{"id":39,"date":"2026-07-24T15:25:35","date_gmt":"2026-07-24T15:25:35","guid":{"rendered":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?page_id=39"},"modified":"2026-07-26T14:43:11","modified_gmt":"2026-07-26T14:43:11","slug":"prisonnier","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/lieval-robert.fr\/?page_id=39","title":{"rendered":"Prisonnier"},"content":{"rendered":"<\/p>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bient\u00f4t, les all\u00e9es et venues se sont pr\u00e9cis\u00e9es dans la cour. Nous ne bougions pas d\u2019une semelle , tous convaincus qu\u2019on ne nous trouverait jamais l\u00e0. H\u00e9las, rapidement venu de la cour, j\u2019ai entendu un Fran\u00e7ais dire avec un accent parisien, \u00ab Wir wollen nicht mehr k\u00e4mpfen \u00bb* c\u2019\u00e9tait un tra\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;&nbsp;\u00ab&nbsp;Nous&nbsp;&nbsp;cessons&nbsp;&nbsp;le&nbsp;&nbsp;combat&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais pas pourquoi il a fait cela, dans ces circonstances, cela ne s\u2019imposait pas. C\u2019\u00e9tait un gars du 246\u00e8me qui, dans le civil travaillait dans une banque \u00e0 Paris et que ses camarades ont surnomm\u00e9 \u00ab le Ferdonnet \u00bb, allusion non d\u00e9guis\u00e9e au Fran\u00e7ais de radio Stuttgart. Et c\u2019est lui-m\u00eame qui est venu indiquer notre cachette aux Allemands en disant que, si nous ne montions pas, ils allaient lancer des grenades dans la cave. La seule solution \u00e9tait de remonter. Mon Lebel*&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;son&nbsp;fusil&nbsp;&#8211;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">est rest\u00e9 dans cette cave et, dans la cour, nous nous sommes retrouv\u00e9s en face d\u2019un char, entour\u00e9 d\u2019Allemands en uniforme noir avec la t\u00eate de mort.*&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;&nbsp;des&nbsp;&nbsp;SS<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les Fran\u00e7ais r\u00e9fugi\u00e9s dans la ferme \u00e9taient l\u00e0, nous \u00e9tions les derniers, gard\u00e9s par des Allemands revolver au poing.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>15 mai 1940<\/strong> Il \u00e9tait donc environ 8 heures du matin. Sous bonne escorte, et sous l\u2019\u0153il fier et int\u00e9ress\u00e9 des uniformes noirs, revolver au poing, nous avons \u00e9t\u00e9 conduits par petits groupes vers Raucourt, ce qui m\u2019a permis, uns derni\u00e8re fois, de contempler le d\u00e9sastre de 10 \u00e0 15 tu\u00e9s allong\u00e9s dans les talus et le foss\u00e9. La route, en partie d\u00e9gag\u00e9e, nous amena rapidement \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Raucourt o\u00f9 nous f\u00fbmes parqu\u00e9s, \u00e0 droite, dans une grange qui avait r\u00e9sist\u00e9 aux bombardements et \u00e9chapp\u00e9, en partie, \u00e0 l\u2019incendie. Parmi nous, il y avait des bless\u00e9s, en particulier un gars qui montraient ses fesses cribl\u00e9es de petits \u00e9clats.<br><strong>C\u2019\u00e9tait le 15 mai 1940<\/strong>, l\u00e0 commen\u00e7aient mes cinq ann\u00e9es de captivit\u00e9. Raucourt \u00e9tait d\u00e9sert, il n\u2019y avait pas de troupe. