. O\u00f9 je me trouve, j&rsquo;ai toute la s\u00e9curit\u00e9 voulue. Il faudrait que je sois aupr\u00e8s de toi pour No\u00ebl ! \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 5 novembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. T&rsquo;\u00e9cris aujourd&rsquo;hui avec un peu d&rsquo;espoir. Sant\u00e9 tr\u00e8s bonne, un peu moins de travail, avec la morte saison. Suis l\u00e9g\u00e8rement maigri. Moral assez bon. Attends des nouvelles de France avec impatience. Que fais-tu ? Que deviens-tu ? As-tu bon espoir ? \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 26 novembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Jusqu&rsquo;ici, je n&rsquo;ai encore re\u00e7u aucune nouvelle de France. Commence \u00e0 perdre patience, bien que j&rsquo;ose vous croire, tous, en parfaite sant\u00e9 et loin du danger. Il y a deux semaines, nous avions tous esp\u00e9r\u00e9 que le courrier allait remarcher, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion ! J&rsquo;aimerais recevoir une bonne lettre de toi, me donnant des pr\u00e9cisions sur la nouvelle vie en France, sur ce que tu fais, sur ce que les camarades deviennent ! L&rsquo;invasion a-t-elle caus\u00e9 beaucoup de d\u00e9g\u00e2ts dans la r\u00e9gion ? Ici, je prends toujours le maximum de pr\u00e9cautions contre le danger a\u00e9rien. Je suis en bonne sant\u00e9, simplement un rhume qui me tient depuis une semaine et rien pour me soigner ! Esp\u00e9rons qu&rsquo;il dispara\u00eetra comme il est venu. On payera tout cela en bloc au retour. Malgr\u00e9 tout, je me sens fort et ne crains rien. Le temps est venu une fois de plus o\u00f9 je dois, h\u00e9las de trop loin, te pr\u00e9senter mes v\u0153ux : je sais que les miens sont les tiens. Quarante cinq est-elle l&rsquo;ann\u00e9e de la lib\u00e9ration ?*\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><em>NDLR La r\u00e9ponse est, enfin, OUI ! <\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 17 d\u00e9cembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Suis toujours sans nouvelles. Derni\u00e8re lettre de mes parents dat\u00e9e du 14 ao\u00fbt, re\u00e7ue il ya trois semaines. Que fais-tu ? Que deviens-tu ? Comment arrivez-vous \u00e0 vivre ? Autant de questions parmi tant d&rsquo;autres ! La No\u00ebl est proche, nous allons la f\u00eater avec des moyens de fortune et deux colis am\u00e9ricains que nous avons touch\u00e9s ce mois-ci. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Le 24 d\u00e9cembre 1944<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Demain No\u00ebl ! Qui aurait pens\u00e9 que nous passerions cinq ann\u00e9es en captivit\u00e9 ! Journ\u00e9e bien triste pour nous autres. Qu&rsquo;importe, je viens d&rsquo;\u00eatre consol\u00e9, car je re\u00e7ois, alors que je garnissais un arbre de No\u00ebl pour mes camarades avec des moyens de fortune, le premi\u00e8re lettre de France : la tienne. Magnifique cadeau de No\u00ebl pour un prisonnier . De mes parents, je n&rsquo;ai encore rien. Ta lettre, je l&rsquo;ai lue et relue avec la joie de te sentir encore l\u00e0-bas, car je ne savais quoi penser. Heureux de savoir que tout va bien, qu&rsquo;il ne te manque rien. D\u00e8s que vous serez autoris\u00e9s \u00e0 envoyer des colis, ne m&rsquo;oublie pas. J&rsquo;esp\u00e8re que ton soldat y joindra quelques cigarettes et je ne puis, en pensant \u00e0 cela, ne pas me souvenir du brave canadien de 1940. \u2026. Peut-\u00eatre aurai-je l&rsquo;occasion de faire sa connaissance d&rsquo;ici peu , Quels sont les coll\u00e8gues de Pommery avec lesquels tu t&rsquo;es li\u00e9e ? Je suis curieux n&rsquo;est-ce-pas ? Ecris-moi toujours de bonnes lettres. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">Robert Li\u00e9val<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">1945<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le 28 janvier 1945<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2026. Depuis six mois, je n&rsquo;ai qu&rsquo;une lettre : la tienne, qu&rsquo;un colis, celui que tu m&rsquo;as envoy\u00e9 le 3 ao\u00fbt et qui m&rsquo;est parvenu dimanche dernier. Il m&rsquo;est arriv\u00e9 en tr\u00e8s bon \u00e9tat et complet. Comment as-tu fait pour te procurer du tabac ? Il doit \u00eatre rare en France, comme ici d&rsquo;ailleurs. Pour moi, prisonnier, c&rsquo;\u00e9tait un beau colis, arrivant \u00e0 point, car les colis que nous touchons de la croix rouge am\u00e9ricaine doivent \u00eatre liquid\u00e9s dans le plus bref d\u00e9lai. Enfin, tout cela n&rsquo;est rien. Je crois que je serai parmi vous cette ann\u00e9e, si je me base sur les \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent \u00e0 l&rsquo;heure actuelle. Quel soulagement pour nous autres. Nous entrerons dans un autre monde ! Jusqu&rsquo;ici, je suis toujours en bonne sant\u00e9, comme je te l&rsquo;\u00e9cris chaque fois et j&rsquo;esp\u00e8re bien passer au travers de la deuxi\u00e8me tourmente ! Dis-moi sur ta r\u00e9ponse, comment vous arrivez \u00e0 vivre. \u2026.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li class=\"has-small-font-size\"><em>NDLR Cette lettre est la derni\u00e8re que j&rsquo;ai retrouv\u00e9e. Quelques mois apr\u00e8s, en mars d&rsquo;apr\u00e8s son propre r\u00e9cit, commen\u00e7ait la route du retour vers Reims chez ma m\u00e8re sans doute, avant de revoir mes grands-parents \u00e0 Attigny.<\/em><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les lettres et les cartes qui suivent ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par mon p\u00e8re \u00e0 ma m\u00e8re. 1940 | 1941 | &hellip; <a href=\"https:\/\/lieval-robert.fr\/?p=129\" class=\"more-link\">More <span class=\"screen-reader-text\">Les lettres de Robert Li\u00e9val<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-129","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=129"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":136,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/129\/revisions\/136"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lieval-robert.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}