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, les gardiens ont distribu\u00e9 des tranches de pain de seigle et de l\u2019eau. Des prisonniers fran\u00e7ais venaient grossir notre notre groupe alors quand je fus tr\u00e8s surpris de voir arriver Ben Danou Sitruk alors que je les imaginais libres. Ils venaient d&rsquo;\u00eatre faits prisonniers par la m\u00eame \u00ab\u00a0Panzerdivision\u00a0\u00bb* alors qu&rsquo;ils se trouvaient pr\u00e8s de la Besace.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*NDLR&nbsp;Division&nbsp;de chars<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le&nbsp;soir&nbsp;m\u00eame,&nbsp;des&nbsp;camions&nbsp;nous&nbsp;emmen\u00e8rent&nbsp;vers&nbsp;Haraucourt&nbsp;et&nbsp;nous&nbsp;&nbsp;nous&nbsp;&nbsp;sommes&nbsp;&nbsp;retrouv\u00e9s,&nbsp;&nbsp;\u00e0&nbsp;&nbsp;la&nbsp;&nbsp;tomb\u00e9e&nbsp;&nbsp;de&nbsp;&nbsp;la&nbsp;&nbsp;nuit,&nbsp;&nbsp;dans&nbsp;&nbsp;une&nbsp;ferme&nbsp;&nbsp;isol\u00e9e&nbsp;&nbsp;que&nbsp;&nbsp;je&nbsp;&nbsp;n\u2019ai&nbsp;&nbsp;jamais&nbsp;&nbsp;pu,&nbsp;&nbsp;depuis&nbsp;&nbsp;retrouver.&nbsp;&nbsp;Elle&nbsp;&nbsp;\u00e9tait&nbsp;carr\u00e9e,&nbsp;&nbsp;entour\u00e9e&nbsp;&nbsp;de&nbsp;&nbsp;toutes&nbsp;&nbsp;parts&nbsp;&nbsp;par&nbsp;&nbsp;des&nbsp;&nbsp;b\u00e2timent&nbsp;&nbsp;et&nbsp;&nbsp;des&nbsp;&nbsp;murs.&nbsp;Nous&nbsp;&nbsp;sommes&nbsp;&nbsp;rentr\u00e9s&nbsp;&nbsp;par&nbsp;&nbsp;une&nbsp;&nbsp;large&nbsp;&nbsp;porte&nbsp;&nbsp;qui&nbsp;&nbsp;donnait&nbsp;&nbsp;sur&nbsp;&nbsp;une&nbsp;grande&nbsp;&nbsp;cours&nbsp;&nbsp;carr\u00e9e&nbsp;&nbsp;et&nbsp;&nbsp;nous&nbsp;&nbsp;avons&nbsp;&nbsp;\u00e9t\u00e9&nbsp;&nbsp;enferm\u00e9s,&nbsp;&nbsp;comme&nbsp;&nbsp;de&nbsp;vulgaires&nbsp;&nbsp;cochons,&nbsp;&nbsp;dans&nbsp;&nbsp;une&nbsp;&nbsp;porcherie&nbsp;&nbsp;situ\u00e9e&nbsp;&nbsp;sur&nbsp;&nbsp;la&nbsp;&nbsp;droite&nbsp;&nbsp;de&nbsp;la&nbsp;cour&nbsp;en&nbsp;entrant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De bonne heure, le <strong>16 mai 1940<\/strong>, on nous a transport\u00e9s au milieu des engins d\u2019une division blind\u00e9e. Sur chaque v\u00e9hicule, il y avait un grand panneau d\u2019\u00e9toffe jaune. Nous \u00e9tions la curiosit\u00e9 du moment, au milieu de ces jeunes visages qui portaient la marque de l\u2019inqui\u00e9tude. Avec trois ou quatre autres, je fus emmen\u00e9 aupr\u00e8s d\u2019un officier allemand qui parlait tr\u00e8s mal le fran\u00e7ais. Il voulait savoir si nous appartenions \u00e0 la r\u00e9serve ou \u00e0 l\u2019active. Avec nos num\u00e9ros de r\u00e9giment port\u00e9s sur nos \u00e9cussons, il se rendit vite compte que nous appartenions \u00e0 des r\u00e9giments de r\u00e9serve et insistait, en \u00e9levant parfois la voix,pour savoir o\u00f9 se trouvait l\u2019active. \u00c9videmment, nous n\u2019avons pas pu fournir de renseignement sur le champ,et nous avons rejoint nos camarades auxquels il a fallu sur le champ raconter ce qui s&rsquo;\u00e9tait pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un&nbsp;beau,&nbsp;grand,&nbsp;blond&nbsp;sous&nbsp;officier&nbsp;allemand&nbsp;est&nbsp;&nbsp;venu&nbsp;\u00e9changer&nbsp;avec moi quelques mots en allemand et en fran\u00e7ais. Apparemment, il n\u2019avait pas l\u2019air d\u2019un nazi. Fils d\u2019un industriel de la Ruhr, il essayait de nous faire comprendre qu\u2019il aimerait mieux \u00eatre \u00e0 notre place pour qui la guerre \u00e9tait finie. Peut-\u00eatre avait-il raison. Dieu sait le sort qui lui fut r\u00e9serv\u00e9 ! Puis un grand, blond sous-officier allemand est venu \u00e9changer avec moi quelques mots en allemand et en fran\u00e7ais. Apparemment, il n&rsquo;avait pas l&rsquo;air d&rsquo;un nazi.<br>Fils&nbsp;d\u2019un&nbsp;industriel&nbsp;de&nbsp;&nbsp;la&nbsp;&nbsp;Ruhr,&nbsp;&nbsp;il&nbsp;&nbsp;essayait&nbsp;&nbsp;de&nbsp;&nbsp;nous&nbsp;&nbsp;faire&nbsp;&nbsp;comprendre&nbsp;qu&rsquo;il aimerit mieuw \u00eatre ) notre place pour que la guerre \u00e9tait finie. Peut-\u00eatre avait-il raison. Dieu sait le sort qui lui fut r\u00e9serv\u00e9 ! Puis un camion b\u00e2ch\u00e9 est venu nous chercher. Il me semble que nous sommes pass\u00e9s \u00e0 Thelonnes. Dans un virage sur la droite de la D6, il y avait une casemate avec trois ou quatre cadavres de soldats fran\u00e7ais, qui avaient sans doute tent\u00e9 de s&rsquo;enfuir. Ils \u00e9taient tomb\u00e9s \u00e0 la queue leu-leu. Un d&rsquo;entre eux m&rsquo;a profond\u00e9ment impressionn\u00e9 avec son visage jaune comme de la cire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A hauteur de Wadelincourt, nous avons franchi la Meuse sur un pont de bateaux construit par les Allemands et qui nous a emmen\u00e9s sur la rive droite, \u00e0 hauteur du terrain de sport. Nous sommes pass\u00e9e ensuite devant un square o\u00f9 il y avait encore des gars tu\u00e9s pr\u00e8s de leur mitrailleuse. Avec d\u2019autres bless\u00e9s, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9 au coll\u00e8ge Turenne je crois*.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;\u00e0&nbsp;Sedan&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sit\u00f4t le portail franchi, nous sommes all\u00e9s \u00e0 gauche dans une salle de r\u00e9ception semble-il, transform\u00e9e en infirmerie. On m\u2019a refait mon pansement avant de me conduire \u00e0 la caserne du 12\u00e8me chasseur. Les murs de l\u2019infirmerie que je venais de quitter \u00e9taient couverts de dessins allemands genre \u00ab nach Paris \u00bb<strong><em>*<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;\u00ab&nbsp;\u00e0&nbsp;Paris&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la cour de la caserne du 12\u00e8me, dans les chambres, hangars ou \u00e9curies, s\u2019entassaient un grand nombre de prisonniers, peut- \u00eatre des milliers. Heureux ceux qui arrivaient \u00e0 passer devant les cuisines afin de recueillir une maigre pitance.<br>Quel spectacle ! Il y avait l\u00e0 des prisonniers de nombreux r\u00e9giments et c\u2019est \u00e0 partir de ce moment l\u00e0 que le doute s\u2019est install\u00e9 dans mon esprit. J\u2019avais quand m\u00eame gard\u00e9 confiance, car de nombreux bruits contradictoires circulaient sans cesse. Les Allemands semblaient d\u00e9pass\u00e9s par l\u2019ampleur du mouvement, chacun vaquait comme il pouvait, l\u2019intendance ne suivait pas. Cela a dur\u00e9 deux ou trois jours : depuis un certain temps, le monde des prisonniers avait perdu la notion du calendrier. Alors que nous \u00e9tions dans une chambre d\u2019un grand immeuble longeant une rue principale de Sedan, par les fen\u00eatres s\u2019offrit \u00e0 nous un d\u00e9fil\u00e9 militaire. Colonne par trois ou quatre, en chantant, l\u2019infanterie allemande p\u00e9n\u00e9trait avec orgueil dans Sedan.<br>Certains disaient que c\u2019\u00e9tait la division \u00ab Das Reich \u00bb. Si c\u2019est elle, je pense qu\u2019elle s\u2019est cass\u00e9 les dents du c\u00f4t\u00e9 du Pain de sucre de Stonne. Soudain, une rumeur dans les escaliers, coup de filet des Allemands qui ramass\u00e8rent promptement tous ceux qui se trouvaient dans le b\u00e2timent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ainsi que je fus pris avec de nombreux gars, entre autres Ben Danou et Sitruk, et nous avons \u00e9t\u00e9 conduits sous bonne garde au ch\u00e2teau fort. Nous y sommes entr\u00e9s par la grande vo\u00fbte pour monter tout en haut, dans une partie \u00e0 ciel ouvert. Nous \u00e9tions tr\u00e8s nombreux, les murailles \u00e9taient hautes et bien \u00e9paisses.<br>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai rencontr\u00e9 Rigoulot, \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019homme le plus fort du monde ! Comment as-tu \u00e9t\u00e9 pris ? Tout simplement m\u2019a-t-il r\u00e9pondu. J\u2019attendais , en tant que chauffeur, le Commandant Crous qui m\u2019avait donn\u00e9 rendez-vous. Ce jour l\u00e0, il n\u2019est jamais venu. Voil\u00e0 comment j\u2019ai \u00e9t\u00e9 embarqu\u00e9. J\u2019avais tr\u00e8s rapidement sympathis\u00e9 avec lui, car je connaissais le Commandant Crous qui durant mon active au 155\u00e8me \u00e0 Stenay, faisait r\u00e9gner la terreur. Il \u00e9pinglait tout le monde. J\u2019y ai toujours \u00e9chapp\u00e9 car, Crous, vieux c\u00e9libataire colonial, avait, d\u00e8s son affectation \u00e0 Stenay, fait la connaissance d\u2019une tr\u00e8s belle fille, s\u0153ur de Mme Vautrin, mari\u00e9e \u00e0 un tailleur qui avait quitt\u00e9 Attigny pour venir s\u2019installer \u00e0 Stenay. Presque tous les dimanches j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 chez eux et je me trouvais ainsi tr\u00e8s souvent \u00e0 la m\u00eame table que Crous. Invariablement, il racontait ses campagnes, surtout celles du Maroc et de Syrie, qu\u2019il avait faites avant d\u2019\u00eatre mut\u00e9 \u00e0 Sedan pour la formation du 147\u00e8me RIF. Tr\u00e8s sportif, c\u2019est l\u00e0 que Crous avait engag\u00e9 Rigoulot comme chauffeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sitruck, gaillard qui devait peser de 90 \u00e0 100 kg, mourait de faim. Il avait appris qu\u2019une vache avait \u00e9t\u00e9 abattue, s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 et \u00e9tait revenu avec un os frais. Avec une vieille betterave qui tra\u00eenait, de l\u2019eau et l\u2019os dans une vieille bo\u00eete cylindrique \u00e0 marmelade, sous un feu de brindilles et d\u2019herbes s\u00e8ches, nous avons pr\u00e9par\u00e9 et d\u00e9gust\u00e9, si l\u2019on peut dire, notre premi\u00e8re soupe de captivit\u00e9. J\u2019ai sorti de ma musette un doigt de chocolat que j\u2019ai partag\u00e9 tant bien que mal en quatre. Vers 18 heures, j\u2019ai aussi rencontr\u00e9 un certain Gomy, sous lieutenant au 106\u00e8me RI, Qui m\u2019a dit avoir \u00e9t\u00e9 pris au centre r\u00e9gulateur de Tergnier, alors qu\u2019il rentrait de permission. Jamais je ne pouvais imaginer que les Allemands \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 si loin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>17 mai 1940<\/strong>. Le lendemain, nous avons \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9 par un obus fran\u00e7ais, un 155, a-t-on dit, tomb\u00e9 sur le ch\u00e2teau, ce qui eut pour effet de nous redonner un peu d\u2019espoir. H\u00e9las, ce fut le seul et unique. Puis nous avons pu go\u00fbter, pour la premi\u00e8re fois, au caf\u00e9 \u00ab Ersatz \u00bb des Allemands, avant que tous les prisonniers soient rassembl\u00e9s en convoi, sur la route de Floing, au nord de Sedan. Nous sommes revenus vers le ch\u00e2teau puis repartis vers Floing \u00e0 plusieurs reprises, nous demandant ce que cela signifiait. De nombreux immeuble de l\u2019avenue du G\u00e9n\u00e9ral Margueritte, des places Saint Vincent, d\u2019Harcourt et Turenne \u00e9taient d\u00e9truits. Vers la direction de Charleville, de grands immeubles finissaient de se consumer. Seuls de grands murs restaient debout, principalement le long de la rue Thiers. Puis la colonne est pass\u00e9e devant le Ch\u00e2teau sans y entrer. Nous sommes partis par la RN 77 par Givonne. Des traces de combat subsistaient encore. Parfois, des soldats allemands d\u2019un r\u00e9giment d\u2019artillerie hippomobile nous lan\u00e7aient des pains entiers. C\u2019\u00e9tait la ru\u00e9e vers ces pains de seigle qui, en d\u2019autres temps, nous seraient apparus immangeables. Apr\u00e8s avoir parcouru une vingtaine de km, \u00e0 la fin de l\u2019apr\u00e8s- midi, nous sommes entr\u00e9s dans Bouillon : un d\u00e9sert.*<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;en&nbsp;Belgique<\/em>&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fatigu\u00e9, j\u2019ai pass\u00e9 la nuit dans une \u00e9cole maternelle, dont les murs \u00e9taient tapiss\u00e9s de dessins et d\u2019exercices divers, montrant que l\u2019on employait d\u00e9j\u00e0, \u00e0 cette \u00e9poque, la m\u00e9thode globale.<br><strong>18 mai 1940<\/strong> Par le pont qui enjambe la Semoy, au pied du Ch\u00e2teau, le lendemain, la colonne s\u2019est \u00e9branl\u00e9e vers Rochefort. En montant la c\u00f4te, on pouvait constater que quelques maisons avaient souffert. En particulier, sur la hauteur \u00e0 droite de notre route, un grand h\u00f4tel (de bel Air ou de Belle vue) avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s s\u00e9rieusement touch\u00e9 par des tirs d\u2019artillerie. Parmi nous, le bruit courait que dans cet h\u00f4tel, Hitler et son \u00e9tat major l\u2019avaient \u00e9chapp\u00e9 belle \u2026 Allez savoir ! A un carrefour, en pleine campagne, \u00e0 une dizaine de km de Bouillon, cette fois encadr\u00e9s par des sentinelles de plus en plus nombreuses, nous avons pris sur notre droite, vers l\u2019est, la direction de Neuch\u00e2teau, toujours en Belgique, o\u00f9 nous sommes arriv\u00e9s assez tard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien que les sentinelles qui nous accompagnaient se faisaient de plus en plus pressantes, le convoi s\u2019est \u00e9tir\u00e9 sur des kms et des kms. J\u2019\u00e9tais toujours avec Ben Danou et Sitruk. Le temps \u00e9tait couvert et les Allemands nous ont parqu\u00e9s dans une vaste prairie humide en contrebas de Neufch\u00e2teau. Blottis les uns contre les autres pour att\u00e9nuer les effets de la pluie et de l\u2019humidit\u00e9 des herbes hautes, apr\u00e8s avoir grignot\u00e9 quelques bouts de notre pain noir, nous avons pass\u00e9 la nuit \u00e0 la belle \u00e9toile sans en voir aucune. Dans cette situation inconfortable je n\u2019ai gu\u00e8re dormi, r\u00e9veill\u00e9 \u00e0 chaque instant par la pluie et les voisins qui cherchaient constamment la bonne position qu\u2019ils ne trouvaient jamais.<br><strong>19 mai 1940<\/strong> Le lendemain matin, des camions nous ont pris en charge et nous ont emmen\u00e9s vers un quai militaire pour nous entasser dans des wagons militaires de type huit chevaux ou quarante hommes . Nous y \u00e9tions en r\u00e9alit\u00e9 entre cinquante et soixante. La question d\u2019absence de WC se fera cruellement \u00ab sentir \u00bb, c\u2019est le cas de le dire. Nous allions vivre durant, je crois, quarante huit heures dans un \u00e9tat sanitaire d\u00e9plorable que je n\u2019ose encore aujourd\u2019hui rapporter ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">O\u00f9 nous emmenait-on ? personne ne le savait. Au passage, j\u2019ai pu rep\u00e9rer que nous passions par Luxembourg puis \u00e0 Weimar (lequel ?). L\u00e0, il me semble que nous sommes descendus en rase campagne pour faire nos besoins ou ce qu\u2019il en restait et pour avoir une distribution d\u2019un brouet clair qui ne remplissait pas le fond de nos gamelles pour ceux, et j\u2019\u00e9tais de ceux-l\u00e0, qui en poss\u00e9daient encore une, sage pr\u00e9caution !<br><strong>20 mai 1940<\/strong> Au petit jour, des indications m\u2019ont fait penser que nous passions au sud de Berlin et nous allions toujours vers l\u2019est. Sans doute avons-nous travers\u00e9 la Pom\u00e9ranie et je me suis rendu compte que nous traversions la Vistule \u00e0 Marinbourg, je crois. Nous \u00e9tions en Pologne. Les murs des habitations portaient les traces de combats de l\u2019invasion de la Pologne par les Allemands. Le convoi marchait au ralenti et nous pouvions voir des enfants, pieds nus, courir en accompagnant le train en criant. C\u2019\u00e9tait bien long, nous \u00e9tions fourbus, ne sachant o\u00f9 nous mettre. La faim nous tenaillait. J\u2019avais encore un doigt de chocolat que j\u2019ai partag\u00e9 en trois, \u00e0 la grande satisfaction de Sitruk qui r\u00e9p\u00e9tait toujours \u00abpourquoi tu nous l\u2019as pas dit ? \u00bb C\u2019\u00e9taient mes derni\u00e8res r\u00e9serves. Il y avait belle lurette que Danou et Sitruk avaient \u00e9puis\u00e9 les leurs. Soudain le convoi s\u2019est arr\u00eat\u00e9, les portes coulissantes de gauche se sont ouvertes les unes apr\u00e8s les autres. Les Allemands soldats arm\u00e9s vocif\u00e9raient des \u00abschnell ! Raus ! Los ! \u00bb* <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">*<em>NDLR&nbsp;\u00abvite,&nbsp;dehors&nbsp;ex\u00e9cution<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right wp-block-paragraph\">\u2026<a href=\"https:\/\/lieval-robert.fr\/?page_id=194\" data-type=\"page\" data-id=\"194\">Continuer la lecture<\/a>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bient\u00f4t, les all\u00e9es et venues se sont pr\u00e9cis\u00e9es dans la cour. 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